‹ L'Édème aigu du poumonChapitre 5 sur 16 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

On a voulu faire remonter jusqu'au père de la médecine la première description de l’æœdème aigu du poumon. Il semble bien, cependant, qu'Hippocrate n’en a eu qu’une idée bien imparfaite et Seunert croit même qu’il a plutôt voulu parler de lhydrothorax.

Maloët, en 1732, Barrère et Albertini en 1753, Van Swieten et Percival Pott ont, en réalité, les premiers traité de la question. ;

En 1819, Laënnec, réunissant leurs travaux, donne une description détaillée de l'œdème pulmonaire ; il'en décrit les prin- Cipaux signes cliniques, signale déjà sa fréquence dans les maladies du cœur et la rareté de sa forme idiopathique ou primitive. Mais l’œdème qu'il décrit est un œdème à début sourd et à marche lente ; il ne dit que quelques mots d’un œdème du poumon qui emporterait quelquefois, dans une orthopnée suffocante, les enfants après une rougeole, et ajoute qu'il n’a jamais eu l’occasion de vérifier cette conjecture.

En 1834, dans le tome III de sa Clinique médicale, Andral avait rapporté quatre observations d’œdème aigu du poumon au cours de quatre maladies différentes : bronchite chronique, pneumonie, épanchement pleural, anévrysme du cœur. Il s’agit là, dit-il, d’une sorte de mouvement fluxionnaire dont on

se AAC ne connaît ni le mécanisme, ni la course prochaine, mais qu'on ne peut confondre avec l'inflammation.

Cinq ans plus tard, en 1837, dans ses Annotations à la 4 édition de l’auscultation médiate de Laënnec, Andral recon-

naît qu'à côté de l'œdème chronique du poumon, ‘il faut admeltre un œdème aigu ou act, à allures rapides et comparable à l’æœdème de la glotte. Il distingue trois formes d'œdème pulmonaire : une forme chronique, une forme aiguë et une forme suraiguë à début brusque, avec orthopnée extrême el terminaison presque foudroyante.

Fournet, en 1839, prononce simplement le mot d'œdème aigu en signalant les difficultés de son diagnostic avec la congestion pulmonaire.

Dans ses recherches sur quelques maladies de l'enfance, Legendre, en 1846, signale l'œdème aigu du poumon au cours de la scarlatine, mais il intitule son chapitre : « De l'œdème aigu du tissu cellulaire du poumon », commettant ainsi une erreur qu'avait évitée Laënnec, puisque ce grand observateur reconnaissail, dès 1819, que la plus grande partie de la sérosité est évidemment contenue dans les vésicules pulmonaires.

C’est en 1853 que Pinault, de Châteauroux, dans sa thèse inaugurale : « Considérations cliniques sur la thoracentèse », rapporta la première observation d'un œdème aigu du poumon consécutif à cette intervention. Il l’expliqua d’une facon très simple par la congestion subite qui suit l’évacuaton du liquide. Depuis, des théories diverses furent proposées peur expliquer des faits analogues observés par Legroux, Woillez, Behier, etc., et, vingt ans après l’observation de Pinault, une discussion mémorable éclata au sein de la Société médicale des hôpitaux, mettant aux prises Ferréol, Dujardin- Beaumetz, Moutard-Martin, Woillez, Besnier, Ferraud, Hérard, Desnos. En fin de compte on reconnut que Pinault avait

NT RU donné l'explication exacte du fait qu'il fut le premier à observer.

En 1855, Devay, dans une thèse « un peu trop ignorée », constate J. Teissier, complète la description du syndrome ; à partir de ce moment, l'œdème aigu est définitivement reconnu ea pathologie, Behier et Hardy lui consacrent un chapitre dans leur traité. Cependant, en 1865, Grisoile s'exprimait ainsi « L’œdème pulmonaire dont le début serait brusque et qui ac- » querrait rapidement une assez grande intensité, pourrait, » dit-on, amener la mort au milieu d'un état de suffocation » comparable à celui que l'œdème de la glotte détermine. Je » suis bien loin de nier la possibilité de certains accidents » lorsque l'œdème se développe rapidement et qu'il envahit » la plus grande partie des poumons; mais Je n’ai encore ob- » servé aucun fait de ce genre, el je n'ai pu en trouver au-

.» cune relation authentique dans les auteurs ;'aussi l'existence

» d'un œdème idiopathique et aigu dans sa marche ne me pa- » raît pas encore démontrée ». Et, très sagement, Grisolle ajoute : « Si la forme aiguë de l'ædème existait, son pronostic serait lrès grave ».

En 1873, un ancien élève de l'Ecole de médecine de Tours, Souin de la Savinière, consacre sa thèse à l'étude de l'œdème aigu du poumon : il en rapporte des cas consécutifs à la scarlatine, à de vives émotions, à la pneumonie, à la bronchite, à la thoracentèse et enfin, chez les noyés. É

Bernheim, de Nancy, dans ses leçons de clinique médicale. parues en 1877, rapporte des cas d'œdème aigu du poumon

au cours du rhumatisme articulaire. et 1l insiste sur les formes

foudroyantes qui emportent le malade en quelques minutes. C'est en 1878, que l’on tente, pour la première fois, d’éta-

blir la pathologie de l'ædème aigu. Nous signalons seulement

ici, les recherches de Welch, celles de Sabli, en 1885, l'ou-

RNA vrage de Frœntzel, en 1889, nous réservant de revenir sur ces travaux au chapitre de la pathogénie.

En 1879, Jougla, de Toulouse, publie l'observation très curieuse d'un cas d’expectoration albumineuse survenue après la ponction de l'abdomen pour ascite. Il applique à ce cas la pathogénie invoquée par Pinault dans les œdèmes consécutifs à la thoracentèse, le poumon pouvant être comprimé aussi bien par une ascite que par un liquide pleural.

Dans la Revue médicale de la Suisse romande, La Harpe, en 1880, parle d’une malade morte en quelques heures, chez laquelle il semblait, dit-il, qu'une écume bouillante épaisse remplissait les voies respiratoires, Après sa mort, on vit sorür par les narines et la bouche une écume d’un blanc pur semblable à des œufs battus en mousse. Il cite encore un malade qui eut 10 à 15 crises analogues sans y succomber et, pendant chacune de ses crises, il prenait, dit-il, l'aspect d’un moribond suffoqué par un liquide écumeux qui remplissait brusquement ses voies respiratoires.

Lund, de Christiana, en 1882, rapporte quatre faits publiés sous le Uitre de « Mort subite à la suite de congestion et d’ædème pulmonaire à marche rapide », relatifs à des malades que l’on trouvait morts, le matin, dans leur lit, et chez lesquels on conslatait, à l’autopsie, l’existence d'un œdème très Jntense des deux poumons.

Le Breton, en 1884, décrit parmi les accidents pulmonaires chez les rhumatisants, une forme œdémateuse qui correspond à l'œdème aigu du poumon. Jaccoud, dans ses cliniques de la Pitié (1883-1884), signale un cas d’œdème pulmonaire foudrcyant au cours de la fièvre typhoïde. ;

Nous, arrivons enfin, à la grande période de l’histoire de l’ædème aigu du poumon, période qui commence en 1890, à l'important mémoire de Bouveret, de Lyon, et n’est pas en-

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core close. Bouveret appelait l'attention sur l'æœdème pulmonaire brightique suraigu, et il inclinait à penser que cette énorme fluxion œdémateuse des deux poumons, qui débute et

cesse brusquement, procède d’un trouble de l’innervation va-

so-motrice dans le domaine de l’arbre pulmonaire.

‘Un mois plus lard, Huchard, dans une communication à la Société de médecine des hôpitaux, rapportait huit observaüons d'œdème aigu du poumon dans les affections de l'aorte.

Dieulaloy, en 1892, cite deux cas d'œdème aigu et il consacre plusieurs de ses cliniques de 1897 à l’importante quesion de l’æœdème aigu pulmonaire chez les brightiques.

En 1897, Huchard, dans une communication célèbre à l’Académie de médecine, expose complètement la question. Il moutre la filiation pathogénique des accidents : « Troubles de l'innervation cardio-pulmonaire par péri-aortite ; augmentation considérable de la tension vasculaire dans la petite cireulation ; insuffisance aiguë ou rapide du ventricule droit » ; puis il pose les indications thérapeutiques fondées sur les trois éléments dont il a constaté le concours : « Elément mécanique, élément nerveux, élément toxique ».

Le 11 mai de la même année, à l’Académie de médecine, Renaut vient — comme il le dit lui-même -— apporter à la magistrale description clinique de Huchard, sa confirmation anatomo-pathologique. Nous aurons l’occasion d'analyser, plus loin, cette importante communication.

Cette même année, Tounel réunit un grand nombre de faits d'œdème aigu brightique qu'il publie dans l'Echo médical du Nord, et en tire des conclusions pathogéniques des plus intéressantes ; nous les examinerons dans un prochain chapitre.

Vinay, dans le Lyon médical, étudie l’œdème aigu du poumon dans les cardiopathies de la grossesse ; ses deux observations ont trait à des affections de la mitrale. L'auteur, dans

RUN A la pathogénie de l'œdème suraigu pulmonaire, cause de la mort, fait jouer un rôle plus important aux altérations du rem qu'aux troubles mécaniques de la circulation intra-cardiaque.

La même année (1857), Morel-Lavallée, dans le Journal des Praliciens, signale l'œdème pulmonaire et ses crises vasomotrices dans le tabès.

En 1898, Fouineau soulient, devant la Faculté de Paris, une thèse extrêmement documentée sur « l'œdème pulmonaire ».

Au mois de décembre de la même année, Poulain publie un cas d'œdème aigu du poumon ayant évolué par poussées successives sans qu'il soit possible de le rattacher à l’une des causes habituelles de cette affection. Le malade ayant des antécédents bronchitiques, Poulain pense qu'à défaut de lésions extra-pulmonaires, c'est dans le poumon lui-même que l'on doit en chercher la cause.

Enfin, au XIII° Congrès international de médecine, Lenu à Paris au mois d'août 1900, la pathogénie de l’œdème aigu du poumon fait l'objet d'importantes communications de la part de von Basch, de Vienne, de Masius, de Liège, de Merklen et de Teissier. Nous analyserons plus lom, tout au long, le remarquable rapport de ce dernier auteur, qui, s'appuyant sur l’étiologie, l'anatomie pathologique et l’expérimentation, a tenté de résoudre le difficile problème de la pathogénie de l'ædème aigu pulmonaire.

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