LAURE
Les accidents actuels siègent évidemment sur les parties découvertes; mais ils n’ont pas été les seuls de ce genre, et, déjà, en octobre 1930, après un lavage au benzol, est apparue une éruption érythémato-maculeuse de la face dorsale des deux mains. Pareil antécédent nous oriente vers la dermite professionnelle. Or, notre enquête n’aboutit qu’à établir iles faits contraires à cette hypothèse. Même après les imprégnations les plus exagérées par les huiles de graissage, les limailles, les essences minérales employées pour décrasser, la peäu du patient n’a jamais réagi. Or la veille de la première atteinte, notre armurier avait eu à souffrir des derniers soleils d'automne, froids et actiniques comme on sait.
Pareille circonstance, le soleil de printemps, se retrouvé à l’origine de l’éruption qu’il nous soumet et qui date de cinq jours.
Les lésions que nous constatons ont eu en effet leur début, dès le lendemain d’une exposition au soleil, que le patient accuse très explicitement. Vingtiquatre heures après, la dermite était à son comble. Elle est, dès maintenant, en décroissance légère.
A l’examen, seuls apparaissent touchés, mains, face et cou. Mais l'éruption n’a ni la même intensité, ni le même aspect suivant les régions.
La face est intéressée dans toute son étendue par une dermite papulo-vésiculeuse à petits éléments, tangents, sinon confluents, et fortement exoséreux. Cependant, nulle part la bouffissure n’est extrême et l'aspect n’est pas celui d’un érysipèle. L’uniformité lésionnelle est très marquée et il n’existe point, comme dans l’actinité banale, des zones plus vulnérées, telles que le des du nez ou les régions malaires. Cependant, aux oreilles le bord libre du pavillon est ourlé de vésicules, assez nettement séparées et plus ou moins hémorragiques.
Au cou, la nappe éruptive est un peu plus rouge; elle est particulièrement surélevée et infiltrée à la nuque, et, partout, elle se limite à la ligne de projection du col.
Sur le dos des mains et des poignets, siège un érythème polymorphe papuleux, présentant tous les caractères de l’érythème exsudatif multiforme de Von Hebra.
En présence de cet ensemble symptômatique, qu'accompagne un prurit très léger, nous posons le diagnostic d’eczéma de la face et du
cou, et d’érythème polymorphe des mains, toutes deux affections de provocation solaire.
Le - $ ° L’éloignement du malade, que son travail, très astreignant, retient
à Saint-Denis, nous prive de la possibilité de toute expérimentation systématique.
Nous pratiquons néanmoins, les 4, 8, 11 avril, trois séances d’autoouro-thérapie. Les phénomènes éruptifs subissent un recul très marqué dès la première injection d’urines, qui est de 1 centimètre cube Après la deuxième intervention, l’on perçoit à grand peine les Contots lésionnels, et la troisième intrafessière n’est faite que pour consolider 1 é sultats acquis. Le sujet est normal depuis ce temps. ray
DT
Observation 11. — Victor Bel, boucher, àgé de 60 ans, nous est amené, le 11 mai dernier. L’on note dans les antécédents du consultant, en 1893, une fracture, au tiers inférieur, des deux os de l’avant-bras gauche vicieusement consolidés, et quelques petits troubles cutanés sur lesquels nous reviendrons tout à l’heure. ®
La dermatose actuelle, très intense sur-les parties découvertes, touche néanmoins le tégument couvert, où les éléments demeurent discrets et très espacés, sauf au tiers moyen de la face antérieure du bras gauche, au niveau de la cicatrice atrophodermique d’un vésicatoire vieux de 50 ans.
Ces accidents ont eu leur début le 9 mai. Après une journée passée au soleil, avec, pour seule protection du cuir chevelu, une casquette légère, un « jockey >», le malade a éprouvé vers la mi-nuit une sensation de cuisson prurigineuse à la nuque.
Puis l’éruption s’est généralisée, pour revêtir les caractères que nous lui voyons.
Disons d’emblée qu’il s’agit, en gros, d’un eczéma suraigu, érvsipéloïde de la face en sa totalité, nuque et pavillons exceptés.
Là, par contre, comme sur tout le reste du tégument, les éléments sont ceux d’un érythème exsudatif typique : ils se groupent électivement avec une concentration qui ne laisse aucun doute sur leur origine, au dos des mains et des poignets, à la nuque, aux oreilles, et, enfin, au bras gauche, à la zone cicatricielle déjà signalée, point de moindre résistance. j
Si nous reprenons les caractères éruptifs, nous constatons, comme pour le premier patient, des particularités régionales.
La face et la partie antérieure du cou sont le siège d’une exosérose intense, et, l’œdème en est tel, qu’il détermine, sauf effort réactionnel du malade, la presque complète occlusion des paupières.
Il n’y a cependant pas de bourrelet d’érysipèle. Ë
A la nuque, l’hydroa est à te point vésiculeux que les cocardes s'affrontent et s’entrecoupent. Sur les oreilles, l'aspect est, comme pour le précédent sujet, celui d’un hydroa vacciniforme, et les vésicules, très tendues, que l’on y constate, montrent un contenu hémorragique.
/ Sur tout le corps, dos des mains et cicatrice du vésicatoire mise à part, se voient des maculo-papules discrètes et disséminées de façon Jâche. Tout au contraire, dans les régions que nous venons d’excepter, le groupement des lésions est dense et chacun des éléments est franchement exsudatif. Une vésicule nette en marque le centre; quelques contours sont polycycliques.
Pareille éclosion évoque immédiatement des poussées antérieures yraisemblables. Or une enquête minutieuse ne les confirme pas.
En 1882, survint une gale, qui fut traitée à l'hôpital Saint-Louis.
En 1890, le malade aurait eu, pour la première fois, des engelures, siégeant sur les deux hélix, là où se voient présentement les éléments éruptifs les plus vacciniformes. Depuis cette époque, chaque hiver froid aurait marqué un regain de ces lésions.
(Datant de 3 mois enfin, un impétigo discret de l'oreille gauche
la face, avec coexistence 4’
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aurait abouti, après quelques poussées plus actives, aux croûtes mélicériques que nous constatons actuellement sur l’anthélix et la conque.
L'examen général nous montre un sujet pléthorique et petit obèse (63 kgs pour une taille de 1 m. 53). Il accuse d’ailleurs un léger éthy- Msme chronique.
L’exploration clinique décèle un foie sensiblement normal encore que difficilement palpable du fait de l’adiposité de la paroi. Au cœur, lé deuxième bruit est clangoreux à la pointe et dans l’aire mésocardiaque; une légère fuite diastolique est perceptible au niveau du deuxième espace intercostal droit. Ces signes d’aortite sont confirmés par une tension artérielle de 19 et 9 à l’appareil de Vaquez et Laubry. et par un diamètre de 4 centimètres à l’orthodiagramme. Il n’existe toutefois pas de symptômes fonctionnels traduisant la souffrance du cœur yauche et de l’aorte. Il n’y a pas davantage, dans les anamnestiques, trace de spécificité, mais la réaction de Bordet-Wassermann est positive.
L'analyse des urines, faite avant notre consultation, et dès le prelier jour de la maladie (9 mai), révèle une glycosurie intense, de 55 gr. 54 par litre et de 166 gr. 62 pour les 3 litres émis dans la journée.
Le 15 mai, après deux auto-ouro-thérapies, la diurèse des 24 heures est encore 3 litres; mais la glycosurie n’atteint plus que 89 gr. 16 par litre, soit 24 gr. 48 pour le nycthémère. La glycémie est, au même moment de 19 gr. 875 par litre de sang. ?
Le 19 mai, le volume total des urines est de 2.700 avec 15 gr. 40 de glucose et 23 gr. d’urée par litre. Pas plus que précédemment 1 n'existe d'élimination de pigments biliaires. Aucun changement n’a été, jusqu’à ce jour, apporté au régime du malade.
En l’interrogeant sur le début possible de son diabète, nous n’obtenons aucune précision. Il ignorait son affection, et, mise à part, une polyphagie quelque peu marquée, ni polydipsie, ni polyurie n’avaient éveillé son attention.
Nous nous proposons une étude suivie de ce cas de diabète gras, non qu’il le mérite spécialement au premier abord, mais pour vérifier dans quelle mesure il a pu conditionner les accidents solaires. Nous voulons encore rechercher si l’examen fonctionnel du foie ne peut, à son tour, rendre compte de l’actinodermatose.
L’examen du-sang ne nous apporte, lui, aucune précision
Temps de saignement : 2 minutes.
Temps de coagulation : 8 minutes.
Rétraction du caillot : totale en 8 heures.
Nombre de globules rouges : 4.200.000.
Formule leucocytaire
Polynucléaires neutrophiles .................. 68 Z Polynucléaires éosinophiles .................. 3 % Lymphocytes ....... RC ENTER IR A NE OPEN A 6 % Moyens et grands monos............ Fe AE A 23 %
Nous nous trouvons donc en présence d’un eczéma solaire aigu de
un érythème polymorphe photobiotropique,