‹ L'écueil (volume 4)Chapitre 4 sur 14 · HI · texte numérisé non relu

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Madame d'Épenoy, chez qui se trouvait appelé le marquis de Morsy, était sa contemporaine, à quelques années près qu'elle avait de plus que lui. Contre l'ordinaire, elle avait pris son parti de vieillir, avec plus de résignation qu'il n'en montrait lui-même ; contre l'ordinaire encore, elle ne se croyait pas obligée d'expier, par les austères minuties de la vie dévote, les

plaisirs d'une jeunesse qui, nu dire de quelques personnes sans charité, avait brillé sous le consulat (.Vun éclat un peu profane. Chez elle, l'oratoire n'avait pas hérité du boudoir. Les pratiques pieuses, seul intérêt que conservent vers leur déclin tant d'existences féminines, n'occupaient dans la sienne qu'une piace assez exiguë ; elle paraissait s'en acquitter par convenance plutôt que par conviction. On ne la voyait à l'église que les dimanches; elle n'était d'aucune confrérie, et le nom de son confesseur restait inconnu: aussi, aux veux de sa société habituelle passait-elle pour un esprit fort, témérité qui ne pi'ofite guère aux femmes de cinquante ans, mais cjui , dans ce cas particulier, rencontrait une indulgence presque universelle et si peu ordinaire , qu'il n'est pas inutile d'en expliquer les raisons.

Si madame d'Epenoy n'accordait aux choses de la vie future qu'une application peu fervente, en revanche elle apportait au maniement des intérêts mondains un goût ardent et infatigable. Homme, elle eût abordé la politique ; comme M. Gastoul, elle aurait briqué la députation, et peut-être fût-elle devenue ministre; femme, elle

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cxerçiiit l'aclivité de son esprit dans une sphère moins retentissante mais non moins animée. Depuis que ia jeunesse évanouie, et avec elle la beauté, lui avait fermé la carrière de la coqueltcrie, acceptant pliiiosophiqncment celle mise en retraite, elle avait formé un établissement nouveau sur un terrain approprié à son âge. Sans parler du soin d'une for! une assez considérable, qu'elle administrait avec une vigilante économie dont on connaîtra bien lot la cause, on la voyait sans cesse occupée d'autant •d'affaires qu'il s'en traite dans l'étude d'un avoué en crédit. Appartenant à l'ancien régime par son père mort en émigration, et au nouveau par son mari tué à Montmirail, elle avait dans les deux camps des amis qu'elle accueillait avec une impartiale bienveillance. Exempte do préjugés et indépendante par caractère, elle inclinait sans doute vers les opinions progressives plus que vers les croyances rétrogrades, mais la sûreté de son goût maintenait dans de justes bornes celte propension à marcher du môme pas que le siècle. Elle savait qu'un peu de retard et même de résistance ne messicd pas aux vieillards; et que trop peu ingambes pour le 11. 4

rôle d'éclaireurs, leur place est à l'arrière-garde. Après avoir trouvé moyen dans sa jeunesse d'être coquette avec approbation et privilège du monde où elle vivait, madame d'Epenoy n'était pas femme à se brouiller avec lui vingt ans plus tard pour de puériles dissidences; elle habillait donc irréprochablement la hardiesse un peu virile de ses idées, et selon l'usage des gens habiles, faisait passer le fond à la faveur de la forme. Grâce à cette conduite pleine de mesure, madame d'Épenoy , qui habitait la rue de Grenelle-Saint-Germain, avait conquis dans la société assez peu tolérante qu'elle voyait d'habitude, une position exceptionnelle dont on eût difficilement trouvé un second exemple. Indévote et libérale, ce double péché qui eût accablé toute autre, lui était pardonné par les plus rigides; il semblait que ses erreurs échappassent de droit à toute censure, et fussent couvertes d'une indulgence plénière.

Mais la science du monde que déployait madame d'Épenov en toute circonstance , n'avait pas établi seule la considération, et l'on pourrait dire l'ascendant dont elle jouissait dans un assez grand nombre de maisons. Une cause plus

efficace , puisqu'elle était fondée sui* l'intérêt personnel, lui assurait partout un accueil empressé et affermissait son crédit^ c'était le profit presque certain qu'on lirait de son commerce. Son ancien désir de plaire s'était transformé au lieu de s'éteindre ; les affections qu'elle ne pouvait plus conquérir par la beauté, elle les recherchait par la prévenance. Véritablement dévouée à ses amis, elle aimait à rendre service aux indifférents mêmes; mais en obligeant, elle obéissait moins à l'inclination naturelle d'un caractère officieux qu'à la sollicitation d'un esprit actif qui lui rendait pénible le repos. Par cette double raison , sa bienveillance était infatigable 5 et ce n'était jamais en vain qu'on y avait recours.

Madame d'Epenoy se trouvait en excellente position pour satisfaire son humeur serviable : fort répandue sous l'empire et la restauration^ elle conservait des relations avec beaucoup d'hommes influents de ces deux époques, et, comme nous l'avons dit, par sa naissance et son mariage elle avait un pied dans l'ancien régime et l'autre dans le nouveau. Son crédit s'exerçait sur ces deux terrains avec une assiduité pres-

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fjiic égale; tel qui l'avait rencontrée le malin ({ans le siion d'attente d'un ministre, prélo à solliciter quelque faveur pour un de ses protéines dévoué au gouvernement de juillet, pouvait la retrouver le soir dans un liùtcl du faubourg Saint-Gerninin , plaidant la cause d'un réfugié espagnol ou d'un prisonnier vendéen, liégitimiste, juste-milieu, républicain étaient égaux devant son patronage qui , à l'instar du soleil, ne faisait acception de personne, et luisait pour tout le monde.

De ce qu'on vient de lire il est facile de conclure que madame d'Epenoy jiossédait une clientèle nombreuse; d'ailleurs le ministère bienveillant qu'elle aimait h remplir n'eût-il eu ([u'une seule branche , la principale , il est vrai, son activité y eût surabondamment trouvé de quoi se tenir en haleine. Cette branche , couverte de haut en bas de feuilles vertes parfois, mais plus souvent jaunissantes, était celle t!ont avait parlé assez irrévérencieusement INI. d'Epenoy tians sa conversation avec le marquis de Morsy.

Ainsi que la plupart des femmes qui ont accompli leur destinée en connaissant l'amour et

la malcrnilé, matlamo d'Epenoy éprouvait une compassion sincère pour les créatures qu'un sort injuste semble condamner à ignorer toujours l'un et l'aulre. Le célibat , dont les hommes tirent quelquefois un assez bon parti, lui paraissait pour son sexe un état anormal, affligeant, presque ridicule ; et comme un appitoiement stérile ne convenait pas à la vivacité de son temjjéramenl , à la vue du mal elle songeai! d'abord au remède. Les veuves disposées à convoler en seconde noces trouvaient en elle encouragement et assistance; elle s'intéressait chaudement aux filles sans fortune ou sans attraits, dont l'une ou l'autre de ces défectuosités rendait l'élablissement difficile: mais c'est surtout à faire refleurir conjugalement les demoiselles montées en graine qu'elle employait la ferveur de ses bons offices. La position de cette dernière classe la touchait particulièrement, et ses droits à un tour de faveur lui semblaient d'autant plus incontestables qu'ils étaient fondés sur l'ancienneté.

— Les pensionnaires ont un avenir, et les veuves un passé, disait-elle quelquefois; à la rigueur elles peuvent attendre , car, avec l'es-

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poir ou le souvenir, leur condition est supportable; mais quelle patience prescrire aux vieilles filles qui n'ont, pour se résigner au présent, ni les consolations de la mémoire, ni les illusions de l'espérance?

Conformément a cette distinction équitable, madame d'Epenoy^visait scspi'Otégées en trois catégories, et, quoique également dévouée à chacune, elle s'ocqupait surtout de celle ou l'ennui du célibat , combiné avec la maturité de l'âge, constituait ce qu'elle nommait, en riant, un cas d'urgence. Selon elle, cette urgence commençait à poindre à vingt-cinq ans; à trente elle devenait impérieuse; à trente-cinq, pour emprunter aux légistes une locution de leur argot , il y avait péril en la demeure : à quarante ans , enfin , la demoiselle à marier passait à l'état d'àaie du purgatoire. Lorsqu'à force de démarches et de négociations, madame d'Epenoy était parvenue à tirer de la géhenne où il languissait un des membres de cette dernière subdivision , elle éprouvait l'orgueil que dut ressentir Louis XIV en plaçant son petit-fils sur le trône d'Espagne; orgueil plus juste encore, il faut le dire, car d'un prince à une couronne

il y a moins loin que d'une fille deux fois majeure à un bouquet de fleurs d'oranger.

D'après ce qu'on sait maintenant du caractère de madame d'Epcnoy, il est inutile d'ajouter qu'elle conformait sa conduite, à l'égard du sexe masculin , aux combinaisons d'hymcnée dont elle était occupée san^ relâche. Elle accordait peu d'attention aux hommes mariés; car, la bigamie étant interdite, il n'y avait rien à tirer d'eux. Ils ne reprenaient à ses yeux un peu de valeur que quanti, pères de famille, ils possédaient sous leur autorité plus ou moins de jouvenceaux habiles à contracter mariage. Mais autre chose était des .célibataires : quel que fût leur àçre, adolescents sortis la veille des bancs de l'école , ou barbons en puissance de gouvernante, pourvu que la fortune ne les eût pas traités en marâtre, elle les regardait comme lui appartenant par droit de poursuite , tout aussi légitimement que le lièvre appartient au chasseur, ou le bâtiment d'une nation ennemie au corsaire muni de ses lettres de marque.

La manière dont madame d'Epenoy chassait aux maris participait du magnétisme; autour d'elle s'épandaient je ne sais quelles vapeurs

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conjugnies qui finissaient paralteintlreaii cerveau les cclibalaires les plus rccalcilrants. Nul ne traversait impunément celte atmosphère : d'abord le danger restait inaperçu ; mais bientôt, à mesure que l'habile femme vous attirait dans son intimité, on se trouvait pris par une sorte de courant électrique non moins irrésistible que celui de la iDontagne d'aimant dans le conle des Mille et une Nuits , et l'on sentait ses plus fermes résolutions de vivre et mourir garçon s'envoler clou à clou , ferrure après ferrure. Que si l'on échappait à ce péril , on n'était pas sauvé pour autant. Animée par la résistance , madame d'Epenoy redoublait son attaque; jusque-ià elle avait procédé par détour et par insinuation plutôt que par agression directe: mais alors, selon son expression énergique , elle ouvrait franchement son feu; feu terrible sou; d'inoffensives apparences! Feu de filles et de veuves, feu de brunes et de blondes, feu de mineures et de majeures! Elle avait de tout dans ses caissons , même des héritières. Le moyen de se tirer sain et sauf de cette mitraille!

Grâce h sa connaissance du cœur humain , à son esprit ingénieux , à sa persévérance infali-

gable ; grâce, en un mot, à des talents supérieurs qui eussent honoré un (liplonialc do premier ordre, madame d'Epenoy réussissait souvent dans le charitable ministère qu'elle avait adopté. Elle y obtenait même de temps en temps des résultats dont elle demeurait étonnée la première, et qu'elle qualiliait de fabuleux. On voit combien étaient en réalité légitimes ses droits au titre de providence des demoiselles à marier, qu'en riant lui avait décerné son fils. Il ne s'écoulait pas de jour sans qu'elle ne cherchât à le mériter encore davantage. Récompensée par la satisfaction un peu vaniteuse que laisse le succès, quelquefois mémo par la reconnaissance de celles cjui lui devaient leur établissement, elle recueillait eu outre un autre fruit qui seul lui eût paru un bénéfice suffisant : elle employait sa vie ; problème dont la difficulté augmente à mesure qu'approche la vieillesse, et surtout difficile à résoudre pour les femmes aimables qui , ayant chanté tout l'été, se trouvent, comme la cigale , dépourvues d'autant quand la bise est venue.

Les amis de madame d'Epenoy prétendaient qu'il leur était aussi impossible de se la repré-

senler sans l'accompagnement obligé d'une cliente à pourvoir qu'illc serait à un arliste de peindre Jupiter s:ms barbe ou Cupidon sans ailes. Cette assertion un peu satirique était pleinement justifiée au moment où a commencé ce récit par un colloque confidentiel qui avait lieu, rue de Grenelle-Saint-Germain, entre madame d'Epenov en personne et une autre femme couchée sur sa liste indubitablement.

Le lieu où se passait cette conférence était un petit salon assez bas d'élage , et tendu d'un papier gris, à bordures veloutées , qui ne se recommandait ni par sa fraîcheur , ni par son élégance. Les meubles dont il était garni semblaient y être à l'étroit. La pendule et les candélabres étaient trop grands pour la cheminé'e; les tableaux touchaient au plafond; un canapé masquait une porte, tant il était disproportionné à l'exiguilé du local. Ces meubles évidemment avaient appartenu à un appartement plus vaste , et sans doute une même raison d'économie, en le réduisant, les avait conservés. iNIais , si mesquin et si suranné que parut ce salon comparé aux magnificences des ameublements modernes, il avait ses habitués et sur-

tout ses habituées, dont l'assiduité ne le cédait en rien h celle que montraient au lever du grand roi les courlisans de l'OEil-de-Bœuf. Ce fait n'a pas besoin de commentaires, puisque on sait déjà qu'au coin de cette cheminée étroite, sur les rosaces de ce lapis fané , à l'abri de ce paravent mystérieux , fonctionnait une des plus intéressantes industries de la vie sociale : une fabrique de mariages!

Madame d'Epenoy était assise dans une vaste bergère , les pieds sur le garde-feu , et le coude sur une petite table où l'on apercevait pèlcmèle un journal, une tabatière, des lunettes, une boite de pâte de jujube; le tout sous la garde d'un chat qui dormait. La vivacité de son regard , ses traits réguliers et l'agrément que conservait son sourire, témoignaient de sonancienne beauté, tandis que la franche exhibition de ses cheveux gris et la simplicité de sa toilette disaient avec quelle résignation sans arriére-pensée elle avait accepté son rôle de vieille femme.

En face de madame d'Epenoy siégeait au bord d'un fauteuil, dans l'attitude la plus perpendiculaire, un être en qui l'on était obligé de

reconnaître aussi une femme, en raison du châle , de la robe et des autres attributs peu virils dont se composait sa parure , mais qui aurait pu adopter le vêlement masculin sans qu'il fût venu à l'esprit de personne de soupçonner la fraude. Cette créature ossue et mnl équarrie avait de gros traits enlaidis par une physionomie chagrine ; son teint rougeaud à l'état ordinaire s'enflammait en cas d'émotion , et sa large figure alors ne ressemblait pas mal à un bassin de cuivre rouge. Le fût de la colonne ne dédommageait pas du chapiteau ; mais indemnité insuffisante, au contraire de la statue du songe de Nabuchodonosor, qui avec sa tête d'or et sa poitrine d'argent péchait par la base , cet ensemble disgracieux se terminait par li'assez jolis pieds: aussi les méchants disaient-ils que, de toute la personne de mademoiselle Alphonsine du Boissier, c'était ses pieds qu'on voyait d'abord, tant, assise eu debout, elle manœuvrait savamment pour attirer sur eux les veux du public. Nous achèverons ce portrait par une observation qui nous semble indispensable, en disant que l'original n'avait plus que quelques

années h parcourir pour prendre place au rang des âmes du puigatoire.

C'est à prévenir celte catastrophe que travaillait principalement madame d'Epenov depuis quelque temps; cl quoique ses eflbrls eussent obtenu peu de succès, elle y persévérait avec un entêtement admirable. Plus l'établissement de sa protégée rencontrait de difficultés, plus elle prenait à cœur de le conclure ; car l'amour-propre avait fini par joindre son aiguillon à celui de la bienveillance, et, la nonréussite de ses premières démarches avant eu quelque retentissement, elle se faisait un point d'honneur de fermer la bouche aux mauvais plaisants par une victoire. En un mot le mariage de mademoiselle du Boissier était devenu l'idée fixe de madame d'Epenoy, à qui souvent, en causant avec ses intimes de choses étrangères à ce sujet , il échappait de dire d'un air rêveur:

— Tout cela est fort bien, mais ra ne nous trouve pas un mari pour cette pauvre Alplionsine.

Avec les gens dont la discrétion lui était connue, elle terminait la conversation par cette

phrase non moins inévitable que le Delenda Cdrthago ! de Galon , ou le vote du général Bertrand pour la liberté illimitée de la presse :

— Aidez -moi donc à marier cette pauvre Alphonsine.

En dépit de la criée désespérée dont elle était l'objet, mademoiselle du Boissier n'avait pas encore rencontré le généreux mortel qui devait l'élever au rang de femme. Peut-être fallait-il attribuer aux ennuis de cette longue attente la mauvaise humeur que trahissait ordinairement son visage, et qui au moment dont il s'agit offrait un caractère d'abattement ou plutôt de consternation.

Le silence durait depuis quelques instants dans le salon de madame d'Epenoy. La maîtresse du logis jouait du piano sur sa tabatière, et regardait à la dérobée la demoiselle ultramajeure ([ui, les yeux baissés, se tenait sur son fauteuil, raide et immobile, comme la femme de Lotli après sa métamorphose.

— Oue voulez-vous , mon enfant! dit enfin

la vieille daine avec un accent de commisération : c'est désagréable, je l'avoue ; et puisque M. Fcrrand vous aurait convenu, il est doublement fâcheux que vous ne lui conveniez pas. ^iais aussi quelle idée de venir à cette entrevue en manches plaies?

— Mais, madame, c'est la mode, répondit mademoiselle du Boissicr en relevant la tète.

— Il est une chose encore plus importante que la mode, c'est le goùl. Je n'allaquc pas les manches plates, mais elles ne convienr.eni cju'aux femmes dont le buste et les bras sont irréprochables.

— 11 me semble...

— Il vous semble, ma chère Alphonsine, que vous éles sans défauts; nous nous faisons toutes plus ou moins d'illusions sur ce chapitre-là : je vous apprendrai, moi qui ai le droit de tout vous dire, qu'un peu d'art ne vous est pas toutà-lail inutile. Avec des manches raisonnables, vous n'auriez pas fourni à M. Ferrand l'occasion d'exercer son esprit satirique, etpeut-élre votre mariage serait-il conclu maintenant.

— Ce sont donc ces malheureuses manches

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qui lui ont déplu? demanda mademoiselle du Boissier eu clouftanl un soupir.

~— Pas précisément les manches...

— Quoi donc alors?

— Il est inutile de s'arrêter sur ce sujet : c'est une affaire fiiiic', et le mieux est de n'y plus penser.

— Je vous en prie ; l'épondcz-moi ; je liens beaucoup h savoir ce qu'a pu vous dire co monsieur.

— Tiien d'offensant pour vous, je ne l'aurais pas souffert. Us'agit d'une simple plaisanterie.

— Ah ! une plaisanterie...

— D'assez mauvais goût; mais ce n'est pas par la légèreté do l'esprit que brillent ces messieurs de la Faculté. *

— Enfin, il vous a dit...

— Eh bien ! il m'a dit... INlais n'allez pas vous fâcher. Vous savez que tous les médecins sont un peu matérialistes; celui-ci paraît tenir beaucoup à la forme. Peut-être l'habiludc de tout observer du point de vue médical influe-t-cllc sur son goût , et il est possible que son antipathie pour la maigreur vienne de ce qu'il la juge incompatible avec une santé robuste.

— Il vous a dit... répéta mademoiselle Alphonsine d^une voix saccadée.

Malgré sa bonté naturelle , madame d'Epcnoy n'était pas exemple d'un secret penchant h la moquerie que légitimait d'ailleurs en ce moment son titre de protectrice.

— Eh bien ! ma chère enfant, puisque vous voulez tout savoir, répondit-elle en retenant un sourire, M. Ferrand m'a dit qu'ayant achevé depuis fort long-temps toutes ses études en médecine, il ne se souciait pas de recommencer un cours d'ostéologie.

L'indignation produisit sur le visage de mademoiselle du Boissier l'effet du soufflet sur la braise. Enflammée jusqu'aux oreilles, la fille à marier cssaya^d'un rire dédaigneux.

— Et moi, dit-elle, je ne me soucie pas davantage d'épouser un gros homme mal élevé, qui a le nez rouge et sent le tabac. Il m'avait déplu au premier aspect; si je ne vous l'ai pas dit tout de suite, c'est qu'après la peine que vous aviez prise je craignais de vous désobliger.

— Tout cela est à merveille, reprit madame d'Epcnoy en passant la main sur le dos o'u clial qui venait (le s'éveiller; mais jo counncnce à

croire h quelque malcîice dont vous êtes la viclinie sans vous en douter. Ce matin je calculais les partis avec qui je vous ai mise en rapport depuis cinq ans, et je suis restée effrayée du chiffre. Vingt-sept ou vingt-huit! Jamais chose pareille ne m'est arrivée.

— Mais, madame, ce n'est pas ma faute, fît observer mademoiselle Alphonsine d'un air mélancolique.

— Je sais du moins que ce n'est pas la bonne volonté qui vous manque. A qui manque-t-elle? Mîfis cela ne suffit pas. Dans votre position il faut un certain entregent dont, par malheur, vous êtes tout-à-fiiit dépourvue, et que mes conseils n'ont pas encore réussi h vous donner. Si vous étiez très-jeune, très-riche et très-jolie, cela irait tout seul, et vous n'auriez pas besoin de chercher à plaire ; mais à trente-huit ans...

— Trente-six, madame.

— Peu importe ; avec 80,000 fr. de dot tout au plus et un physique... ni bien ni mal, vous devez être aimable, fort aimable. Je ne prétends point dire que vous ne l'êtes pas, mais il s'agit de l'être avec intelligence et à propos.

Madame d'Epenoy avait été trop aimable

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elic-mcme dans sa jeunesse pour qu'on lui contestât le droit tîc piotesser l'arl de piaire. Sùrc d'être religieusement écoulée, eilc aspiia Icijîement îuic prise de taijae et s'étendit dans sa bei'gére d'une façon un peu doctorale.

— jNîa chère cnfanl, dit-elle ensuite en montrant du doigt une console, vous voyez celle nrne? Si vous vouliez la soulever, par où la piendriez-vous ?

— Par l'anse , répondit mademoiselle du Boissier du ton d'une pensionnaire récitant sa leçon.

— A merveille. C'est aussi par là qu'il faut prendre les hommes. Tous ont une anse, un l'aible , un goût dominant , une passion , une manie, si vous l'aimez mieux. Nous autres femmes, nous donnons prise également, mais d'une manière presque uniforme, par la vanité ou par le cœur; tandis que chez les hommes le coté laible varie à l'infini , en raison de la multiplicité des positions qu'ils peuvent occuper et qui nous sont interdites. Je vous ai déjà expliqué cela fort souvent. Peine perdue ! Dans vos vinut-sept ou vin^t-huit entrevues, vous est-il arrivé une seule fois de la découvrir , celle

anse providentielle , et tic la saisir net, de façon à enlever le mariage d'un tour de main? Jamais. Loin de là, vous somblez prendre à làclie de faire tout le contraire de ce qui serait convenable; et cependant ce ne sont pas les avertissemenls qui vous ont manqué. Pour ne citer qu'un fait, rappelez-vous la dernière de vos entrevues; pas celle-ci, celle d'il y a trois mois, avec monsieur... monsieur...

— Monsieur de Biancourt, dit la fille à marier d'(nic voix dolente.

— C'est cela ; M. de Biancourt. Je vous annonce un Iiomnic grave, fatigué du monde, qui, par suite de malheurs domestiques éprouvés du vivant de sa première femme, a pris la coquetterie en horreur et tient avant tout aux qualités sérieuses et solides; votre leçon fa:!c en commençant par A et en finissant parZ, me voilà tranquille et persuadée que cette fois tout ira bien. Vousarrivez ; que vois-je entrer ? une danseuse habillée pour le bal! des fleurs dans les cheveux, une garniture de point d'Angleterre, une robe ccourtée outre mesure, afin de nictlrc en évidence vos pieds, dont, par parenthèse, vous abusez ; des camées, des bro-

ches, un bracelet! quesais-je? tout un magasin de bijouterie! Vous n'aviez pas fait trois pas dans le salon, qu'au froncement de sourcils de M. de Biancourt, j'avais jugé voire cause perdue. Observez que- c'était un excellent parti , très-débonnaire malgré son air dur, et qu'une fois mariés vous en auriez fait au besoin tout ce qu'en avait fait la défunte; seulement, il fallait ne pas l'effaroucher.

— Vous avez raison, madame, dit mademoiselle du Boissier d'un air pincé, mais je n'ai point de regret de cette maladresse ; car , si ma toilette n'a pas eu le bonheur de-plaire à M. de Biancourt , en revanche sa personne et sa conversation m'avaient considérablement déplu , et je ne puis que m'applaudir de n'être pas aujourd'hui sa femme.

— En vérité, ma chère, il est impossible de prendre plus fièrement son parti , reprit avec un sourire moqueur madame d'Épenoy; je suis persuadée que, si nous passions en revue tous les hommes qui ont décliné le bonheur de vous appartenir, pas un seul ne trouverait grâce à vos yeux ; cependant , plus d'une fois , je vous ai entendue tenir un langage moins supeibe.

Je me souviens même qu'en général , pour ne pas dire toujours^ vous Irouvicz ces messieurs fort bien; et je prendrai la liberté de croire , malgré vos dédnins d'aujourd'hui, qu'en cas de demande de n'importe lequel d'entre eux, cas qui, h mon grand regret, ne s'est pas présenté, un refus aurait eu de la peine à sortir de votre bouche.

— Mon Dieu ! madame , vous croyez donc que j'ai bien envie de me marier ? demanda mademoiselle Alphonsine, dont les joues s'empourprèrent de nouveau.

— Plaît-il? dit la vieille dame qui se redressa dans sa bergère, et fixa sur sa protégée un regard d'étonnement ironique.

— En tout cas , si je cherche à m'établir , c'est uniquement parce que dans le monde les demoiselles n'ont pas une position convenable, ou plutôt n'en ont pas du tout ; mais, quant au mariage en lui-même , je puis bien vous jurer que si je ne consultais que mon goût...

— Vous resteriez fille ?

— Je ne vois pas ce qu'il y a de si attrayant dans le commerce d'un homme , le plus sou-

vent grossier, vulgaire, inintelligent, et toujours égoïste.

Madame d'Épenoy se pencha en avant, et baissnnl la voix comme si elle eût craint d'être entendue de quelque tiers invisible :

— Ma chère amie, dit-elle, nous sommes entre nous, et vous savez que je ne vous trahirai j)as: ainsi donc dégonflez vous , épanchez ce que vous avez sur le cœur, cela (ait du bien ; mai^ ne répétez jamais devant d'autres ce cjuc vous venez de me dire.

— Pourquoi donc, mat!ame?

— Parce qu'en public, s'il est Iîou souvent de cacher ses désii-s, on ne doit jamais les calomnier.

• — Je ne dis que ce que je pense, - — Je veux vous croire , mais d'autres seraient plus incrédules. En vous enlendant nialtraiter ainsi ces pauvres hommes, ils se rappelleraient peut-être le renard de la fable et penseraient que vous trouvez le mariage trop vert.

Madame d'Épenoy se renfonça dans sa bergère et prit une nouvelle prise de tabac qu'elle aspira d'un air passablement sardonique, taudis

qilc mademoiselle Alpbonsinc , les joues plus flamboyantes que jamais, se mordait les lèvres jusqu'au sang. Ce n'était pas la pi-emiôre fois qu'un orage semblait près (i'éelater entre la patronne et la cliente. Celle-ci avait souvent besoin «l'une patience que son tempérament rendait très- méritoire , pour suj)porter sans v répondre les moqueries par lesquelles la vieille dame lui faisait payer ses bons oftices. En ces occasions, malgré son secret courroux, elle gardait un prudent silence ; car^ se brouiller avec sa protectrice, autant eût valu renoncer au mariage ; mais pour nous servir d'une locution énergique dans sa vulgarité, il est permis <!e croire c|ue le diable n'y perdait rien. Quanta madame d'Épenoy, tout en remuant le ciel et la terre pour trouver un mari à cette païai'e. Alphonsine^ elle ne pouvait s'empèchcr de lui eu vouloir au fond. Elle éprouvait à son égard un sentiment analogue à la marivaisc humeur qu'inspire à \\n négociant la vue de marchandises sans débit et vieillies dans sa boutiqiie. — Peno'antle temps qu'elle m'a fait poidre, j'en aurais marié douze autres! se disait-cMc parfois avec dépit.

En ces moments-là , mademoiselle du Boissicr était mal venue à protester de son antipathie pour les hommes et de son indifférence en matière de mariage. Un sarcasme plus ou moins acéré ne tardait pas à lui fermer la bouche : mais la bonté du caractère reprenant bientôt le dessus, madame d'Épenoy n'épargnait rien pour guérir la blessure que venait de recevoir l'amour-proprc do sa protégée ; et c'est en redoublant d'efforts pour lui trouver enfin un mari , qu'elle cherchait à la lui faire oublier.

Après un court silence, madame d'Épenoy reprit la parole avec un accent d'enjouement.

— Allons , mon enfant , ne boudez plus. La moue enlaidit les plus jolies (emmes. Napoléon et Louis XVIII avaient leurs coups de boutoir; j'ai aussi les miens qu'il faut me pardonner en faveur de mes bonnes intentions. Je vous promets de redoubler de zèle et de ne pas prendre de repos que vous ne soyez convenablement établie. Soyez sùrc que nous en viendrons à bout et que vous n'aurez pas perdu pour attendre un peu ; seulement j'ai un avis à vous donner ou plutôt une opinion à vous soumettre.

— Je vous écoute, madame, répondit mademoiselle du Boissicr un peu calmée par ces dernières paroles.

— Jusqu'à présent vous n'avez pas voulu entendre parler d'un mari qui eût plus de quarante-cinq ans , et encore que de sermons pour arriver là ! Il v a deux ans il vous fallait un époux de votre âge; plus tard , vous avez permis qu'il eût quarante ans; aujourd'hui vous êtes plus raisonnable , mais il faudrait l'ctrc tout-à-fait. Si vous m'en croyez , nous reculerons encore un peu la limite.

• — A moins d'épouser un vieillard !

— A cinquante ans , un homme n'est pas encore un vieillard!

— Cinquante ans! s'écria mademoiselle Alplionsine avec un accent où éclatait l'anlipalhie qu'éprouvent presque toutes les filles d'un certain âge pour les hommes sur le retour ; antipathie que ceux-ci, chose pénible à dire , leur rendent religieusement.

Madame d'Lpenoy laissa échapper un signe d'impatience.

— Allez-vous retomber dans vos chimères? dit-elle d'un ton un peu vif: faut-il vous répéter

mille fois la nicme chose? Je vous l'ai dit : la présomption de ces messieurs csL si grande, qu'à cgnlilc d'âge ils se croient beaucoup plus jeunes que nous ; et tel homme de cinquante ans que je [TOurrais citer, aurait peut-être l'imperlincnce de vous trouver trop vieille ; c'est odieux, c'est rcvollaot, mais c'est ainsi. Prenczdonc le monde comme il li'st, et n'attendez pas de ses préjugés une exception en votre faveur. Pour vous, je dois le dire, un jeune mari n'est qu'un rêve, et je croyais que M. Gastoul vous avait complètement éveillée.

Au nem de W. Gastoul un éclair de haine étincela dans les yeux verdàtres de la demoiselle h marier, et ses lèvres frémirent comme si elle se fût préparée à mordre.

— Je ne sais ce que vous voulez dire, répondit-e!!e avec une imiiiférence .iîTeclée.

— Ah! ma ciièrc , nei'rnetlez, repartit madame d'Epenoy qui, trouvant son élève peu docile à ses leçons, reprenait peu à peu vis-à-vis d'elle le ton de l'ironie: si vous n'avez pas (îe niémoire, j'en ai moi ; et puisque vos souvenirs sont en défaut, je vais melîrc les mieris à votre service. Il va (juatreans, vous ne vous occupiez

que de ]\I. Gasloul ; vous en parliez sans cesse, el il ne pouvait aller nulle part- sans qu'on vous y vit arriver aussitôt. Pour les moins clairvoyants il était avéré que vous aviez conçu le projet formel de lui plaire et de l'épouser. C'eut été fort bien joué assurément, puisqu'il a de la fortune, du talent, et cinq ou six ans do moins que vous. Par malheur vos bonnes dispositions à son égard n'ont été récompensées que par l'ingratitude la plus noire. Cet homme sans savoir-vivre n'a-t-il pas osé plaisanter publiquement des intentions qu'on vous supposait, et, pour comble d'impertinence, ne s'estil pas permis, il y a trois ans, d'épouser une femme jeune, charmante, bien née, et qui lui a apporté en mariage trois ou quatre cent mille francs? En vérité voilà un procédé indigne, et à votre place j'en garderais une éternelle rancune !

Celle dernière recommandation était superflue, à en juger par l'expression vindicative qui, au seul nom de IM.Tlastoul, s'était peinte sur la physionomie de mademoiselle Alphonsinc ; mais le persillagc de madame d'Épsnoy iirita au vif la blessure incurable dont souffrait depuis

quatre ans l'amour-proprc de la iillc à marier. Ce fut crune voix altérée par une colère contenue avec peine que celle-ci prit la parole pour répondre.

— Il est indubitable que madame Gastoul est plus jeune que moi , plus riche que moi , plus belle que moi; qu'elle possède autant d'avantages que je puis avoir de défauts , et que je gagnerais beaucoup à lui ressembler : pourtant , tout considéré , j'aime autant lui laisser ses moyens de plaire et rester comme je suis.

— Toujours la fable du renard! dit madame d'Epenoy en souriant malignement.

Mademoiselle du Boissier sourit à son tour d'une manière méprisante.

— Si je ne suis pas riche , reprit-elle , si je ne suis pas jolie , si je ne suis pas de la première jeunesse, du moins je n'ai point d'intrigues.

Dans son irritation la demoiselle à marier ne s'apercevait pas que la pierre dont elle voulait lapider madame Gastoul frappait droit à la tète sa protectrice. Celle-ci toutelbis n'eut pas l'air de voir dans celte accusation une personnalité, et elle répondit tranquillement:

— Voulez-vous dire par là que madame Gastoul Irompc son mari?

— Ah! le pauvre homme! s'écria mademoiselle A!phT>«sine avec une insultante pitié.

— Écoutez, ma chère, reprit la vieille dame d'un ton sérieux 5 que vous haïssiez M. Gastoul qui n'a pas eu l'honnêteté de tomber amoureux de vous, je comprends cela, et je l'excuse ; mais sa femme ne vous a rien fait, et cependant vous la détestez plus encore que lui peut-être; vous ne manquez pas une occasion d'en dii'e du mal ; ce qui est à la fois une méchanceté et une maladresse : une méchanceté, en ce que la conduite de madame Gastoul ne motive certainement pas vos attaques ; et une maladresse, car qui dit critique dit presque toujours envie.

• — Moi 5 envieuse de cette femme! ah! madame !

— Cette femme, comme vous avez la politesse delà nommer, est jeune, charmante, spirituelle, dit on, fort recherchée dans le monde , et il v a là de (juoi (aire sécher de dépit certaines personnes. Au fait, qii'avez-voiis h lui reprocher?

— IMoi , rien du tout, dit niadcinoisclle du Boissicr eiî Iralnaiit la voix avec allcctatioji, pas

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la moindre des clioscs; seulement ]c doute que son mari ouïsse en dire anlant.

— Mais e'est un acte d'iîecnsalion en règle ! Voyons, niidemoiseiio du minislère public, ex- |)li(]U(.'z-vous. On m'a dit r}!ic mon fils s'oceupait beaucoup de celle tlamc; csl-ce à cela que vous voiliez faire allusion? En ce c:is, pas de conjectures, pas de slippositions, pas d'ouïdire; des faits et des jm'cuvcs. IMaintcnant vous clés trop avancée pour reculer; parlez donc, je vous écoule.

L'accenl vif et un peu brusque de madame d'Epenoy ii^diquait l'éveil de sa curi(>sil<''. Ses veux pctillanis d'impatience semblaient vouloir airaclier de la bouclie de mademoiselle Alphonsine les paroles tpii tardaient à en sortir. Avant de dépecer, à tort ou à raison, la réputation de la femme (qu'elle détestait, la fille à marier sourit bénignement, comme les chats font patte de veloiH's au moment de jouer des gi'ilfes.

— Vous me demandez des faits et des preuves? dit-elle d'un ton doucereux.

— Oui, mais des faits cerlains et des preuves évidentes.

— Vous me promettez de ne répéter à per-

LA CLNQUANTAINE. 81

sonne ce que je vais vous dire? Pour que je vous en parle , il faut que je sois bien sûre de volrc disciétion ; car je serais désolée de nuire en rien à celle dame.

" — C'est bon, dit assez séclienient madame d'Épenoy ; n'en pariez pas plus à d'autres que je n'en parlerai moi-même, et le secret sera bien gardé.

— Eh bien ! madame , reprit mademoiselle du Boissier en baissant la voix comme pour donner plus de solennité à sa confidence, voici ce qui s'est passé. Hier il y avait une soirée dramatique à l'hôtel Castellane ; j'y étais ainsi que madame Gastoul, et le hasard nous avait placées l'une à côté de l'autre. La chaleur était excessive et plusieurs personnes s'en plaignaient, ma voisine surtout. Bientôt je m'aperçois qu'elle pâlit et va se trouver mal. Je la soutiens; une ou deux femmes se joignent à moi, nous l'aidons à sortir , et nous la conduisons dans un salon à côté. Là elle perd lout-à-fait connaissance; tandis qu'on lui lait respirer des sels et qu'on parle même de la déshabiller, je lui Ole ses gants pour lui frapper dans les mains. Figurez- vous alors...

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