LE PIANO DANS LA MANSARDE
Tre de Foeil les différentes périodes qu'elle parcourt pour arriver à Tâge mûr, je remar* quais depuis long-tems un grand garçon qui, Tingt fois par semaine , passait et repassait devant mon cabinet^ portant sur son dos, sur sa tête ou dans son tablier, des étoffes de toute espèce et de toutes couleurs. Son air de franchise et de gaîté , son activité , soii adresse, m avaient intéressé à lui , et, sans le connaître autrement , je me sentis porté de bienveillance à son égard, lorsqu'un matin, aprè& qu'il eut passé deux ou trois fois devant ma porte, je le vis entrer chez moi. Il avait ce jour-là quitté la veste de travail et le tablier vert ; la culotta de Casimir et le bas de coton comprimaient ses formes nerveuses , et Fhabit gris de souris ne laissait à désirer, pour son élégance, que des manches un peu plus longues , parce qu'eUes eussent offert le double avantage de ne point accuser Vancienneté de leur service, et deçàcher un peu des mains quune teinture récente avait rendues d un bea^ bleu ciel*
Après qu'il m'eut salué deux ou trois fins, en tournant et retournant son chapeau , k jeune teinturier, réunissant tout son cotirage ,
%M f UNO BANS LA Hf AKSAILOS. 1 23
me dit 4f^il venait me prier d écrire pour lui 4 sa maâtres^e «me letti^e bien ijB|>ortante, puis- 4{|ie leur.ctuutage en dépendail. peut-être; et eomme , sur ee mot de mariage , je m empressai de pr^idre la^plmne, il me dicta le billet
». et
Lœmjifi /usiinà Firginie.
« Je suis cfa^mé , ma belle Virginie , de M voir cc^nnie tuas bien profité dans ton penj» sionnatf et, r,i^ j^e m'est plus agr/éable que » d'écouter^ tqutjes les belles choses que tu as V apprise^;; iiaais ii laut bieiji que je te dise que » mx^ père ne pense pas comme moi sur ce » point : il pirétend que tu en sais trop poiur devenir une femme de m4nage, Jai beau lui j» répéter que tu es toujours, aussi bonne et «a^ssîsage, U. remue la tê^e en disait que T»pk np^aimais plus -tendrement avant d'être, ^^^ ^. une demoiselle. Je sais biçn qu'il se trompe , 9 ^tje j^efis^par mon cosi^ que le tien ne sau- » FaÂtichaiigerf ^iajis,mon père dit encore que » je ^foii^iim nij|iS| ti;op innocent pour bien ju- • :ger les £çinme^; xç^ c'est à lui de choisir
1 24 LE Pt ANO DAîtS t A MANSARMl.
^> une bru ; qtill là véiit sinypie , doui^ e^ sou* » mise, 'èt^'^-ci^àiiitbtëA'clâétli Ile vtflM » bles plus Au tout à ce pôttrate4l. I« i'écîiis » donc, niàbcHéVihgînie,-^ou*lé prier de ne «point mettre,' a^'âiiéhe, }e'' cfavpeati rose » avec lequel tu es si jolie, et de t'ocduptr tm peu du ménage. J ai encore une grâce à te demanderv^'^èât deiie'î>as'lAi{âi^ton piano dans rarrière*boutique , mais <le le cacher » dans ta chambiié. Utie* ftliÀ que nous serons » ébôiix, je sùii àftf tnie Hi&tL t)è*é aura du «plaisir à t'ènfteniii^ë; ttàii^, dàîiis^ miomeét- >> d; il ôtôîfeit tdût'liérati S-il'tësàTMf imisi- • tîehne. fe^séWë^abnc^iiés iàtens^ et né ftôntte ^e tes Vertus ,sr tu veux dér^enir ht fetnïhe dé ton Mêle akhi Justîti: » r
A jïéihe eûs!*jé; fini d'ëd*i^e ctetife letftWf, que Justin, déposant ufiécu &ur'Aii table-, s'èn^ para stifbkeHtent de' ïà'V^ Jëti^^^otlli* 7
mettre i¥dïeisàô,' îhài^ il ftiappri* iftfiï^aftalit, dejcëpas, la p'drtei* â sa Vn'giUïéJ ët^, stit* ce que je lui fis obsetrfer (jù^ c?éld«*« ^èAéfé plus àimplë déiuif ahfe'dy^WTë>»ëijti liéittt ce qu*a niavlàit feW'ërt'il^t*^*^^^ ^e,
tingï fofe , • il' avait fessayë»d?ciélif» {^ hikfe^ ^e les
lackots^ s>étaLipfït ^ir^s /sur; âç& leurres, et qu'il navak pas le courages d» parier à cette demoiselle ^^tremeut que pour >pplaudir à ses perfection*
{^Itéocpilpé par la, candeur de ce. garçon , je me demandais ^il ^tait pqssible que sa maîtresse ne iïit pasi tpucbée par sa bonhomie.
J'acquis bientôt la ^olutipA de ce problême; » car^ dès le lendemain ^ une jeune et charmante fil]^ yiat , ma, lettre à la main , me prier d'é-{ çrire sa j*éppfis^. . ;• . ,
/ Son CQStufne sep^ju-nég^gé , seml-scoquet ^ participait; de Ja ^risette et dé la petite bourgeoise ; upe robetle soie pnçe^ un schaU Ternaux ,,î4^plié sur le bras ; .un chapeau de paille ass^z fine, tels étaient^: dans ;c€î|te toi-* lette,;l^s insignes d)S la .demoiselle. De$ sou- Uers de couleur à demi7.d4f9i*niés, des bas dune blai^jcheur douteuse , et des rubans roses &nës révélaient l'ouTrièi^ ^u la petite mar* ob^ui^e/ Ç^, ^cccKutrement miiLt^,. joint ^ u]:\ s^ir assez éi^eill^ qupiqi^e décent , .laissait 1 esr» prit iiiçertaki s^]a position réelle de la jeune fille ^: et Uvi'Ait un champ libre aux supposi-« tions ^s moins faîprabtes à sa yertu.
1 26 LE PIAKO D AKS/iÀ MAKSA||[d£.
Quoi quLÛ en soît, Virginie éuat sage; sé^ parens, plus à blàmc# qaeBe , avaieiilt Tdulft' quelle reçût la m^me éducation que kii'âk du bijoutier et celle du marchand de" drap» ^ leurs voisins , sans réfiéchif que jcèmi-tn ^ beau-, coup plus riches, s'étaient occupés dé la dôl de leurs filles avant de songer à en 'faire des ' demoiselles. Destinée au commerce , Virginie li aurait eu besoin que 'de savoir écrire et compter ; elle apprit à chanter, à danser/ à toucher in piano; et ses dispositions-^dl^r des taieni iîitiles engagèrent ses parefis dans un surcroît de dépense» ruineuses pour des parfumeurs-^ merciers, dont lesbénéfièes étiaiént f^streints. En dépit dé tajnt de sacrifices, et mal^^é lefr éloges et les prix qu'elle avait reçus dans- s» pension , Virginie était revenue chez son père avec une écriture incorrecte, tine instruction superficielle , et des talens fort ordinaires. Mais le parfumeur et sa femme; tf op prévenus en faveur de leur fille, s'extasièrent à qui mieux mieux sur ^on esprit et sur sa science. Leur aveuglement iîit poussé si loin que j oubliait les services qu'ils avaîeht espéré tirer pôuf leur commerce du retour de leur enfant $ ils