III
quelques itistans, mais à présent...:. RélasJ ce pauvre Antoine! « ajoutait -elle en soupirant tout bas.
Il est probable que ce soupir aurait choqué l'orgueil du militaire, s'il avait pu l'entendre. Là compassion n'était point un sentiment qu'il aimât à inspirer ; toutefois il n aurait pas eu lé droit de se plaindre de sa maîtresse , car tandis que Zoé luttait avec son cœur et tâchait de se conserver fidèle, en dépit d'une voi± intériieure qui lui disait qu'Antoine militaire , ambitieux et défiguré , n'était plus cet Antoine qu elle avaitrtant aimé , le àous-ofScier, à deminétabli de ses blessures , charmait les ennuis de son inaction par ces amourettes passagères qui naissent de la licence dés garnisops, et remplissent les intervalles de la vie du soldât français , sans éveiller dans son cœur de grands scrupules de fidélité.
Six mois s'écoulèrent ainsi, et le bras d'Antoine, toujours plié , ne pouvait atteindre klk poignée de son sabre ; le maréchal'^des-logis se désespéraitf la vie de garnison commençait à lé fatiguer, et il s'apprêtait à rejoindre soii corps , lorsqu'il r^ut de son général une lettre
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par laquelle il lui aiinbhçdit , avec tous les tinétiâg^emens possibles , que le chinirgien-ma- }of du dépôt ayant décide que sa blessure ne htt pemietlrait de long-tems de faire lé coup de sabre avec l'enneàii, il lui envoyait le brevet d'flfie place de gsurde-^ntagasiti , ne voulant ^.f àjbtitait-il , qu'un bi'ave auquel il ^vait de si grandes obligations cessât d*iêtre attaché à son corps d'armée.
La fureur et l'indignation dont Antoine fut transporté en lisant cette lettre Ferapêchèrent d'abord de côntprendré tout ce que la sollicitude Ae son général avait de bienveillant et de flatteur pour lui. Inèapable dé Raisonner dans ce premiet moment, il envisageait setilement sa carrière manquéé, son avenir à jamais perdu, et tous ses rêves de gloire remplacés par des avantages pécuniaires qui étaient loin de satisfaire son ambition.
Gc fat eA ciet instant qu'il regretta, pour la ^remiètte fofc, d'avoir quitté la forge de son père. Indigné de l'affrontjqu'il venait de rece* voir, il forma le projet de ^venir dans ses «foyers ; et il allait écrire à son général pour refuser l'emploi qu'on lui ^lestinait, lorsqu'il reçut de son père la lettre Aûvante:
28 l'état de mon père.
^ Il y. a.six moi^-,wipn,aroi, que taiie nous » qs dpnué diçi.te^r i^puyeUiefi^ et nouSj<^ri^çu|
* iixqj[;iet$ 31 Nigel, qui ,ç$p en congé , neflio^ » avait ipas dit qvH >t'avail3 rencontré à Leip«* « ?ick ,; lpr3 ^e^son^ p^ssa^re ,(J|ips ce^|ie.Tifle,-:^t » que tu. te ^iyerûçf^ dp façon à nq^ faiçç » pensjer qMpjtji pe, d9i§rP?s.être bien n^^l^e.
, . . ;» Je Jte dirai , . |ppu cher çiifant , quçj , suivit » toute apparence, et si ^u.71 y^ nie^ pas^ d'eni:^
* pêchfe[ment;,,ton frjèrjÇ éppjisefaàçla mif^juin », prochaine îp^ .Bin^jtj,, qi^i ^^ ^qujour«.^j^ne
V hoi^nête et gentille fille, Com^^. tu ne^. nous » as p^;§;é<:;rit depuis -le n^pm/^nt où tii içf^M
V libre de revenir - pour ^n; Faire , ta femme', >> , japuf pçnspns que^ t\L f^ changé, ^'intention ,à^ » son . égard j ç est ce . qi4 fait qu/^U^. s ajtjts^che » à ton frère, qui de^/Up^t^r^inp^c^s^ra^mei^t » de tput son cœ^x*. J'en^s^is tout jréjojui,, parce » que je suis accout^^^é à la^ r^gjj^rder cpmiûç » devant être ma fille. J'espçf^ j mon ^^m, que » cç .pouvel:^rrangen1ent .ng te fera.ppint deir » peine ,, car , enfin , je, t'ai averti que la tête
» d'uije je^uijie^^e jie çeut pas toujou^ êtçe » tournée du m^fue côté; s^yec cela, Zo^ » t'a attendu fidèlqpient pendant trpis an^f et » c^est parce qmt tu parais a^pir oublié tes
l'iétat de mon pèheI 29
» promesses^ ijli^lle ëtdùte Pelik déjluis qu-el- " crues mtïis. Malgré tout/comm'e élfë e'sl hon '• •nê^e, ellié ne veut piis entendre pàrlVr cïè " mariage avant (qîiie 'tii lui àijes rehdii sa pa- » rôle, ^ommè elle te rend iici la tiëhhe. Ecris- >> moi donc 'ï)iën Vite qu^eirê est libre, afin » quelle puisiie'ëj^ôtiser ton frèfé , cjiii estde- » venii un feimettx jgarçoh, et quasi aussi fort » Olivier qtle toi, î t • '- ' ■ "'
IKàprès le nouveau genre de >îe que le sotis^officieiè''Maiidàît' avait acïAlpté'^ * <ïâptèà respèce d'oubli qiiTl'lavait fait* dé ^à famille et de sa! maître)ssé y îl i^ëmblerait a>àfez naturel de sïipjiosef' que 1:îefte lettre dut 1 atîetteV médiocrement. Mais ôii cbnViaîtrîdt iiîsîMe coeur humain si TôH^érn jugeait' airtSÎ/'hiiWâis'tin bien libus pàrart-il pîiii préciéiik que dàiis rkiètant oii il va rions ^èièKàpper^'Lèf sottvenir duii premier^ aratrùf , lés' charmesr dè'2bë, ïe bonlieur àë Télix \ ' tout cela se ftêséûidi iïvec tant dé forée à L periséè' ^d'AntbiWè j^^ùlr f lit près dcisé mettre eh' rbùtè à Tinsïaht pôtir'àHer à PàWs^î'kccàblér de réproches Celle qu'il appelait infidèle"fetparjùret '^ ^ ^ •' '
Mais 9 au ^miliéil dé «a fureur jalousé , il ^se
3o li'ETÀT pÈ MON PÈBË.
rappela t:put ^ coup (j^i^vak p^r la son état, qu'il était inyalide et défiguré ! il s^ rappela (jue les distractions ç|u il sétait permises et rinterruption de sa correspondance avec Zoé , lavaient autorisée à se croire abandonnée par lui; il comprit que les arraiigenf^s çui avaient été pris en éonséquence de cçtte idée, étaient trop avancés pour qu'il dût cherche!* à les rompre; et cette lettre, qui détruisait toutes ses espérances de ce côté, lui fit ényi^ger, sous un poin$ de vue tout nouveau, les bontés de son général. Il se résqlut donc à accepter remploi qupn voulait biep Wi confier; profitant de ce retour à Ik raison, il écrivit à son ancienne amiç pour lui rendre sa liberté et pour lui souhaiter, comme femme de soif frère , tout le bonhi^r qu'il aurait voulu Jui offrir/Dans ce billet fort court, il ne fit mexi^tion ni de.ps regrets, ni dw d^ajpigement survenu dans 'sa position ; il disait seulement en terminant (^t éc^rit si pénible : <■ Adieu, Zoé, » j'ai mérité ce qui m'arrive; oui, j'avoue que ». je fus bien imprudent, bien fou, d'abandouf » ner pendant tussi long^tems mon plus cher f> trésor. Hélas! j^ ne,-xw$ jugeais pas d'après
l'état m MON PÈRE. 3 1
» les aiitriSG femmes j et ma confiance m 4 » perdu !» ^ '
Maintenant que nous laissons Antoine plus tranquille arranger son sort sur des combir naisons nouvelles, y oyons un peu cpmment Félix est parvenu à le remplacer dans le cœvip de son père et dans celui de ^ maîtresse.
D abord il est certain que le caractère doux et Tame tendre de Félix établissaient entre lui et la jeune fille des points de rapport et de sympathie qui n avaiei^t janiai^ exista d^n$ ses relations avec Antoine. Souffrant et maladif, Félix avait été, jusqu'à dix ans, élevé sur les gengux de sa mère, tandis qu'Antoine, fort' et vigoureux, avait passé son enfance dai^s l'atelier de son père; il avait résulté de cette différence d'éducation que Félix avait pris cette douceur et jces manières caressantes que Ton acquiert dans la société dps fe^imes, tandis qu'Antoine contractait, au milieii«4cs ouvriers, une rudesse de manières qui ne permettait pas à tout le monde d'apprécier s^es qualités. Toutefois on doit convenir que spn attaciieraent pour Zoé avait changé queTqiie *peu son humeur; Fa mour se plaît à faire des
Sa l'état de Mt)N PÈRE.
miracles , et Zoé se flattait àe corriger , par sa tendresse, ce caractère impétueux dont les écarts l'effrayaient quelquefois; d'ailleurs An- . toine était jeune, bien fait, honnête homme et bon ouvrier : que peut-dti demander de plus lorsque Ton a seize ans , un cœiu* tendre et un esprit prévenu ?
Mais la réflexion vient avec les années; mécontente de labandou où son amant Tavait laissée , la jeime fille ne tarda pas à établir un parallèle entre les deux frères, et si le cœur se maintint constant'pendant quelque tems, la raison , plus prompte , lui fit bientôt découvrir chez Félix des qualités et des vertus qu'Antoine ne possédait pas. Elle le vit prendre Tautorité sur les ouvriers de son père par une fermeté niêlée de douceur qui le faisait aimer et respecter de tous ; elle le vit employer des soins délicats poiir vaincre des préventions paternelîes; elle le vit donner, dans latelier, l'exemple du travail; elle le vit enfin devenir un fort beau' garçon. L'exercice , favorisant le développement de ses Forces physiques, fit, en moins de deux ans, un homme de cet ado-, lescent dont la maigreur et le teint pâle
r'ÉtAT DE MON P£RE. ~ 33
Kvaientj pendant long-temsValartiiié la tenàti^sîe dune mère. Aussi Mauddit reprit-il, petfà peu, sa bônné'hùmeûr et sa gaîtélotS- ^uil se vît un âîg^ne successeur. Là joyeuke cljansonSseViiit activer le ti*âva3, et le vieillard parut lyièÂtôt"aûissi fier de S&â'chei'' Félix que
(le son' fîiè' Te Militaire; i ' • i ' \^ '^
Toutefois, ce brave homitie ëtàîV lolil de s'attendre àiï' bonheur que ce fils'ilevàitîui procurer. Oh iàe rappelle ^que Féïrx: avait travaille pelidèfnt' quelque tems chéi un inécanîcien ; rempli dliitélKgence'et de dësir de s instruire, il' avait puisé près de ce maîtref quelques notions dé mathématiques, qui ,*appliquéés à la conipôsition des serrures, doniïàieiit au travail qui sôVtaît de ses mains uiie rectitude et une perfectiori qu'on ne trouve pas 'chez le commun des serruriers. Par le . pliis grand bonheur du mondo"^ il se trouva que M^uduit fut charge par uti homme enf place de* fournir la serrurte d'un coffre-fort. Cet ouvragé , difficile et compliqué, fut exécuté avec tant d'art et de délicatesse, que lliomnitî ' eh place en Toùlut connaître 'Fauteur. Félix* se présenta ; sa jeunesse et sa 'nioTlestie achevèrent d-inté-