‹ L'écueil (volume 4)Chapitre 12 sur 14 · II · texte numérisé non relu

II

. — Si cela dépend de moi , il perdra, dit-elle du ton le plus tranchant.

— Peste! dis-je en moi-même, il ne paraît pas que la forteresse soit disposée à capituler, et mon ami Edmond n'est pas aussi avancé que je croyais.

En ce moment, des claquements de fouet et le roulement d'une voiture se firent entendre. A ce bruit, qui annonçait sans doute l'arrivée de sa sœur, madame Richomme se leva en laissant échapper un signe de dépit, et, sans mot dire, sortit du salon. Les joueurs continuèrent imperturbablement leur partie, et j'en fus peu surpris, sachant que le whist est une œuvre sacrée que la fin du monde même aurait peine à interrompre. Pour moi, je dois en convenir, je ne partage.ii pas celte impassibilité ; il me prit même une petite palpitation, à laquelle je ne m'attendais guèie, et qui me prouva que j'étais moins blasé que je ne l'avais craint quelquefois.

Dieu me pardonne! le cœur me bat, me dis-je assez content de celte juvénile émolion ; cela signifie-t-il que je vais devenir amoureux? J'en accepte l'augure.

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Avouons toute ma faiblesse. Je me levai, et je regardai un instant dans ia glace ma figure , dont je lus peu coulent, selon mon habitude. Après avoir chiffonné dans mes cheveux et rectifié le nœud do ma cravate, je m'adossai à l'angle de la cheminée, dans une attitude qui , selon moi, ne devait manc[uerni de distinction ni de c;:iraclère, et j'attendis ainsi, sous les armes, la femme en qui j'clais fort disposé à trouver la future souveraine de mon cœur.

Ainsi que je l'avais prévu, la porte ne tarda pas à s'ouvrir, et madame Richomme rentra dans le salon en donnant la main à la nouvelle arrivée. L'ogre les suivait ; mais dans le premier moment je n'y fis pas atlenlion , tant mes yeux étaient occupés ailleurs. Un peu plus jeune que sa sœur, c'est-à-dire âgée de vingthuit ans environ, d'une taille moyenne et admirablement proportionnée , madame Barelty offrait dans tous ses traits le type grave , hu et passionné tout ensemble des belles races méridionales, La bi'une pâleur de son teint décelait d'ailleurs son origine et rehaussait l'expression ardente, quoique habituellement voilée, de son rogani. Une robe de soie noire ^ une

capote de paille, un chàlc de couleur sonibre négligemment posé , lui 'jomposaient un costume de voyage élégant cl harmonieux dans sa simplicité. Sous ces modestes atours, madame Barettv me parut une reine. Elle s'avança lentement, avec une dignité nonchalante; accueillit d'un air poli , mais sérieux , mon salut et celui des joueurs, qui, à son approche, s'étaient enfin décidés à se lever; et tendant la main à M. Piichomme , qui se précipita pour la baiser d'aussi bonne grâce qu'eut pu faire l'ours de Berne en personne :

— Bonsoir, mon iVère, dit-elle d'une voix moelleuse et vibrante.

Rien de plus ordinaire assurément que ces trois paroles : Bonsoir, mon frère; et pourtant jamais phrase de Rossini n'avait caressé plus délicieusement mon oreille. Je préfère les voix de contralto, et je me trouvais servi à souhait; d'autre part , la mélancolique pâleur de la belle voyageuse satisfaisait complélement un de mes goûts les plus exclusifs; cnlin, qiioi(juc madame Baretty eût des dents magnifiques, ainsi que j'avais pu l'enlrcvoir , elle n'avait pas encore ri depuis son entrée dans le salon : or, j'ai

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toujours sincèrement csliinc les Ibtnmesqui ont Je belles dents et qui rient peu. De ces différentes causes secondes, cl surtout de la disposition aventureuse de mon cœur, il résulta que je me trouvai instantanément subjugué. J'avais juré , il est vrai , de succomber sans résistance ; mais il faut avouer que celte promesse me fut plus lacile à tenir que n'eût été l'engagement contr;iire.

Me voilà donc amoureux , ou du moins acheminé vers l'amour. Je lançai im coup d'œil à Vanois, qui passait pour un connaisseur. J'étais bien aise de voirjustilié par son suffrage le trouble agréable que je commençais de ressentir. A ma grande surprise, je pourrais dire à mon grand courroux , je l'aperçus déjà rassis à i-i table de whist, et méiant gravement les cartes, sans accorder la moindre attention à l'ob jet de ma naissante flamme. Il me parut que pour un homme de trente ans c'élait pousser un peu loin la passion du jeu, et je sentis baisser sensiblement dans mon esprit l'espèce de considération qu'en matière de galanterie j'avais accordée jusqu'alors à mon compagnon de voyage.

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Après qiîelqnes compliments échangés avec les arrivanls, !es Suisses, ainsi que M. Riciiomme, suivirent l'exemple de Vanois^ et reprirent Icui- partie, un instant interrompue. Les deux sœurs se placèrent l'une près de l'autre , sur une causeuse , et commencèrent h voix basse une conversation dont l'apparence confidentielle som'jlait me détendre d'y prendre part. Discrètement je m'éloignai, et, m'asseyant derrière la table de jeu , je profitai de mon isolement pour examiner h loisir un personnage que j'avais à peine regardé jusqu'à ce moment, quoiqu'il m'importât de le connaître à fond.

M. Baretty, le mari féroce, était un homme de cinquante ans, trapu, ventru, alerte toutefois, et portant résolument son embonpoint. Ce physique convenait fort bien h un ancien capitaine de voltigeurs; tel était l'emploi qu'il avait rempli jusqu'en i832, époque où une blessure grave reçue en Algérie l'avait décidé à quitter le service. Son teint cuivré avait gardé l'empreinte du soleil d'Afrique, et rougissait à la moindre émotion avec une violence voisine de l'apoplexie. Ses cheveux, coupés fort courts, commençaient à peine à grisonner et se dres-

saîent en brosse sur sa tète. D'épais sourcils couronnaient ses noires prunelles , qui me rappelèrent les yeux de braise dont parie Dante en faisant le portrait de Caron. Marfialement laid dans l'état ordinaire , le vétéran devait être terrible à voir enflammé par la fureur jalouse. Une large balafre au coin de la bouche et un doigt de moins à la main gauche annonçaient d'ailleurs qu'il avait tenu à l'armée les promesses de son énergique physionomie , et donnaient une valeur sérieuse au ruban rouge qui décorait sa redingote bleue, boutonnée jusqu'au menton, par un reste d'habitude militaire.

Au moment où je venais de prendre son signalement , M. Baretty venait de s'étendre san* cérémonie dans un immense fauteuil à la Voltaire, où, malgré sa rotondité, il paraissait en-" glouti. Sa pose avait quelque chose de si farouche , et s'accordait tellement avec l'expression rébarbative de son visage, que je ne pus m'empêcher de le comparer à un bouledogue couché dans sa niche, le museau sur les pattes» l'œil assoupi, mais ia dent éveillée. Je remarquai bientôt qu'à travers ses paupières demicloses, il glissait un regard scrutateur qui,

après avoir examiné quelque IcinjDS Edmontl, se porla sur nioi-mèmc, cl me força de délourner les yeux. Je compris sur-le-ciiamp le sens de celle observation sournoise. S;ins doute, au seul aspect de jeunes gens inconnus, cet agréable mari avait senti frémir ses instincts soupçonneux ; et en nous étudiant h la dérobée, mon airii et moi, peut-être cherchait-il à deviner auquel des deux il aurait le plaisir de casser bras ou jambe, conforméiiient à la recette dont il s'était servi à Barèges. Cette idée, bien faite pour modérer mes velléités sentimentales, les irrita au contraire. J'éprouvai que la saveur du péril rehausse le goût de l'amour même, et, en regardant de nouveau madame Barelty, je la trouvai plus belle encore qu'elle ne m'avait paru d'abord. Combien elle était charmante en effet, nonchalamment assise, la tèle un peu penchée, les mains enti'clacées dans celles de sa sœur, qui lui parlait vivement à voix basse, et qu'elle écoutait avec un sourire sérieux! Peu à peu je m'abandonnai au plaisir de la contempler, et, oubliant la sombre surveillance dont j'étais probablement l'objet , je tombai dans une rêverie profonde.

— O m.')ri;ige ! voilà de les coups, me dis-je avec une ironie mcice de compassion ; tu prends d'une uiain un être plein de grâce, de distinction , d'intelligence, de l'autre une créature vulgaire, bornée, brutale, et tu les unis. Dérision amère! la caserne unie au salon!

Comme je m'apitoyais sur la destinée de cette femme d'élite livrée au despotisme d'un grossier soldai (c'est ainsi que, dans mon indignation, je nommais l'ex-capitaine de voltigeurs), madame Baretly tourna la tête de mon côté, et ses beaux yeux veloutés se lixèrent sur les miens avec une expression si mélancolique et si pénétranle, que je me sentis troublé jusqu'au fond de l'àme. L'étrange émotion où me jeta ce regard sera suffisamment expliquée lorsque j'aurai dit que je n'avais pas l'habiludc de m'en voir accorder de pareils; ceci m'oblige à lin aveu pénible pour mou amour-propre , mais nécessaire à la clarté de ce récit.

Le bonheur d'être belle a trouvé son poète : si le malheur d'être laid pouvait donner envie de chauler, j'aurais de légitimes raisons pour accorder ma lyre. Là ne s'anéle pas mon infortune. Il est une rare et pittoresque laideur qui,

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fièrement portée , sert un homme plus qii'elle ne lui nuit. Mirabeau, à coup sûr, n'eût pas troqué contre le fade visnge d'un belàtre sa face de tigre marquée de la petile-vérole Malheureusement pour moi , rinégularitédc mes traits ne se trouve pas compensée par leur expression. Ma laideur est de celles qui courent les rues; je ressemble à tout le monde, à tel point que des gens avec qui j'ai été lié oublient ma figure, et que d'autres me reconnaissent qui ne m'ont jamais vu. Né avec un cœur sensible et une imagination romanesque , il est inutile de dire combien cette déplaisante vulgarité de ma physionomie m'a chagriné souvent et quelquefois désespéré ; mon goût pour les émotions tendres y trouvait t!e si fâcheuses entraves! car les femmes ont beau professer une superbe indifférence pour les avantages phvsiques des hommes, j'ai toujours remarqué qu'en définitive l'esprit le mieux accueilli d'elles était celui qui avait les yeux les plus éloquents et les plus belles dents. Aussi, que de fois, en passant sur le boulevard des Italiens^ n'ai-je pas envié l'enveloppe de quelques - uns des agréables jeunes gens qui s'y promènent, la botte vernie.

le cigare à la bouche, le camélia à la bontonnière, le pouce dans reiilouniure du gilet !

— Avec celte (îguie et mon savoir-r.ûre, ai-je dit souvent, je ne trouverais pas de cruelles.

Réduit à mon savoir-faire et à ma figure, j'en avais trouvé plus d'une, je suis forcé d'en convenir. Mes succès fort clair-semés avaient toujours elé laborieux. Si j'avais triomphé quelquefois, ce n'avait été qu'à force d'entêtement ; mais de ces provocations fines et charmantes qui disent : Aimez-moi , et vous épargnent la moitié du chemin , je n'avais pas encore eu lieu de m'en enorgueillir. Jamais jusqu'alors Galallîée, après m'avoir lancé sa pomme, n'avait fui vers les saules en m'invilant à la poursuivre.

Le regan] expiessif de madame Darclty était donc une nouveauté en même temps qu'une faveur. Pour la pi'cmière fois , une femme prenait envers moi une pareille initiative. Tel fut l'étonnement de ma modestie, que j'éprouvai d'abord plus d'embarras que de plaisir. Un sentiment (îe défiance s'éveiila même dans mon esprit. N'élait-il pas possible que j'eusse devant

moi une coquelle qui , c» me prenant pour point de mire, ne chereliait qu'à se divcrlir à mes dépens? Je reconnus bientôt l'invraisemblance d'une semblable supposition, et je pensai qu'il y aurait une humilité trop niaise à interpréter défavorablement une action qui n'avait rien que de flatteur, et dont, après tout, la cause n'élait pas impénétrable.

— Mariée à un homme indigne d'elle, cette femme, me dis-je, ne peut être que fort malheureuse. Or, les malheureux recherchent la sympathie, et, lorsqu'ils croient l'avoir trouvée, ils l'accueillent avec reconnaissance. De mon coté, je ne suis pas beau , mais peut-être ai-je trop mauvaise opinion de ma figure. Après tout, ()lus ou moins bien fendus, les yeux sont les interprèies de l'àme. Elle aura lu dans les miens le vit intérêt qu'elle m'inspire 5 elle aura deviné qu'il y a en moi une inleiligence faite pour la comprendre; en un mot, elle aura reconnu un ami, et voilà ce qu'a voulu m'exprimer son re^ai'd de colombe souffrante.

Instinclivement , je pris Taltitude qui convenait à ce tendre rôle d'ami d'une femme malheureuse, pour lequel je me sentais une voca-

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lion toute particulière. Les bras croises sur la poitrine, le front penche d'un air rêveur, je continuai de regarder madame Baretty, convaincu déjà que par celte conlempiation obstinée je risquais peu de lui déplaire, au cas qu'elle vînt à la remarquer. Si présomptueuse qu'elle pût être, cette conjecture ne tarda pas à me paraître réalisée. Un second regard plus doux , plus appuyé, plus décisif que le premier, m'arrivade plein fouet, comme disent les artilleurs. J'en tressaillis; mais mon ravissement fut troublé aussitôt par un aigre bruit de porcelaine brisée qui interrompit fort à l'improviste le silence du salon. Tout le monde tourna les yeux vers M. Baretty. Le capitaine venait de se lever avec l'impétuosité d'un tigre blessé, et la violence de son mouvement avait lait rouler le fauteuil où il était assis contre une étagère chargée de potines et de cornets.

— Quelle mouche vous pique? s'écria M. Richomme en regardant d'un œil piteux les débris épars sur le tapis ; prcnc/.-vous mes vases du Japon pour des bédouins ?

— Mille pardons! je crois que je m'étais endormi, répondit M. Baretty d'une voix rauque.

Un regard furieux qu'il lança au même insLant à sa Icmine m'apprit ce que je devais penser d'une pareille excuse.

— Vous avez le sommeil meurtrier, grogna l'ex-fournisseur. Que (iiautre! quand on a envie de dormir, on va se coucher.

— C'est ce que je vais faire, répliqua le jaloux d'un ton non moins grondeur; à plus d'onze heures, il est bien temps de se retirer. Allons , madame, je suis à vos ordres.

Madame l>aretty se leva aussitôt sans dire un seul mot. Cette passive obéissance, si peu ordinaire chez une jolie femme, me con(h-ma dans l'idée que j'avais sous les veux le plus absolu des despotes et la plus soumise des esclaves. Si déjà toutes mes sympathies n'avaient pas été acquises à la belle opprimée, la iVfÇon touchante et résignée dont elle accepta le bras que lui offrait son tyran eût sulTi pour m'attendrir le cœur. Les deux époux sortirent presque aussitôt du salon, qui soudain me parut désert, comme l'Orient à Antiochus après ledépirt de Bérénice, hioccupé désormais, j'attendis avec impatience la lin de la parlie ce wislh, qui s'acheva enfjn et permit à chacun <ie se retirer.

Sous le prétexte de fumer un cigare, j'accompagnai Vanois dans sa chambre avant de rentrer dans la mienne.

— Comment trouvez-vous madame Baretty ?

lui demandai-je sans préambule.

— Pas ma!, répondit-il négligemment.

— Pas mal! répé(ai-je en mechaudant malgré moi; l'éloge est assez mince. Mais d'abord l'avez-vous regari !ée ?

— Assez pour avoir le droit de la juger. Je préfère sa sœur.

— Parbleu! je n'en doute pas, m'écriai-je en ricanant; vous vous trahissez, mon cher. Maïs j'aurais mieux aimé recevoir cet aveu de votre confiance.

— Je me trahis! En quoi, s'il vous plaît? Je haussai légèrement les épaules.

— Niei'ez-vous que vous fassiez la cour à madame Piichomme? repris-je d'un air railleur.

Edmond me regarda fixement.

— Ah! vous avez découvert cela! dit- il au boutd'mi instant avec un accent où il me parui entrer plus de persiflage que de mauvaise humeur.

— ' Je ne suis ni sourd ni aveui.de. En cou-

•àOli L'ÉCUEIL.

science , vous auriez dû me nietlre au fait , au lieu de me réiJuire à faire usage de ma perspicacité. N'impoi'lc; quoique j'aie à me plaindre de votre dissimulation , si je puis vous être utile , disposez de moi.

— A charge de revanche peut-être? répondit mon compagnon de voyage en m'interrogeant d'un regard perçant.

— Comment l'entendez-vous? répliquai-je un peu intrigué de ce propos.

Yanois aspira coup sur coup trois ou quatre bouffées, et, posant son cigare sur la cheminée :

— Mon cher Duranton , me dit- il avec un sourire qui me parut plein de bonhomie , jouons cartes sur table. Vous voulez que je sois amoureux de la maîtresse de céans, j'y consens; mais, à votre tour, avouez que les œillades assassines dont sa sœur vous a gratifié n'ont pas trouvé votre cœur complètement insensible.

— Vous vous moquez de moi , dis-je , assez content au fond de voir mes propres observations confirmées par celles d'un témoin désintéressé.

— Je ne suis pas plus aveugle que vous. Une chose certaine , que vous en conveniez ou non , c'est que madame Barelly vous a acconlé ce soir une attention Fort significative.

— Pure curiosité, fis-je d'un ton modeste.

— Soit; mais la curiosité n'cst-elle pas le moteur universel, la source féconde d'où tout découle? A quoi devons-nous, s'il vous plaît, la découverte de l'Amérique , l'emploi de la vapeur et toutes les autres conquêtes de la science? L'^nour lui-même, qu'est-il autre chose qu'une curiosité dirigée vers un terme unique? Croyez-moi, mon cher, femme curieuse aujourd'hui demain sera femme éprise, pour peu qu'on lui aplanisse cette transition.

Vanois s'exprimait avec un aplomb dogmatique, comme s'il eût démontré un théorème. Il m'appartenait moins qu'à personne de le contredire, car sur cette matière je partageais ses idées. Je me contentai donc de sourire en homme qui ne demande qu'à se laisser convaincre de ses succès.

— Tout à l'heure je vous ai méchamment II. 20

contrarié, poursuivit mon ami d'un air d'enjouement; je suis prêt à faire amende honorable. La vérité est que je trouve /nadamc Baretty , non point pas mal , mais extrêmement bien j et à votre place. . .

— ■ A ma place ?

— Je risquerais de déplaire à son ogre de mari.

— C'est fait , dis-je élourdimcnt.

Ces mots lâchés, je m'en repentis; mais il était trop tard, et les questions de Yanois m'arrachèrent un aveu complet. En apprenant la cause du désastre dont les poTines du Japon avaient été la victime, il partit d'un éclat de rire si franc, que je ne pus me retenir de partager son hilarité.

— Allons! courage! me dit-il avec une gravité bouffonne ; sus à la Barbe-Bleue ! haro sur ce sauvage qui ne veut pas qu'on trouve sa femme jolie ! Point de quartiei' à ce barbare ! Vous savez qu'il tire aux jambes, visez-le à la tête.

En retour de ma franchise, mon ami finit par m'avouer que j'avais deviné juste, et (|ue son voyage n'avait d'autre cause que la piission

violente et peu récompensée qu'il éprouvait depuis plusieurs mois pour tnaclamo Ricliomme. Je le complimentai sur son goût, qu'au fond jc trouvais au moins singulier, vu le peu d'attraits dont la dame me semblait pourvue. A son tour, il reconnut que madame Baretty était une de ces femmes pour qui, selon la pittoresque expression du plus spirituel de nos poètes, o?i se ferait rompre les os. Devenus ainsi couQdents l'un de l'autre , nous nous quittâmes en parfaite intelligence après nousétre promis discrétion à toute épreuve et secours au besoin.

Ma conversation avec Vanois m'affermit dans mes projets aventureux, ou plutôt me barra la retraite. En effet , comment reculer, maintenant que j'avais choisi pour confident de mes désirs et de mes espérances un maîtrerailleur qui n'eût pas manqué d'attribuer toute démarche rétrograde à une prudence fort peu héroïque ! La crainte du ridicule se joignit à la tendre attraction que je subissais déjà , et, par vanité autant peut-être que par entraîne ment , je résolus de mettre immédiatement en usage tous les moyens de séduction dont m'avait doué la nature.

Le lendemain , je ne revis madame Baretty qu'à l'instant du déjeuner. Elle me parut triste. Quoique au fond je me sentisse l'humeur assez allègre, je dus me mettre h l'unisson de cette tristesse; car, en amour ainsi qu'en musique, il est une tonalité rigoureuse h laquelle il faut se conformer sous peine de jouer faux. Une femme languissante impose à qui veut lui plaire une tenue élégiaque , aussi clairement que deux bémols à la ciel , compliqués du fa dièze , indiquent à un symphoniste le ton plaintif de sol mineur,

La mélancolie obligatoire dont il est ici question] n'est pas d'une pratique fort difilcile. N'exigeant ni beaucoup d'esprit , ni beaucoup d'imagination, ni beaucoup d'adresse, ni beaucoup d'audace , elle convient particulièrement aux cœurs timide^ et aux intelligences paresseuses; mais les habiles et les raffinés euxmêmes auraient tort de la dédaigner. C'est un vêtement commode , en ce qu'il dispense celui qui l'endosse de tous les menus frais d'amabilité qui rendent souvent si laborieux le métier d'homme sensible. Un amoureux mélancolique n'est pas tenu d'être galant , amusant bien

moins encore. En revanche, il a le droit d'être taciturne, maussade, farouche: et plus il donne un libre cours à son humeur sauvage , mieux il est dans l'esprit de son rôle ; agéable rôle h coup sûr, mais qui pourtant a ses inconvénients , à la campagne surtout.

A Paris, un jiune homme qui s'enrôle sous les drapeaux de la mélancolie raisonnée ne se charge pas d'un service très-pénible ; pourvu qu'en présence de l'objet de son martyre il se montre convenablement pénétré , dévasté et ravagé, il peut d'ailleurs mener joyeuse vie. Dés qu'il n'est plus de piquet , libre à lui de fumer, de dîner au Café- Anglais , de hanter les coulisses de l'Opéra et de perdre son argent h la bouillotte. Tel qui , le soir, se meurt d'amour dans un coin du faubourg Saint-Germain , quelques heures plus lard traîne impunément au bal Musard son reste d'existence. Paris est si grand ! Il n'en est pas de même à la campagne , où la vie en commun amène de fréquents rapprochements. Là, point de repos pour l'amoureux mélancolique ; à toute heure et en tout lieu, il doit être en grande tenue de soufirance. A la longue, c'est fatigant j mais se

jtO L'ÉCUEIL.

relâcher un seul instant, ce serait risquer de tout perdre: car les femmes n'admettent pas que la passion puisse avoir des intermittences.

A la campagne, il est un écueil surtout dont je dois signaler le danger; c'est à table qu'il se rencontre , et j'en parle par expérience. A déjeuner, madame Barelty manglîa à peine; et ce fut d'un air de distraction si dédaigneux, que je compris aussitôt cjuel irréparable tort me ferait dans son esprit la manifestation d'un appétit grossier: quoi de moins sympathique, en effet, pour une femme sentimentale, qu'un homme qui mange, si ce n'est peut-être un homme qui dort?

En pareille épreuve, il n'y a pas deux manières de se conduire ; il faut payer de sa personne. C'est ce que je fis : malgré l'aspect tentateur du repas, je me mis héroïquement à la diète.

— J'en serai quitte pour une visite clandestine à l'office, me dis-jeen résistant aux inintelligentes remontrances de mon estomac.

— Ètes-vous malade? me demanda M. Richomme , qui , à la fin , remarqua mon obstination à laisser mon assiette vide.

LK PAKATOXNKIUIE. 311

Je icpoiulis urgalivcincnt.

— Alors vous êtes ainourcux? reprlt-H d'un air railleur.

Celle ibis je me contentai de sourire, mais presque aussitôt , d'un regard passionné , j'offris à madame Barctty rhommagc du sentiment qui m'était imputé; une œillade des plus encourageantes agréa cet aveu muet. Par malheur, je ne fus pas seul à la remarquer: contre l'usage de ses confrères , le mari jaloux avait d'excellents yeux. En cette occasion sa clairvoyance ne lui fit pas défaut, et, comme la veille, l'émotion qui en fut le résultat se trahit d'une manière assez burlesque : occupé à dépecer une magnifique truite de l'Aar, tout à coup M. Barelty lui enfonça la truelle dans le ventre, par un mouvement si violent, que la plupart des morceaux découpés se trouvèrent lancés hors du plat et s'éparpillèrent sur la table. Ce fait puéril en lui-même avait un sens tragique dont l'interprétation n'était pas difficile. C'était moi, sans aucun doute, que venait d'évenirer brutalement le capitaine de voltigeurs, sous l'innocente effigie d'un poisson. Je me tins pour averti : provoquer plus longtemps une jalousie

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si éveillée et si inflammable eût été le fait d'un écolier, et j'avais la prclenlion de ne plus l'être. Je m'interdis donc sur-le-champ toute démonstration dont eût pu prendre ombrage le plus inlolcraiit des maris. De quoi m'eût servi d'ailleursunpluslongusage de la pantomime? Qu'aurail-ellepu m'apprendrequeje ne connusse déjà? Les indulgentes dispositions de madame Barelty ne pouvaient plus être pour moi l'objet d'un doute raisonnable. Quelle que fût la cause de sa conduite, coquetterie excessive, besoin d'émotions, ou coup de sympathie, cette charmante femme m'avait autorisé le plus clairement du monde à m'occuper d'elle. Dès à présent il y avait entre nous un accord tacite, une mystérieuse intelligence. La plus exacte circonspection devenait donc impérieuse. Progrès étourdissant et miraculeux ! douze heures à peine s'étaient écoulées depuis que je l'avais aperçue pour la première fois, et j'avais déjà le droit d'être prudent !

Je le fus; mais, à ma grande surprise, madame Baretty, qui aurait dû me donner l'exemple, parut peu disposée à le suivre. Je remarquai à la dérobée qu'à plusieurs leprises

ses yeux cherchaient les miens, et, à l'expression de dépit qui se peignit bientôt sur son visage, je devinai que ma réserve était loin d'obtenir son approbation ; j'y persistai cependant, convaincu qu'avant Ja fin du jour je trouverais l'occasion de m'en dédommager. En ceci, je me trompai ; j'avais compté sans mon jaloux.

Après déjeuner, M. Richomme proposa à sa beîle-sœur déjouer une partie de billard. Un amoureux sans cervelle les eût accompagnés. Loin de là, je descendis politiquement au jardin. J'espérais que, tranquillisé par mon éloignement, M. Baretly se déciderait à partir pour la chasse, ainsi qu'il en avait manifesté l'intention dès le matin. Après avoir laissé écouler .une demi-heure qui me parut un demi-siècle, je me glissai en tapinois vers la salle de billard. Contre-temps fâcheux ! la première figure que j'aperçus en entrant fut celle du détestable capitaine, qui avait pris position sur une banquette, d'où, un cigare h la bouche et un journal à la main, il gardait sa feiimic ; car comment qualifier autrement une pareille conduite? A ma vue , il posa le journal sur ses genoux , se

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croisa les bras sur la poilritiu , et me rc^^arda en face. Certes, le l(jiip à qui l'on essaie il'arrachcr l'agneau qu'il tient dans sa gueule no doit pas avoir un autre regard. Au lieu de répondre à cette espèce de provocation , j'eus l'air de ne pas la remarquer, je me composai un mainlien insouciant, et, après avoir contemplé un instant les joueurs, je soilis du billard, non sans donner en secret les plus effroyables malédictions à ce mari sauvage qui, possesseur d'un trésor, avait l'intolérable prétention de le conserver pour lui seul.

Quelquesheures plus tard, dès que la forte chaleur du jour fut passée , on arrangea une promenade, et l'on choisit pour but un chalet situé dans une position pittoresque , à une demi-lieue du château. Il me parut impossible qu'une semblable excursion , dans un pays si accidenté , ne finît point par mettre en défaut la surveillance de l'odieux vétéran et me donner le moyen de parlera madame Baretty, à qui jusqu'alors je n'avais pas adressé un seul mot; car, d'après le romanesque caractère que je lui supposais, mieux valait encore débuter près d'elle par un expressif silence que par des lieux communs de

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convcrsalion. Je me promis de saisir aux clieveux la premièie occasion favorable; elle ne larda pas.

Au moment où nous sortions du parc, une penle escarpée se présenta devant iious; un sentier où l'on ne pouvait marcher que deux de front la coupait diagonalement, et, après avoir décrit plusieurs zigzags à travers un massif de sapins, descendait au fond d'un étroit vallon que nous devions traverser. En face de ce rude chemin, offrir le bras à une femme était une action fort naturelle, pour ne pas dire un devoir. Un des Suisses avait déjà présenté le sien à madame Richomme ; sans hésiter je me dirigeai vers madame Baretty , qui précécJait sa sœur de quelques pas \ mais, avant d'être arrivé près d'elle, je fus retenu par Edmond, qui marchait derrière moi.

— Pas d'école, me dit-il d'un ton magistral; vous en avez déjà trop fait depuis hier. Le mari est jaloux , la femme imprudente; soyez raisonnable. Voyez-moi , est-ce que j'ai offert le bras à madame Richomme? C'est par de pareils enfantillages qu'on gâte tout. Allez faire votre cour au Corse ; il a des soupçons : détruisez-les.

Pendant ce temps je ferai jaser votre infante,

et je saurai ce qu'elle pense de vous.

Le conseil de mon compagnon de voyage me parut rigoureusement conforme aux lois du code galant.

— Vous avez raison , dis-je à Vanois ; conquérir les bonnes grâces du mari, ou du moins endormir sa défiance, tel est sans doute le premier soin dont je doive m'occuper. Mais que lui dire , à ce requin ?

— Parlez-lui de ses campagnes, de ses blessures; bientôt vous n'aurez plus qu'à écouter.

La corvée était lourde; mais , après en avoir reconnu l'urgence , il eût été peu logique d'en différer l'exécution. Je me résignai donc, et, cédant à mon ami l'agréable office dont un instant auparavant j'avais espéré de m'emparer, je ralentis le pas pour attendre M. Barelty. Le jaloux, peut-être dans le but de me surveiller, s'était placé à l'arriére-gardc. Lorsqu'il m'eut rejoint, je lui adressai quelques paroles banales à propos du site agreste que nous parcourions. Un grognement inintelligible fut l'unique réponse du farouche bipède que j'essayais d'apprivoiser. Ce début n'avait rien d'cncoura-

gcant; mais le premîer pas était fait, et c'est, dit-on, le plus difficile.

L'air rogue de mon interlocuteur, son accent bourru, le laconisme de ses réponses, enfin la sardonique grimace qui venait de temps en temps plisser sa bouche balafrée et perfectionner sa laideur, tous ces indices me portèrent à croire qu'il n'était pas dupe de mes prévenances, et que ma tactique était éventée. S'il n'était pas universellement reconnu qu'un mari est un être tellement respectable qu'un amoureux doit tout endurer plutôt que de se brouiller avec lui , j'eusse été mis à une pénible épreuve pendant cet entretien , où les rebuffades ne me furent pas épargnées. Mais, au point de vue où je m'étais placé , les façons peu civiles de l'ancien capitaine de voltigeurs n'avaient pas plus d'importance morale que n'en a pour un écuyer la résistance du cheval qu'il veut dresser. Le mari ruait; c'était là un obstacle à vaincre, et non un affront à punir.

Malgré le peu de succès de mes premières avances, je persévérai dans la patiente amabilité que je m'étais imposée. Je redoublai d'enjouement et de bonhomie, je cherchai les sujets

de conversatîon les plus opportuns , en un mot je manœuvrai si adroitement qu'à la fin, soit que j'eusse réussi à détruire ses soupçons, soit que, clîoisissriut entre deux ennuis, il aimât mieux subir ma compagnie que de me voir papillonner autour de sa femme, M Barelty s'humanisa. Une circonstance bien puérile et bien triviale m'annonça que nous passions de l'état d'hostilité sourde à celui de désarmement. Et pourquoi omeltrais-je ce vulgaire mais caractéristique incident? Le calumet n'est-il pas chez les sauvages le svmbole de la paix, et beaucoup de fumeurs civilisés ne trouvent-ils pas cet usage plein de poésie? Or, d'une pipe à une tabatière, la distance est courte et la dérogeance petite. On a compris déjà que le mari jaloux prenait du tabac; il finit par se décider à m'en offrir, et moi, au risque d'éternuer, j'acceptai pour deux raisons : la première, c'est que madame Baretty ne me voyait pas; la seconde, c'est qu'elle me rappelait fort à propos la dissertation de Sganarelle sur le tabac considéré comme élément de concorde, d'harmonie et de sociabilité.

En rentrant au château, nous étions, le

Corse et moi, de si bon accord , qu'il me proposa une partie de chasse pour le lendemain. Le movcn de refuser? G'eiil été chicaner le tigre prêt à s'endormir. J'accueillis donc ce projet d'un air ravi , mais en enrageant ; je détestais la chasse.

Aucun incident digne d'clre mentionné ne signala le reste de la journée. Quelques regards, de mon côté seulement contenus par la prudence , furent encore échangés entre madame Barelty et moi. Mais je ne trouvai aucune occasion de lui parler sans témoin, et je persistai dans mon système. — Avec les femmes, le silence plutôt qu'une conversation insignifiante.

Le soir, lorsque chacun se retira, ce fut Edmond qui , à son tour , m'accompagna dans ma chambre. Pendant une grande partie de la promenade il avait donné le bras à madame Baretly , sans que le capitaine, dont la jalousie était évidemment concentrée sur moi , eût eu l'air de s'en occuper. Il me tardait de rinlerroger, car, d'après sa promesse, j'avais du faire le principal sujet de l'entretien.

— Bravissimo, mon cher! me dit- il dès que nous fûmes seuls ; hier au soir et ce malin vous

m'aviez paru un pcuadolesccnt, mais h présent je vous rends loute mon estime. Impossible de pêcher un mari à la ligne avec plus de grâce et de dextérité.

— Vous en parlez fort à votre aise, lui répondis-jc ; vous ne savez pas ce qu'il m'en coûte pour conduire la chose selon les règles de l'art. Si, comme moi, vous étiez condamné h tuer demain une quantité indéfinie de perdreaux...

— Il va à !a chasse ? interrompit Vanois avec

une vivacité singulière.

— C'est-à-dire , nous allons h la chasse. Il m'a proposé ce régal tellement à l'improvistc , que je n'ai pas eu la présence d'esprit de trouver une défaite.

— Partez-vous de bonne heure?

— Au point du jour.

— Au point du jour ! répéta mon ami, dont la figure devint radieuse sans que je songeasse à lui en demander la cause.

— Il n'est pas certain que je ne lui fausse pas compagnie, repris-je en hochant la tête : j'ai bien envie d'avoir la migraine demain malin.

— Perdez-vous l'esprit? s'écria Vanois du ton le plus chaleureux ; des perdreaux à tuer!

LE PARATONNKRRE. 321

ne (liiail-oi; pas (jue ce soit du poison à prendre? Je vous conseille de vous plaindre! moi f|ni vons parie, j'ai (ait pendant six mois trois parlies d'échecs par jonr avec un épou\ de ma connaissance. Voilà ce qui s'a[)pellc une corvée. Allons, vous èles un enfant. Vous voulez donc réveiller sa dcliancc? Si vous ne l'accompagnez pas à cette chasse, il est homme à n'y pas aller lui-même, et alors qu'anrez-vons gai^'né?

De nouveau je tus Ibrcc de reconnailre que mon ami avait raison, et je m'armai de patience pour la partie de plaisir du lendemain.

— Maintenant, mon cher, soyez franc, rcpris-je en abordant un sujet plus agréable; vous avez causé fort long-temps avec madame Baretly. Avcz-vous parlé de moi ?

— DcSjuoi aurions-nous parlé ? répondit en souriant mon ami.

— Qu'a-t-clledit?

— Mille choses.

— Mais encore?

— Vous savez qu'il est fort difficile de se rappeler exactement ce que disent les femmes lorsqu'elles ont quelque intérêt à déguiser leur pensée. Elles emploient alors des expressions

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