GUAREZ. — LES DEUX ARMEES
GUAREZ , monté sur le tertre.
Dlci l'on voit fort bien. — Tout va se passer là.
L'air déroule les plis des superbes bannières.
Bien ! marchez en avant , les phalanges guerrièies î
Bien ! sonores tambours! Bien! trompettes d'airain !
Bien ! les chevaux bardés de la croupe au chanfrein !
Bien ! de vos fortes voix dominez la tourmente ,
Sombres et lourds canons à la gueule fumante ! *
Bien ! épais bataillons de pesans fantassins !
Bien ! cavaliers ailés aux tournoyans essaims !
Roulez sur l'ennemi vos brûlantes rafales !
Allez !... Au preux vainqueur les palmes triompliales!
Allez! La gloire est là, météore éclatant'-
Allez ! La charge sonne 1 Allez! La mort attend !
Oui, la mort qui sourit au fracas des batailles;
Qui, lorsque le canon sonne ses fiançailles,
S'en vient, hideuse amante au froid attouchement,
Cerner un peuple entier d'un large embrassement;
Entendre pour concerts râler les agonies ;
Pour sa couche choisir ces vastes gémonies;
Et, quand la nuit l'enferme en ses voiles jaloux, Dans un sillon sanglant étendre son époux !
— Allons! hommes de guerre! Allons! vieux capitaines! Répondez à l'appel des trompettes lointaines! Ruez-vous, l'arme au vent, sur les rangs éclaircis!
— Le sang lave les fers par la poudre noircis; Tout se mêle et s'étreint dans l'ardente rencontre; Le soldat disparaît : c'est l'homme qui se montre. L'homme ! le voilà donc au sublime moment Que ce monde banal vante éternellement !
Qu'il est fier ! qu'il est grand ! — Ah! oui, qu'il est atroce...
Obéis, obéis à ton instinct féroce,
Homme au cœur de panthère, alléché par le sang !
Déchire par lambeaux ta proie en rugissant!
Egorge : sois vainqueur, car tu serais victime :
Egorge : aux yeux humains, va , ce n'est point un crime;
Egorge: détruis tout par le fer, par le feu,
Et puis, applaudis-toi , noble image de Dieu !
Tandis que le combat conlinue dans le lointain , et que Gauroz le rogai-de , trois cavaliers ont débouché sur la scène , du côté de ravant-poste espagnol. Leurs chevaux couverts de sueur témoignent d'une course longue et rapide. Celui des cavaliers qui semble commander aux autres est Juan Albornos.