‹ L'écuelle et la besace; scenes historiques du 16eme siecleChapitre 145 sur 184 · GUAREZ. — LES DEUX ARMEES · texte numérisé non relu

GUAREZ. — LES DEUX ARMEES

GUAREZ , monté sur le tertre.

Dlci l'on voit fort bien. — Tout va se passer là.

L'air déroule les plis des superbes bannières.

Bien ! marchez en avant , les phalanges guerrièies î

Bien ! sonores tambours! Bien! trompettes d'airain !

Bien ! les chevaux bardés de la croupe au chanfrein !

Bien ! de vos fortes voix dominez la tourmente ,

Sombres et lourds canons à la gueule fumante ! *

Bien ! épais bataillons de pesans fantassins !

Bien ! cavaliers ailés aux tournoyans essaims !

Roulez sur l'ennemi vos brûlantes rafales !

Allez !... Au preux vainqueur les palmes triompliales!

Allez! La gloire est là, météore éclatant'-

Allez ! La charge sonne 1 Allez! La mort attend !

Oui, la mort qui sourit au fracas des batailles;

Qui, lorsque le canon sonne ses fiançailles,

S'en vient, hideuse amante au froid attouchement,

Cerner un peuple entier d'un large embrassement;

Entendre pour concerts râler les agonies ;

Pour sa couche choisir ces vastes gémonies;

Et, quand la nuit l'enferme en ses voiles jaloux, Dans un sillon sanglant étendre son époux !

— Allons! hommes de guerre! Allons! vieux capitaines! Répondez à l'appel des trompettes lointaines! Ruez-vous, l'arme au vent, sur les rangs éclaircis!

— Le sang lave les fers par la poudre noircis; Tout se mêle et s'étreint dans l'ardente rencontre; Le soldat disparaît : c'est l'homme qui se montre. L'homme ! le voilà donc au sublime moment Que ce monde banal vante éternellement !

Qu'il est fier ! qu'il est grand ! — Ah! oui, qu'il est atroce...

Obéis, obéis à ton instinct féroce,

Homme au cœur de panthère, alléché par le sang !

Déchire par lambeaux ta proie en rugissant!

Egorge : sois vainqueur, car tu serais victime :

Egorge : aux yeux humains, va , ce n'est point un crime;

Egorge: détruis tout par le fer, par le feu,

Et puis, applaudis-toi , noble image de Dieu !

Tandis que le combat conlinue dans le lointain , et que Gauroz le rogai-de , trois cavaliers ont débouché sur la scène , du côté de ravant-poste espagnol. Leurs chevaux couverts de sueur témoignent d'une course longue et rapide. Celui des cavaliers qui semble commander aux autres est Juan Albornos.

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