‹ L'Édème aigu du poumonChapitre 13 sur 16 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

En présence d'un cas d'œdème aigu du poumon, on doit toujours regarder le malade comme gravement atteint et por ter un diagnostic parlois sévère pour le présent, mais toujours réservé pour l'avenir. L'accès d’œdème pulmonaire aigu peut être mortel, il peut toujours récidiver, il est trop souvent le symptôme d’une affection organique à peu près incurable et qui doit amener la mort à.plus ou moins brève échéance.

La gravité immédiate du coup d'œdème aigu se tire naturellement de l'examen du malade lui-même et de l’analyse des symptômes qu'il présente, mais il en est deux sur lesquels on peut, croyons-nous, particulièrement appuyer le pronostic : l'état de température et l'expectoration. L'importance de ces deux symptômes nous a vivement frappé à l'analyse des cinquante-trois observations sur lesquelles nous appuyons cette thèse.

La température, nous l'avons dit plus haut, ne s'élève ordinairement pas au cours de l’æœdème aigu, souvent même il y a de l’hypothermie. Or, les rares cas où l’on a noté de la fièvre se sont presque tous terminés par la mort, et cela malgré l’intervention la plus énergique.

Le premier cas à été observé par Bouveret.

I s’agit d’un lerrassier âgé de 62 ans, pris subitement d’un

SE FES acces violent d'œdème aigu des plus typiques, avec expecloration très abondante d’un liquide fluide, mousseux, d'une coloration rosée. Le pouls égal et régulier battait 100 à 104 fois à la minute. Au moment de l'admission du malade, la température s'élève à 39°1. Le lendemain matin, elle est de 39°9 : le soir, malgré une saignée de 400 grammes, la température monte à 40°5. Le malade mourut deux jours après son entrée à l'hôpital. Qr, à l'autopsie, on trouva de l’æœdème des deux poumons, mais on ne put découvrir aucune autre lésion, aucun îlot de broncho-pneumonie. |

L'expectoration a, au point de vue du pronostic, une plus haute importance que la température et mieux prouvée par une série de nombreuses observations.

Lorsque l'expectoration apparaît dès le début de l'accès et que son abondance est en rapport avec les râles et le bouillonnement perçus à l'auscultation de la poitrine, on peut espérer sauver le malade. Mais lorsque l'expectoration diminue et vient à se supprimer sans que l’on constate en même temps une diminution de signes stéthoscopiques, la situation devient grave. C'est qu'il s’est produit une bronchoplégie et, souvent, une parésie du diaphragme ; la sérosité exsudée n'étant plus rejetée au dehors envahit en entier l'arbre respiratoire, et le malade succombe à lasphyxie rapidement progressive.

Il en a été ainsi chez un homme de 52 ans, pris d'æœdème aigu, sans expectoration ; il mourut pendant la nuit, et, à l’autopsie, on trouva un litre environ de sérosité qui ruisselait de l'incision pratiquée dans le parenchyme pulmonaire (observation de Huchard).

Autre exemple : Un homme de 45 ans a un premier accès d'æœdème aigu avec expectoration mousseuse, rosée et très abondante : le lendemain, un nouvel accès, mais sans expec toration, est suivi de mort. À l’autopsie, on trouva plus d'un litre et demi de sérosité d’un blanc rosé.

OU

Parisot et Spillmann ont rapporté le cas d'une femme de 69 ans qui eut sept crises, se terminant toutes par le rejet d'un liquide aéré, mousseux, très abondant ; mais la dernière crise n'est pas accompagnée d’expectoration et la mort survient.

I] ne faudrait cependant pas croire, d'après cela, que tous les malades qui expectorent abondamment survivront à leur accès. Il est malheureusement des cas où la violence du coup d'œdème est telle que les malades succombent malgré une expecloration abondante qui dégage les poumons inondés, et malgré une saignée copieuse qui dérive le mouvement fluxionnaire. | #

Par contre, une intervention énergique et précoce sauve souvent des sujets chez qui l'absence d’expectoration rendait la situation particulièrement menaçante. Tel fut le cas de cette femme de 50 ans qu'observa Huchard et qui présenta, pendant une crise, le tableau suivant : « anxiété extrême, mou-

vement respiratoire précipité, sorte de râle trachéal ou de

bouillonnement bronchique, pas d’expectoration ; pouls petit, rapide et misérable, extrémités froides, face pâle et blême. »

Quant à spécifier avec certitude quelles sont les circonstances éliologiques qui commandent au degré de plus ou moins grande gravité de l'accès, il est assez difficile de se prononcer ; Teissier admet et nous admettons avec-lui que c’est le degré de l'insuffisance rénale qui règle la gravité de l’accès. |

La sévérité du pronostic actuel de l’ædème aigu du poumon est fort atténuée par la précocité du diagnostic et d'une énergique intervention. Dans la plupart des cas, fort heureusement, une émission sanguine Copieuse pratiquée à temps,

sauve le malade. On assiste alors à une « véritable résurrec-

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