LB PIANO DANS LA MANSAEDE.. I
ne songèrent plus qu*à économiser de quoi lui acheter un piano, sur lequel elle pût étudier utie partie du jour en exerçant sa jolie voix. Toutefois , leur folie n allait pas jusqu'à vouloir rompre Fenga^^ement qu'ils avaient contracté avec le teinturier Lanois, lorsque celui-ci logeait en face de chez eux. Lanois faisait parfaitement ses af&ires; son fils était un excédent fujet; les jeunes gens s*dimaient depuis long* tems, et Bourdin (c'était le nom du père de Virginie ) n'attendait qu'un mot du teinturier pour consentir à l'union de sa fille avec Justin Lanois«
Telle était la situation des choses, lorsque celui-ci écrivit à Virginie la lettre que nous venons de transcrire. AfBigée et piquée de voir que son amant semblait mettre en question un mariage par lequel la jeune fille croyait fort l'honorer,. Virginie me dicta la réponse suivante :
Lettre de Virginie a Justin.
« Je suis bien fâchée , mon ami , d'appren- » dre que moti ton et mes manières ne con«
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» viennent pas k votre père; je désir^ais tort » me changer pour lui plaire ; mais je crains, » à vous parler vrai , que la chose soit diffi- » cile. On ne rétrograda pas dans le bien, et » Ton ne perd pas en un jour les habitude»
» qu on à employé quatre années à acquérir.
>» Je ne saurais , au reste , me reprocher une » manière d'être approuvée par mes pàrens, » et je Suis consolée de la rigueur de votre A père par Fapprobation de nos amis , qui veu- » lent bien croire qî3*une femme peut avoir » à la fois des taleps et quelques vertus : comme » on ne doit rougir que de ce qui est blâma* , » ble, je ne puis me résoudre à cacher mon » piano. Nous^avons d ailleurs , pour dimanche , » une petite réunion ; je compte faire danser » nos voisines et nos voisins ; venez donc , mon » cher Justin , je sais deux romances nouvelles, » et prétends prouver à votre père que Ion » peut vous 'aimer et J'aire de la musique. »
J'avais écrit en bâtarde moulée la lettre de Justin à Virginie 5 -j'écrivis en jolie anglaise la lettre de Virginie à Justin , bien certain que , par ce moyen, leur secret était assuré de part et d'ajutre ; mais, étdnfté de la fs^cilité avec la-
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<{tieUe la jeunjB^'. fille .m avait dicté sa réponae,: «t4ç la toumcire idt ses phi^ses, ja hii demandai comment il se faisait j(}iie,i|y«c Fédu*» cation ^îelle paraissait avoir reçue ^ ellir eût besoin dm «iecs ppur&ire'saeoirrespondaiice ? Cette qiiesfioB k ^t rougir : toutefois eUe népondit sans aigreur .ci sans am^uime, quelle éorivait qomttie toutes les. femmes, mais qu en voyant la netteté du ^araetère d'éerîture de Justin, ets>urtOt|tivla pureté de son ortho.gra* phe, die n'avait point ^oulu lui laisse^ oon* naître <fiie son éduofttion était aur ee'point4à inféri^uire àla sienne. En écoutant cet aveu na>f , je ne pues comprimer toat«^fait un sou-i rire, et cherchant à donner le diange à Yir« gù^e , je lui demandai si . ce Jusfin >doht elle me parlait^ atàit fût deibpnnes études :«» Je Tignore^ meréptfinditf-jeHe^daof le.temsbtt ilden^eurait ^ Aice de chez nous, je savais tout ce quil faisait, je connaissais les plaisirs de Juistin et seaipbis décrètes pensées. Oiagrios, promena^ des, cadeaux > topt nous était commun ; nous ne savicms pas vivre J'un sansTanire, et Ion disak en nous voyant : « Voilà les deux insé* parables. » Mais lamèr^de Justin mourut, et
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son "père quitta le quartier. Nous en pnme»
tant àé souci, què> pour nous consoler y^no9 parens s'engagerait à nous unir tous deux Idï'sque Fâge serait Tenu* J avais alors douze
' ans et Justin en arait seize; p^u de tems après son départ, on me npit enipensioti, et je sap« pose que Justin a dû ettiplojer à son éduca-
^ tion le tems que j'ai donné à la mienne. -- Cest donc un garçon biefa instruit,- bien ga-» lant? -r-^ Oh! mon Dieu nèn, Mcmsieur; Jus* tin est au contraire un peugâudieet Jort peu savant.; Le» père Lanois estvn braire homme, mais iTesH teignent enfoncé dans sa teinture , quil ne ^cânaprend rien hors de- là. Il aura fait donner à son iils des leçons d'écriture et de calcul y et {fbîs c'est totit^ — En sorte qqe vous yous-consoleriez^si par hasard le père de Justin, persistaîfit,nialg^é'Tos attraits, d^ns ses idées toutes gothiques , défendait à son fils de songer à, vous pour sa- femme? —^ Mais point du tout; Monsieui:, j'aime Justin; il est sijboà et si tendre j il a d'ailleurs pour moi tant de soumission que je^ suis ràre d'en faire un fort joli cavalier. -^Très-bien, dis^ en riant; il s'agît de savoir qui ^^emportera de Justin,