SCENE V
Aient laissé le baiser immonde et délétère
Du mal , profondément s'empreindre sur la terre ;
En des temps où la foi, la loyauté, Fhonneur,
Ne sont plus qu'un vain bruit sans échos dans le cœur ;
Où de nos grands aïeux les exemples stoïques ,
Où les dévoùmens purs, où les vertus publiques.
Blancs vêtemens de l'ame, aimés aux anciens jours ,
Traînent , haillons salis , au coin des carrefours ;
Messeigneurs , en des temps qui se comptent par crimes;
Où s'entassent sans fin victimes sur victimes^ —
Ce serait un spectacle auguste et solennel ,
Digne de réjouir les yeux de PEternel,
Beau, magnifique, grand, sublime et vénérable.
Pouvant régénérer ce peuple misérable ,
Que de voir aujourd'hui trois cents hommes de cœur,
Nobles par leur blason , et nobles par l'honneur,
Couverts des plus beaux noms dont le pays se vante ,
Dépouillant leur esprit de la morne épouvante ,
Et qui se lèveraient pour arracher du sol
L'esclavage honteux qu'y plante l'Espagnol !
Ici , nous avons tous, préparant la tempête ,
Signé le compromis , présenté la requête: —
Messieurs, nous verra-t-on, quand mugiront les flots ,
Abandonner les mâts , timides matelots?
Nous avons mis la poudj-e au flanc de l'arquebuse :
Qu'est-ce , — si le soldat au combat se i-efuse ?
Nous venons d'enfermer le grain dans le sillon ;
Mais sans le moissonneur, qu'est-ce que la moisson ?
Pour que notre œuvre soit grande, durable et forte ,
Pour qu'elle aille à son but; pour qu'enfin elle porte
Ses fruits dans l'avenir, — il faut, niessieui's , il faut
Que bravant toute peur d'exil ou d'échaufaud ,
Cbacuii de nous, lié par un serment suprême ,
Jure par son salut, devant le Seigneur même
De délivrer du joug tous ces peuples foulés
De reprendre nos droits honteusement volés
Et — rang , honneurs , richesse , espérances ou crain te,
De tout sacrifier à cette cause sainte !
Sur votre part du ciel, frères, le jurez-vous ?
TOUS , excepté le comte de Berghes.
Sur notre part du ciel^ oui , nous le jurons tous !
MARNIX
Maintenant messeigneurs, notre route est tracée. Marchons où nous conduit le cœur ou la pensée; \\l si (juclqu'ini de nous devient traître et félon , Qu'on scelle l'iniamie et l'opprobre à son nom !
TOUS , honnis de Berghes.
Qu'il en soit fait ainsi !
GUAREZ, bas au comte de Berghes.
Quoi ! vous palissez , comte!
Allons! mettez le pied sur cette vaine honte. Laissez tous ces bavards déclamer et jurer. Ils allument un feu (|ui doit les dévorer. ]\'y ]>as mettre les doigis csts.igesse très-haute. Soyez sage. — i*ourtaut , ne nous faisons pas faute