‹ L'écuelle et la besace; scenes historiques du 16eme siecleChapitre 107 sur 184 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Et ne meltra , souillant Thonneur de ma maison ,

La liache et le billot au cœur de mon blason !

— Mais, quel rêve s'éveille en ma pensée avide ?

Quoi ! la postérité ? Folle image ! Mot vide !

L'histoire? Parchemins de mensonges noircis !

L'avenir ? Spectre vain sur le néant assis !

Qu'ai-je à craindre, d'ailleurs, des jugemens du monde?

Des volontés du roi , faut-il que je réponde ?

Que suis-je, moi, sinon le bras qu'il fait agir ?

Et si le sang qu'il faut répandre, doit rougir

Un jour l'un de nos fronts , est-ce le mien , Dieu juste?

0 Seigneur ! 0 Seigneur ! dans ta balance auguste ,

Le sang pèse-t-il plus que la loi du devoir ?

Redoutable secret que je crains d'entrevoir !

En effet, qui me dit que le ciel sanctionne

Les lois que l'homme fait, les liens qu'il se donne ?

Qui me dit qu'un roi peut revendiquer pour lui

Les résidtats d'un fait par un autre accompli ,

Et qu'il ne faudra pas, déchirant ces vains pactes.

Que chacun pour soi seul réponde de ses actes ?

Hélas! où m'a conduit Fa veugle ambition !

Je tremble maintenant devant ma mission.

Qu'ai-je fait , moi vieillard que le linceul réclame ,

Corps ployé sous les ans et que mine son ame ,

D'être venu, vengeur d'une inflexible loi.

Décimer tout un peuple au souffle de ce roi ,

Mener à son autel la sanglante hécatombe,

Etre le fossoyeur de cette immense tombe,

Et cacher , lame usant sans trêve le fourreau , L^effroi de mon esprit sous un front de bourreau ! Ou^ai-je choisi^ mon Dieu! pour couronner ma vie? 0 mes jours écoulés! 0 jeunesse ravie ! Quel rapprochement triste éveillez-vous parfois , Quand du bord du cercueil , vieillard, je vous revois ? En ces temps aussi beaux que les siècles antiques, Quand Cbarles-Quint dressait ses aigles germaniques Fières, et l'aile ouverte, au front des bataillons; Qu'il labourait le monde en glorieux sillons Où germaient sans repos ses batailles semées ^ J'allais, cbefobéi de ses vieilles armées, Au gigantesque empire ajouter des états ; Mes triomphes sanglans égalaient ses combats. Et quand les nations se courbaient abattues, A ma suite traînant leurs phalanges vaincues , Tandis qu'applaudissait l'empereur radieux Je posais sur leur front mon pied victorieux ! France, Navarre, Afrique, Allemagne, Italie, Tous noms auxquels le mien par des combats se lie ! Et partout, en passant, j^imprimais dans le sol Les stigmates profonds de mon glaive espagnol ! Aujourd'hui tout est mort, et la gloire et l'empire. Ce grand bruit de combats dans le lointain expire; Le sol des camps s'entr'ouvre au soc du laboureur; Et les vers du tombeau rongent mon em2)ereur ! Aujourd'liui tout éclat et toute renommée S'éclipsent dans la nuit. L'Espagne inanimée

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