UNE
Au commencement de Tautomne dernier , parmi les personnes réunies dans le salon d'attentedudocteurMagnian,se trouvait un homme d'une quarantaine d'années, blond, grêle, blafard, un peu voûlé, d'aspect si malingre, en un mot, qu'il eût suffi de le regarder pour deviner qu'on était chez un médecin. En entrant, ce chétif personnage s'était assis dans un coin d'un
air soucieux 5 il y resta palieiiiniiiU jusqu'à ce
que tous les aulies malades eussent été reçus
par le maître du logis qui, après avoir donné sa
dernière consultation, vint à lui avec un sourire
cordial.
— Bonjour, Bouchereau, dit le docteur; mille pardons de vous avoir fait attendre si longtemps ; vous savez que mon temps appartient d'abord aux malades , et j'espère qu'à ce litre vous n'y avez aucun droit?
— Les souffrances de Tàme sont pires que celles du corps, répondit l'homme blafard en étouffant un soupir,
— Qu'avez-vous donc? reprit le médecin; vous êtes tout défait! madame Bouchereau serait-elle malade ?
— Ma femme a une santé de fer, répliqua Bouchereau , qui accompagna ces paroles d'un sourire plein d'amertume.
— Alors, expliquez-moi la cause de l'agitation où je vous vois. Il s'agit de l'âme, dites-vous? si vous ne parlez pas, comment voulez-vous que je devine ce qui se passe dans la vôtre ? Voyons : en quoi puis-je vous servir?
— Mon cher docteur, répondit l'autre en
s'asseyant d'un air d'abattement , voilà plus de vingt ans que nous nous connaissons. Je vous regarde comme un de mes meilleurs amis et j'ai en vous une confiance sans bornes.
— Passons les compliments.
— Ce ne sont pas des compliments, je vous dis le fond de ma pensée. D'ailleurs l'étrange confession que j'ai résolu de vous faire vous attestera Teslime que j'ai pour votre caractère.
— Au fait, dit le docteur avec un peu d'impatience.
— Le fait est triste pour moi, et mémo il peut paraître ridicule; voilà pourquoi J'hésite à l'entamer ; mais d'abord promettez-moi de ne révéler à personne au monde ce que je vais vous dire.
— Le secret de la confession est aussi sacré pour un médecin que pour un prêtre, dit le docteur Magnian d'un ton grave.
Bouchereau soupira derechef, puis se mordit les lèvres et leva les yeux au plafoud.
- — Vous connaissez Pelletier^ dit-il enfin eu regardant d'un air morne son interlocuteur.
— Le capitaine d'état-major / je ne connais que ça. Tempérament sanguin, cou court, plus
338 L'ÉGUEIL.
d'cpaules que de cervelle , organisation de taureau ! Il y a long-temps que j'ai prédit qu'il mourrait d'apoplexie.
— Dieu vous écoute !
— Vous rn'étonnez : je vous croyais amis.
— Amis ! répéta Bouchereau avec une ironie mêlée d'indignation.
— Que diantre ! parlez clairement ou taisezvous. Je ne suis pas un OEdipe pour deviner vos énigmes.
L'impatience dont pétillaient les petits yeux noirs du médecin ne permit pas à son dolent ami d'éluder plus long-temps le point capital de la confession.
— Eh bien ! mon cher Magnian , voici le fait en deux mots, dit-il d'une voix émue: Pelletier fait la cour à ma femme.
Le docteur avança la lèvre inférieure pour dissimuler un sourire et hocha la tête à plusieurs reprises avec une gravité affectée.
— Voyez-vous ça ! dit-il ensuite; je n'aurais pas cru que ce gros Pelletier eût si bon goût. Mais ctes-vous bien sûr de ce que vous dites ? D'ordinaire les maris sont les derniers à savoir ces choses-là.
— Je n'en suis que trop sûr; vous allez voir comment. Ma femme est allée passer quelques jours chez sa mère à Fontainebleau. Avanthier, en furetant par hasard dans sa chambre à coucher^ j'ai remarque que la clef de mon bureau allait également à son armoire à glace. Machinalement j'ai ouvert ce meuble, et dans un arrière-tiroir assez mystérieux j'ai trouvé plusieurs lettres de Pellelier.
— Diable ! mais aussi , h quel propos ouvrir un meuble appartenant à voire femme?
— J'étais dans mon droit ; d'ailleurs suspendez voli'e jugement. D'après la teneur môme de ces lettres, j'ai acquis la preuve de la complète innocence de Virginie , qui n*a guère à se reprocher d'autres torts que celui de m'avoir fait mystère de cette correspondance. Elle ne l'a jamais encouragée, j'en suis à peu près sur. Je lui en veux donc beaucoup moins qu'à Pelletier ; mais, quant à lui , je sens que je ne lui pardonnerai jamais. Un homme à qui j'ai ouvert ma maison ! un ancien camarade de Sainte-Barbe! un ami, eniin ; du moins je le croyais!
— Oubliez-vous que l'on n'est trahi que par
ses amis ?
ZliO L'ÉCUEIL.
— Hier , je suis allé chez lui.
— Ah!
— Je lui ai reproché son indigne conduite ; savez-vous ce qu'il m'a répondu?
— Il a nié.
— D'abord. Mais à la vue de ses lettres il a connpris que toute dénégation serait vaine. — Mon cher Bouchereau, m'a-t-il dit alors de l'air impertinent que vous savez , puisque vous êtes si bien au courant, je ne prendrai pas la peine de mentir. Il est très-vrai que je suis amoureux de votre femme ; je le lui ai déjà dit , et je ne vous promets pas de ne plus le lui redire, car, selon toute probabilité, je ne tiendrais pas ce serment. Je comprends à merveille que ce procédé vous déplaise et vous blesse ; mais vous n'ignorez pas que je suis un galant homme et que j'ai l'habitude d'accepter la responsabilité de mes faits et gestes. Si donc vous vous trouvez offensé , je suis à vos ordres , prêt à vous rendre raison , où, quand et comme yous voudrez,
— Voilà de Taplomb , dit le médecin en s'efibrçant de garder son sérieux, comment! il a osé vous dire cela !
— Textuellement.
— Et que lui avez-vous répondu?
— Qu'il aurait bientôt de mes nouvelles. Làdessus je suis sorti, car il ne me convenait pas de pousser plus loin une pareille discussion. Les choses en sont là.
La figure du médecin prit une expression de gravité. Il fît un tour dans le salon, la tête baissée et les mains derrière le dos ; se rapprochant ensuite de son hôte :
— Maintenant, que comptez-vous faire? lui dit-il en le regardant fixement.
— Que me conseillez-vous ?
— Je conçois que le procédé vous semble dur à supporter ; d'un autre côté, je serais fâché de vous voir engagé dans un duel avec ce bretteur de Pelletier.
— Un bretteur ! s'écria Bouchercau dont les yeux semblèrent s'élargir; c'est un duelliste, c'est un spadassin qu'il faut dire, un homme qui passe toutes les matinées au tir de Lepage ou dans les salles d'armes , et qui se bat régulièrement tous les trois mois!
— Et vous même, dit le docteur avec un regard perçant, vous cles-vous battu quelquefois?
— Jamais, répondit l'homme marie, en ce moment plus blafard encore que de coutume; ce n'est pas que je n'en aie trouvé plusieurs fois l'occasion, mais le duel répugne à mes principes. L'idée de répandre le sang me révolte , c'est là une coutume barbare qui m'a toujours paru constituer une monstrueuse anomalie au milieu de nos mœurs policées.
— Bref, vous n'avez pas une envie ardente d'aller sur le terrain ?
— Si j'étais positivement offensé, si j'avais à venger une mortelle injure , la voix de la passion me parlerait peut-être plus haut que celle de l'humanité ; car, dans certaines conjonctures, rhomme le plus sage ne peut répondre de luimême. Mais ici les choses n'ayant pas été poussées a l'extrême, si Pelletier, au lieu d'affecler un langage arrogant, m'avait adressé quelques excuses auxquelles je crois avoir droit, et qu'il eût pris l'engagement de se mieux comporter à l'avenir, il me semble qu'alors.... dans l'intérêt de tout le monde.... pour éviter une esclandre— ne pensez-vous pas comme moi qu'il eût été possible et honorable. . . .
— De ne pas vous battre? Certainement,
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interrompit Magnian ; si vous allez sur le terrain , il y a dix à parier conlre un que Pelletier vous saignera comme un poulet et cela vous serait désagréable.
— Docteur , vous me comprenez mal.
— A merveille , au contraire; et la preuve, c'est que vous ne vous bâtirez pas, et que le
, capitaine vous adressera des excuses satisfaisantes. N'est-ce pas là ce que vous désirez?
La perspicacité du médecin fil éclore une faible rougeur sur les joues de l'ami de la paix.
— Pelletier est un brutal, reprit le docteur, comme s'il se fût parlé à lui-même. Ordinairement les officiers d'élat-major ont plus d'usage que cela. Qu'il cherche à plaire aux femmes, rien de mieux ; mais qu'il provoque les maris, c'est manquer à toutes les régies du savoirvivre.
— Vous me conseillez donc de laisser l'affaire s'arranger? demanda Bouchereau d'une voix insinuante.
— Oui, certes, repondit le médecin en riant, et de plus je me charge des négociations. Je vous le répète : dès demain, Pelletier rétractera sa provocation ; il vous adressera des excuses
formelles^ et jurera de ne plus chercher à troubler votre repos conjugal. Ceci est mon affaire; le reste vous regarde.
— Le reste ?
— Promettre et tenir sont deux, vous le savez; il y aurait, je crois, de votre p:irt une haute prudence à faciliter au capitaine l'exécution de son serment, au moyen d'un petit vovage qui l'éloignât de madame Bouchereau pendant quclcjnes mois. Sa place le retient h Paris; vous êtes libre, vous. Qui vous empêche d'aller passer l'hiver dans le midi : par exemple , à Nice?
— J'avais déjà songé à l'opportunité de ce voyage, et je suis bien aise de me trouver d'accord avec vous sur ce point. Mais pourquoi Nice plutôt que toute autre ville?
— C'est que le climat en est très-salutaire, surtout pour les gens qui ont la poitrine un peu délicate.
— Mais j'ai la poitrine excellente. . . du moins je le suppose, interrompit Bouchereau^ qui interrogea les yeux du médecin avec une sorte d'inquiétude.
— Sans doute; je ne dis pas le contraire, reprit le docteur d'un ton sérieux; de ce côté rien
ne molive positivement le conseil que je vous donne; mais les précautions ne sont jamais nuisibles, et il vaut mieux prévenir le mal que de l'attendre.
— Vous me croyez donc menacé d'une maladie de poitrine, dit en pâlissant l'homme marié qui, comme on a pu le voir, avait voué à sa propre personne le plus vif attachement.
• — Je n'ai pas dit un mot de cela , répondit M- Magnian, qui eut l'air de se reprocher inlériefjrement d'avoir trop pirlé. Voulez-vous savoir pourquoi j'ai prononcé le nom de Nice? c'est par égoïsme. Il est possible que j'y aille passer moi-même une partie de l'hiver; et si vous y étiez, ainsi que madame, le séjour m'en paraîtrait assurément beaucoup plus agréable.
— Eh bien, nous verrons ça ; la chose pourra s'arranger , répondit Bouchercau , qui eortit de chez le docteur, plus soucieux encore qu'il n'y était entré , car à l'inquiétude que lui causait la perspective d'un duel , venait de se joindre la crainte non moins vive d'une maladie souvent mortelle, à laquelle il n'avait pas songé jusqu'alors.
A six heures du soir, le médecin Magnian en-
traau Café Anglais, où il était à peu près sûr de rencontrer Pcllelicr. Le capitaine d'état-major s'y trouvait déjà en effet, installé solitairement à une petite table, et dînant de fort bon appétit, sans mettre d'eau dans son vin. C'était un grand , gros et vigoureux compagnon, carré des épaules, pincé des hanches, l'œil ferme, la moustache luisante, le teint chaudement coloré, le poignet musculeux; un de ces hommes à prestance martiale, qui, s'ils n'étaient pas militaires, sembleraient avoir manqué à leur vocation, et dont l'aspect seul impose aux gens les plus avantageux une sorte de retenue et de modestie. D'autres que le blafard Bouchereau eussent regardé comme une véritable catastrophe le fait d'avoir quelque maille à partir avec un semblable lion.
Le médecin et l'officier se saluèrent d'un air cordial , et après avoir échangé quelques compliments , ils dinèrcnt chacun de son côté. Ils sortirent du café en même temps , se rejoignirent à la porte, et s'élant donné le bras par un mouvement simultané, ils suivirent le boulevard du coté de la Madeleine.
• — Eh bien, docteur, dit Pelletier avec en-
UNE CONSULTATION. Zfxl
jonement, m'avez-vous trouvé ce que je vous ai demandé au moins dix fois : une aimable femme (demoiselle ou veuve, brune ou blonde, pelite ou grande , ci m'est égal ) , qui consente à faire mon bonheur en unissant son sort au mien? Je ne demande que cent mille écus de dot : que diantre! il me semble que je suis modeste.
— Trop modeste ! vous valez mieux que cela.
— Vous vous moquez de moi ?
— En aucune manière ; d'ailleurs le moment serait mal choisi pour plaisanter, car j'ai à vous entretenir d'une chose s^rave en attendant la fiancée aux cent mille écus. Bouchereau m'a chargé de vous parler.
— Et vous appelez cela une chose grave? dit le capitaine en riant dédaigneusement.
— Toute affaire me semble telle lorsqu'elle peut se terminer par du sang, dit le docteur avec un sérieux affecté.
— Ah! iM. Bouchereau a soif de monsani?? reprit Pelletier en riant plus haut ; jusqu'à présent, je l'avais cru plutôt herbivore que Carnivore, Et à quelle sauce prétend-il me manger? à l'épée, ou aux pistolets?
— Il vous laisse le choix des armes, dit M. Magttian avec une gravité imperturbable.
— Tout m'est égal, je le lui ai déjà dit. Voyons : demain je déjeune avec quelques-uns de mes camarades; c'est une espèce de repas dé corps, et je serais fâché d'y manquer; mais je suis votre homme pour après-demain matin. Gela vous convient-il?
- — Parfaitement. Après demain à sept heures du matin, à l'entrée du bois de Vincennes.
— Convenu , dit le capitaine, qui frappa familièreHient de sa large main le bras de son compagnon. Ah çà, docteur, vous vous mêlez donc de duel? C'est pourtant là un concurrent qui devrait vous inspirer de l'antipathie.
Le médecin répondit à cette plaisanterie surannée par un malicieux sourire qu'il réprima aussitôt.
— En riant vous venez de mettre le doigt sur une de mes plaies , dit-il après un instant de silence. Vous avouerai-je une pensée bizarre, je pourrais dire monstrueuse, qui me vient en ce moment?
— Parlez ! j'aime assez les pensées monstrueuses.
— Je nie disais que, dans l'intérêt de ma réputation, j'aurais lieu de désirer que la rencontre d'après-demain eût pourBouchereau un résultat fatal.
— Pourquoi cela? demanda l'officier d'un air surpris.
— C'est que , si vous ne le tuez pas , avant un an c'est rnoi qui passerai pour l'avoir tué.
— Je ne vous comprends pas. Est-ce que vous voulez aussi vous battre avec lui ?
— Nullement * mais je suis son médecin, et, comme tel , responsable de son existence aux yeux de beaucoup de gens qui exigent de l'artmédical qu'il conserve aux malades la santé que leur refuse la nature. Or, comme Bouchereau, selon loule apparence, n'a pas un an à vivre...
— Quelle maladie a-t-il Jonc? s'écria Pelletier ep pgvrant ses gros yeux,
: — Poitrinaire ! répondit le doctei^r qvec qp acccpt de compassion, une nialadie chronique, sans remède ! J'allais l'envoyer à Nice. Vous saypz; nous autres médecins, quand nous ne savons plus qu'ordonner aux malades, nous les envoyons aux eaux ou dans le Midi. S'il ne lui
arrive rien après-demain, il partira. Reviendrat-il? Dieu le sait!
— Poitrinaire! lui qui est toujours blafard comme Debureau.
— La couleur n'y fait rien.
— Et vous le croyez en danger ?
— Je ne lui donne pas un an à vivre, pas six mois peut-être.
Les deux interlocuteurs marchèrent quelque temps en silence, d'un air sérieux.
• — Oui, capitaine, dit îe d cleur en reprenant la parole, on peut regarder te pauvre Bouchereau comme un homme perdu, même en mettant de côté le danger que va lui faire courir votre flamberge. Bien certainement, avant un an sa femme pourra songer à se remarier. Ce sera une petite veuve fort séduisante, ma foi, et les adorateurs ne lui manqueront pas.
Pelletier jeta un regard oblique à son compagnon. L'air de bonhomie du médecin détruisit Tespèce de défiance qu'avaient excitée ses paroles.
— Si Bouchereau mourait, sa femme serait riche? dit le capitaine à demi-voix, mais avec un accent interrogateur.
— Peste ! répondit le docteur, cette fois ce ne serait pas par cent mille, mais par deux cent mille qu'il faudrait compter les écus de la dot.
— Vous exagérez, s'écria le capitaine dont les yeux brillèrent d'un éclat soudain.
— Le calcul est facile à faire, répondit M. Magnian d'un air assuré. Madame Bouchereau a hérité de son père cent mille francs, elle en attend cent cinquante mille de sa mère, et son mari lui en laissera au moins trois cent cinquante mille; additionnez.
— Il lui a donc tout donné par contrat de mariage ? demanda Pelletier dont l'émotion s'était accrue à chaque chiffre articulé par son compagnon.
— Tout, répondit le médecin d'une voix solennelle.
Ce puissant monosyllabe valait un long discours. Avec un interlocuteur dont il eut estimé l'intelligence, M. Magnian n'aurait pas ajouté un seul mol ; mais trouvant le capitaine plus riche en épaules qu'en cervelle, ainsi qu'il l'avait dit quelques heures auparavant, il ne craignit pas d'insister un peu lourdement sur une idée dont il attendait un résultat magique.
— Vous qui avez la bosse matrimoniale bien développée, reprit-il d'un air de plaisanterie, voilà un parti qui vous conviendrait ; une femme jeune, jolie, aimable et six cent mille francs de fortune. Il est vrai que pour mener à bon port une pareille affaire, il ne faudrait pas commencer par tuer le mari.
Pelletier affecta de rire, quoique sa physionomie eût pris depuis un instant une expression rêveuse ; puis il changea de conversation. Certain d'avoir atteint son but, le docteur prétexta une visite et quitta son compagnon qu'il laissa sur le boulevard, frappé au cœur par les six cent mille francs de la future veuve.
Tout d'un trait et avec la vélocité furieuse d'un sanglier blessé, le capitaine alla de la Madeleine à la Bastille sans omnibus. A la Porle- Saint-Martin son parti fut pris.
— Sans s'en douterj pcnsa-t-il, le docteur m'a donné un excellent conseil j me battre avec Bouchereau! pas si niais, je le tuerais ; j'ai la main si malheureuse! comment alors oserais-je re[)araitrc devant Virginie? La petite femme ne me voit pas d'un œil indifférent : par bonheur, en lui faisant la cour depuis trois mois, j'ai pris
Tavance, en sorte que quand le grand jour sera venu, elle ne pourra pas supposer que je l'aime pour sa fortune. Tuer Bouchereau! cela serait slupide. Qu'il meure de sa belle mort, le cher homme, je ne m'y oppose pas. Selon toute apparence je retrouverai assez l'occasion de vdè battre avec mes concurrents dès que sa femiîle sera veuve. Six cent mille francs ! il y aura pressé; mais que les autres se tiennent bien : je suis le premier inscrit, et ce n'est pas moi qui permets qu'on me passe sur le corps.
Le lendemain matin, le capitaine entra chez le médecin Magnian bien avant l'heiire réservée aux consultations.
— Docteur, lui dit-il d'uni air cle frdnchisc^ militaire, ce que voiis m'avez dit Hier de ta maladie de Botichereau m'a fait faire dff séHeùses réflexions. Il me seiiible que loyalement je lië puis guère me battre avec un homme qui n'a plus que six mois à vivre. Supposons que je le blesse. Un coup d'cpée, dont un autre gucHraît, lui serait peut-être mortel, vu son état; etalois je me reprocherais toute ma vie d'dvoir tue un ancien ami pour une bêtise. Vous a-t-il dit la causé de noiré (juerelle ?