‹ L'écuelle et la besace; scenes historiques du 16eme siecleChapitre 108 sur 184 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Ne sent plus dans son cœur bouillonner à grands flots

Le sang noble et fécond qui formait ses héros.

Pendant que Madrid dort, Rome le dépossède.

Aux triomphes guerriers Fauto-da-fé succède;

Et tandis que FEspagne en silence s'éteint,

Un grand-inquisiteur remplace Cliarles-Quint !

Et moi.... moi qui survis à cette altière époque ,

Je vais donc , reniant ce passé que j'évoque ,

Oubliant l'empereur dont je His compagnon ,

Aussi couvrir de deuil la splendeur de mon nom !

Qu'ai-je fait? Qu^ai-je fait? Oh ! pourquoi la vieillesse

En pénétrant mon corps d'une infime faiblesse,

N'a-t-elle pas éteint dans mon cœur altéré

L'ardente ambition dont il est dévoré?

Pourquoi l'amour de l'or , passion insensée,

Sans cesse rouge-t-il mon ame et ma pensée ;

Et pourquoi , chaque jour , dans mon sein convulsif ,

\erse-t-il plus avant son venin corrosif ?

Un silence.

Hélas ! il est trop tard pour secouer ma chaîne ! On ne redresse plus le tronc vieilli du chêne ; Et l'on essaie en vain de détourner le sort , Quand on n'a plus qu'un pas à faire vers la mort!

l'n silence.

Et puis le noir soupçon qui me poursuit sans trêve, Qui jusqu'en mon sommeil comme un spectre se lève ,

146 LE COKSEIL.

Que de fois ne m'a-t-il par un rêve effrayant,

Fait me dresser , la nuit , glacé, sur mon séant !

Ma fortune, si haut qu'elle soit parvenue,

A la frêle faveur vacille suspendue,

Et la trahison, monstre à la cour retiré.

Peut cauteleusement ronger ce fil doré.

Ici Ton me redoute : on me hait en Espagne.

Ah ! Roderic Mendez et sa digne compagne

Que, pour le gouverner, il a livrée au roi.

Voilà des ennemis plus à craindre pour moi,

Que ce peuple tremblant et ces seigneurs serviles

Qui tendent, à genoux, leurs mains lâches et viles'.

Ce damné courtisan, il peut tout aujourd'hui !

Le roi ne l'a-t-il pas fait prince d'Eboli ?

Beau-titre qu'ont payé son honneur et sa femme'-

Brillant manteau jeté sur cette intrigue infâme !

— Il est puissant pourtant, — et Dieu sait ce qu'il fait ,

Ce qu'il dit contre moi ? — Il me craint. — 11 me hait.

Toul ce qu'il me fait perdre en faveur, il le gagne

Lui, pendant qu'il est seul ! — Ah ! l'Espagne '• l'Espagne !

Un silence.

N'importe, il faut marcher^ — marcher, etm'étourdir ! Ah contre ses terreurs, l'ame doit se roidir !

Un silence.

Tandis que ce Mendez pille l'argent par tonnes, .le n'ai que douze cents et soixante couronnes

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