SCÈNE II
TROISIÈME MARCHAND
Chaque jour qui s'écoule emporte de mou bien.
PREMIER MARCHAND
Mon escarcelle est veuve.
TROISIÈME MARCHAND
Et la mienne est stérile.
DEUXIÈME MARCHAND
Et la mienne, messieurs, n'a plus ni croix ni pile. En revanche , le diable à Taise y peut danser.
PREMIER MARCHAND
Hier à la bourse anglaise, on vit l'argent hausser Jusqu'à dix-huit pour cent !
DEUXIÈME MARCHAND
L'angelot de Bourgogne Vaut quarante patars, et plus !
PREMIER MARCH.\ND
Quelle vergogne !
J'ai dans mes magasins des armes de Milan , Des cotons portugais , du velours catalan , Des camelots d'Ancône et des draps fins de France , Sans compter six ballots de brocarts de Florence ; — Eh bien'- tout reste là !
TROISIÈME MARCHAND
Moi donc, je garde encor Des tapis vénitiens pour'cinq cents réaux d'or, Et voilà bien six mois, oui , que la galéace Qui les avait chargés , a quitté notre place !
DEUXIÈME MARCHAND
Hélas ! notre commerce est bien mort ! — A propos , Je sais qu'on garde au port un chargement de peaux D'Angleterre. Or, avant que le fait ne transpire, Comme l'article est rare , achetons le navire. Ayant tout, nous pourrons le vendre à notre prix.
TROISIÈME MARCHAND
Parbleu, c'est excellent ! — Pour moi, je sais du riz, De vrai riz de Milan , que garde un pauvre diable. ÎVous l'aurons pour rien. C'est une affaire admirable !
PREMIER MARCHAND
]\ous en reparlerons.
TROISIÈME MARCHAND
Quand?
PREMIER MARCHAND
Ce soir, au Cheval.
TROISIÈME MARCHAND
C'est bien. — Adieu , mon cher... Les affaires vont mal
UNE FEMME
Crabbes ! crabbcs ! bourgeois !