‹ L'édifice de la morale évangelique [microform](d'après les paroles mêmes de N.-S.J.-C.)Chapitre 5 sur 11 · II · texte numérisé non relu

II

6 e COMMANDEMENT : Devpir de respecter,

la race.

C'est avec les actions de graces les plus vives que notre pays, devant le fleau de /la depopulation, devrait embrasser ce Commandement, car il est le gage.et la source d'une

vie nationals abondante, d'une jeunesse vigoureuse,.et d'une prosperite prolifique qui cherche a se repandre a 1'exterieur.

L'auteur de la vie de la race comme de la vie de 1'individu n'est autre que Dieu ; seul il donne 1'existence, seul aussi il donne a qui vit la vertu de se reproduire, vertu dont il dofa nos premiers parents par ces paroles :

Croissez ,et multipliez-vous. Or, si Dieu est 1'auteur, il a le droit de commander, et rhomme, le devoir d'obeir.

Pour assurer la- perpetuite de la race et sa propagation a travers le monde, Dieu a place dans I'accomplissement de ce devoir une jouissance, un plaisir qui sollicite, pousse, excite a le remplir. Mais helas ! Thomme, par un abus injustifiable de sa liberte, oiiblie le devoir .et s' attache au plaisir, il delaisse la fin et n'estime que le moyen.

Voulant refrener un si grand mal, qui a des consequences si graves pour la vie des

nations, Dieu a porte ce cornrnandement :

^ " Vous ne commettrez pas.d'impuretes .

Le sens de ce Commandement s'etend a tous les actes, qui jettent le desordre et le trouble dans la generation, qui 1'empechent pu qui lui nuisent; peu importe que ces actes soient faits selon ou contre le voeu de la

nature, des la qu'ils sont nuisibles, Dieu les interdit. ,

Quelle admirable sagesse dans ce Commandement ! Tons les esprits serieux 1'ont admiree et comprise ; aussi, loin de le mepriser et de s'en moquer a 1'instar de tetes folies on legeres, ils 1'ont embrasse avec reconnaissance et se sont soumis avec joie a Tordre de Dieu. ' .' ,

Apres la promulgation du Sinai, Moise fat charge par Dieu de mettre en vigueur ce precepte et de le faire accepter du peuple. Le legislateur hebreu se montra severe. D'une part, il chassa sans pitie les prostitues des deux sexes, et tout ce qui provenait de cette source etait repute impur. (Deutero., xkin, 17-18).

De 1'autre, ii decreta que toute jeune fille convaincue d'impurete serait trainee hors de la maison de son pere et lapjdee par les Anciens afin d'enlever ce mal du milieu d'Israel. (Deutero., xxn, ^0). Ges deux mesures furent un grand bienfait : un air plus pur circula a travers la nation, et les Hebreux furent preserves du mal affreux qui decime les peuples et les mene a la ruine.

Toutefois, dans la legislation, Mo'ise, en proscrivant avec rigueur les fautes qui paraissent a Fexterieur, semble ne pas s'inquieter des fautes purement interieures qui sont du seul ressort de la conscience, et qui, cepen-

dant, sont la cause premiere de ce desordre.

II ne vise pas si haut.et ne songe pas a cette perfection : seal le divin Sauveur devait la realiser.

Dans 1'Evangile, Jesus, portant 1'attentibn de ses disciples vers la racine~du mal, oppose sa morale a celle des Anciens et dit : Vods savez qu'il a ete dit aux Anciens : vous n6 commettrez pas d'impuretes. Eh bien ! moi je vous dis que celui qui regarde une femnie avec un dessein pervers, a deja commis rimpurete dans son cceur. (Matt., v, 28):

Que cette morale est sure et profonde! car enlSn, c'est bien le coeur qui veut et decide le mal, qui 1'aime et le fait d'abord; sans son consehtement et son concours, aucune irnpurete ne saurait etre commise. .

Par ces paroles, Jesus condamne toute peusee, tout desir, toute volonte deshonnete, et cela malgre qu'ils demeurent caches et restent enfouis, dans les profondeurs de la conscience. <

Get enseignement. leSanveur le developpe d'une maniere plus ample dans un autre endroit de TEvangile : C'est ce qui sort de la bouohe et du coeur, qui souille 1'homme.

Du 'coeur partent les mauvaises pensees, les homicides, les adulteres, les fornications, les vols, les faux temoignages, Tavarice, les blasphemes. (Matt., xv, 18-20).

Par cette morale, Jesus detruit le mal des sa naissance, avant mme qu'il ait pris de la consistance et se soit nettement formule.

Voila comment, sur ce point comme sur tant d'autres, 1'Evangile perfectionne le Decalogue et comment Jesus complete Moise. Plus loin, dans la question plus precise du mariage, le Sauveur continuera d'elever nos esprits et de nous tenir sur les hauteurs.

HI

7 e COMMANDEMENT : Devoir de respecter , le bien d'autrui.

Defendre le grand principe. social de la propriete, voila tout le dessein de Dieu en etablissant ce Commandement.

L'homme a droit non settlement a ce qui est indispensable a ses besoins. mais encore a tout ce qu'il produit, a tout ce qui est le fruit de son travail, car le fruit de son travail est comme le prolongement de lui-meme au dehors, prolougement de son activite, de son intelligence, de son talent, de son gout artistique. Ainsi le peintre a droifc sur le tableau qu'il dessine, le sculpteur sur la statue qu'il cisele, le poete sur les vers qu'il harmonise, le philosophe sur les pensees qu'il approfondit et 1'ouvrage qu'il medite; etj dans un

ordre de chose plus modeste, le cultivateur a droit sur le sillon qu'il tirace, et 1'artisan sur Tobjet qu'il fabrique. Et le droit de ces differents travailleurs est tellement reel et certain, que leur oeuvre porte une empreinte et un cachet qui la distingue des autres oeuvres similaires, et qui la fait leur.

Ge droit sur le produit de Tactivite humaine, la raison, le reconnait et le prociame, les Codes 1'adoptent au sein de leurs lois et les civilisations s'en font un titre de gloire.

Est-ce suffisant pour en obtenir le respect ? Non : Dieu a fait davantage, il 1'a place sous les yeux deMa conscience et lui a fait un devoir dele respecter, Des hauteurs du Sinai, il a dit :\

Vous ne deroberez pas .

Puis, pour rendre sa pensee plus complete ; et son ordre plus formel et efficace, il a ajoute :

Vous ne convoiterez pas le Hen duprochain .

En d'autres termes, il a dit : non seulement vous ne devez pas etendre la main et prendre le bien d'autrui, mais vous ne devez pas le convoiter dans votre coeur et imaginer.des moyens injustes de 1'accaparer. ; '

Ces deux Commandements, on le voit, visent le meme but, qui est la defense de lapropriete; le premier empeche le fait exterieur du vol, le, second prohibe les desseins retors et caches qui le preparent ou 1'executent. Quoi qu'il;en soit de la fac.on de/faire, des que le droit du prochain est bien etabli, notre devoir, a nous, est de le respecter.

Ici encore, notons en passant qu^ le droit et le devoir sont correlatifs et que tous les deux, dans ce double precepte, reposent sur la nature des choses. ^

Mo'ise, pour appliquer cette loi divine, prit diverses sanctions dont quelques-unes paraissent empreintes d'uue severite excessive.

La premiere, generate pour tous les cas analogues, fut la peine du talion : OEil pour ceil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied. (Eccode, xxi, 24).

Puis le chatiment grandit avec la gravite de la faute : Si quelqu'un vole un bceuf ou une brebis pour les tuer ou les vendre, pour un bceuf pris il en donnera cinq, pour une brebis il en donnera quatre. (Exode, xxn, 1 ).

Si 1'animal vole est retrouve, plein de vie, chez le voleur, celui-ci restituera le . double. (Exode, xxn, 4).

A cette epoquejnoitie barbare, ou Ton osait voler le bien de son semblable pour le vendre (Exode, xxi, 16), il fallait des peines qui

inspirassent la crainte et fissent respecter les droits du proprietaire.

Pour la meme raison de justice, Moise oblige a reparer le do m mage cause; il impose cette obligation lorsqu'une bete de somme est lachee dans le champ ou la vigne du voisin, lorsqu'un incendie a ete allume a dessein, lorsqu'uii objet emprunte ne sera pas rendu.

(Eocode, xxri, 5, 6, 7). '

Le Decalogue introduisit la justice dans les moeurs et les adoucit. Au temps du Sauveur, le respect de la propriete etait un fait acquis. Jesus n'eut rien a changer, rien a corriger ; il abandonna seulemeut les sanctions desuetes de Moise, et ne conserva que le texte divin promulgue sur le Sinai. Neanmoins il appela davantage 1'attention de ses disciples sur la convoitise interieure, car c'est du co3ur que sortent, avec les homicides et les faux temoignages, les vols, les fraudes, 1'avarice.

(Marc, vn, 22): '

Certains se demandent pourquoi Dieu, sur un seul et meme sujet, etablit deux Commaudements.

II est evident que, pour agir de la sorte, il eutdes raisons profondes et sages. Connaissant a fond la nature humaine, il savait quel penchant etf rene entrai ne Thomme vers les biens de la terre, et a combien de pretextes il a re^cours pour se les approprier, meme aux

depens d'autrui. A ce torrent il fallait une digue forte et puissante, et c'est pour atteindre ce but qu'il defendit non seulement le fait exterieur dirvol, mais encore L'acte interieur qui le decide ou le machine. N'est-ce pas une conduite d'une haute sagesse? Les legislateurs humains ont-ils un regard aussi penetrant et aussi stir, et portent-ils des lois aussi efficaces ?

8 e COMMANDEMENT : Devoirs de respecter la reputation.

De 1'ensemble de nos actions et de notre conduite, il se degage une sorte d'efflorescence. doux parfum qui se repand autour (Je nous, que chacun respire avec bonheur et qui nous enveloppe d'une atmosphere d'estime et de gloire, c'est la bonne reputation.

Elle est notre oeuvre, le fruit de nos actes, le produit de nos fagons d'agir; nous y avons done un droit strict, et le prochain a le devoir egalement strict de la respecter.

Elle est, en outre, un bien tres. precieux, plus precieux que Tor et 1'argent, car elle aureole notre personne mieu qua la richesse, qui, elle, ne peut servir qu'aux besoins materiels de notre corps. Etle permet au pauvre de lever la tete, de porter le front haut, et de

jouir de la confiance de ceux qui Tentourent, tandis que le riche, qui ne la possede pas, est un objet de mepris de ses concitoyens. La ravir a coup de calomnies et de faux temoignages, c'est done commettre une faute plus grave que de prendre notre tresor.

Dieu, qui protege la propriele v devait a sa justice de prendre sous sa tutelle la reputation du prochain. II le fit" par le huitieme Gommandement :

Votes ne commettrezpasde faux temoignages- .

Le faux temoignage, plus qu'aucune autre mechante parole, blesse et ruine la reputation. :C'est pourquoi Dieu 1'emploie ici pour f aire mieux entendre le sens de sa, pensee et mieux ressortir 1'energie de son prdre. En realite, dans ce mot^ il proscrit toutes les paroles qui portent atteinte an beau renom d'autrui, conrime la medisance, la calomnie, le jugement temeraire, et tous les propos prejudiciables.

Moise, dans sa legislation, rappelle sou vent ce precepte, et, pour en obtenir une exacte observation, il frappe le yiolateur de la peine terrible du talion : Tu n'auras pas pitie du calomniateur, dit-il, et tu exigeras de lui ame pour ame, -dent pour dent. ' (Deutero., xix, 14-21). Lui-meme, dans les causes litigieuses,

pour eviter les rapports mensongers et rendre une plusdroite justice, s'entourait de lumieres^ et prenait 1'avis d'iin conseil compose des s .persounages les plus honorables de la nation; (Deutero., xvn, 8*'ll). '. -'

Le Sauveur, selon son habitude, delaisse les prescriptions puremerit mosa'iques et ne retientque le precepte divin; et ce precepte, il le\commente, il le developpe,,il en decouvre certains aspects qui aident au progres et a la perfection ; en particulier, il en elargit le sens et lui donne plus d'etendue. tfl ne dit pas seulement : Ne faites pas de faux temoignages et ne calomniez pas , mais il dit :

Nejugezpas (Matt.,vn, 1-5), et, comme le jugement sur les personnes precede la calomnie qui sort de notre bouche, il atteint le mal dans sa racine et le detruit des son apparition. v '

Sans doute, Jesus ne, defend pas toute sorte de jugements, mais 1 seulement les jugements qui se font secundum faciem, comme ceux des Juifs (Joan., vn, 24), les jugements legers, temeraires, sans fondement. Dans ce cas, ajoute-t-il, vous seriez juge ^devant Dieu comme vous auriez juge, vous seriez mesure comme vous auriez mesure les autres.

(Matt., vii, 2).

Voila comment Jesus previent le faux temoignage, la calomnie, la medisance, il les

attaquejusque^lans leur source. N'est-cepas un moyen efficace de proteger la reputation d'autrui?

D'ailleurs, comme pour les autres peches, Jesus a soin de noter que le faux temoignage plonge ses dernieres racines j usque dans le coaur (Matt., xv, 19) et que, des lors, c'est le cceur que .nous devons d'abord et surtout surveiller.

Cette morale du Maitre, 1'Eglise se contente de Tenseigner telle qu'elle est, sans rien ajouter ni rien retraocher : dans les cas obscurs, elle a recours au contexte, a ses docteurs, a ses sages, et surtout aux lumieres de TEsprit divin qui I'assiste-sans cesse.

9 e COMMANDEMENT : Devoir de respecter I'union conjugate.

Dieu, qui a fait de la famiile la source et 1'origine de toute societe, veille sur elle avec un soin jaloux : il 1'etablit sur une base solide, la dote d'une forte organisation, et la protege contre les entreprises de ses ennemis. Dans ce dessein , j;rois de ses Commandements. rentourent comme d'une ceinture de defense; le 4 e Commandement lui assure .le sceptre de Tautorite; le 6 e , 1'honneur de la f^condite; le

9 e , le respect de Tunica conjugale. C'est dans cette derniere intention que Dieu a dit :

Vous ne convoiterez pas la femme de votre prochain .

Un seul homme et une seule femme, un seul Adam et une seule Eve, tel est le cadre primitif de la famille, tel est le naodele que Dieu a donne au monde, seul ideal qui demeure stable malgre les siecles, malgre les passions des hommes, malgre les lois contraires, qui veulent plutdt le mal que le bien des peuples.

Du reste il est raisonnable et juste qu'il en soit ainsi. 1 L'homme et la femme ne sont que deux aprocreerTenfant; ils doivent continuer a n'etre que deux pour 1'elever et lui procurer une formation ; un troisieme est un intrus, qui, fatalement, apporte le desordre et le disaccord .

Pour ce Commandement com me pour les autres, Mo'ise se mit a 1'oeuvre pour en obtenir 1'observation. Les mesures .qu'il prit, les sanctions qu'il edicta, paraissent, la com me ailleurs, empreintes de tigueiir; mais ici le sujet en meritait la peine, il s'agissait de sauver 1'union conjugale, et, a vecelle, les generations de Tavern r.

II pose, d'abord, cette regie generate :

Lorsque, dit-il, par mepris de ce Commandement, un homme et une femme commettront

le crime d'adultere, tous les deux dbi vent etre punis de mort.

Puis il precise certains cas particuliers :

Si le crime se commet an sein d'une cite, il n'existe pour la femme aucune circonstance attenuaute, elle a pu crier et se faire entendre; aussi coupable que 1'homme, elle subira avec lui la peine de mort.

Si le crime se commet dans un lieu desert, la circonstance attenuante existe; seal, 1'homme sera puni de mort.

Si un homme seduit une jeune fille, deja fiancee, il porte prejudice a elle et a son pere; a celui-ci il paiera cinq cents sides d'argent et il prendra celle-la pour epouse sans pouvoir jamais s'en separer par le divorce.

(Deutero., xxii, 22-29). ,

Cette legislation severe prouve a quel point Moise tenait a sauvegarder Thonneur du foyer domestique et a resserrer le lien de Tunion conjugale. Par la crainte de chatiments terribles, il amene les epoux a rester dans la limite des droits et des devoirs reciproques et a respecter. Fordre. etabli par Dieu.

Son but n'est pas autre lorsqu'irreglemerite le divorce. Le trouvant etabli autour de lui, il en restreint le plus possible I'usage. En est prive tout homme qui porte une faiisse accu sation contre une jeune fille qu'il vient d'epouser, touiMiomme qui a abuse d'une jeune

fille, tout divorce qui voudrait reprendre sa premiere "~femme. (Deutercf. , xxn, . 18- 1 9 ; 28-29; xxiv, 1-4). Par la Mo'ise montre biea qu'a ses yeux le divorce n'^etait qu'une permission; ceux qui s'en moutrerit indignes, doi vent garder la regie primitive.

Le Sauveur dont le regard etait plus celeste et la doctrine plus pure, abolit toutes ces dispositions et reglements, et retablit le manage dans son etat originel et premier:

Ce que Dieu a uni, dit-il, I'homme ne doit pas le separer et d'ailleurs Mo'ise n'a permis le divorce qu'a contre-coeur,- ad duritiam cordis . Mais citons le passage de 1'Evangile :

Sur . ces entrefaites, des Pharisiens s'approcherent de Jesus pour lui tendre un piege : ils lui demanderent s'il etait permis de renvoyer sa fern me pour quelque motif que ce fut.

N'avez-vous pas lu, repondit Jesus, que Celui qui a cree, a 1'origine, la race humaine, n'a cree qu'un seul homme et une seule femme; puis il dit : L'homme quittera son pere et sa mere pour s'attacher a son epouse; et ils seront deux dans une meme chair. Ainsi, desormais, ils ne sont plus deux, mais uue seule chair. Ce que Dieu a uni, que I'homme se garde de le separer. r

Us insistent :-.. Mais alors comment se fait-il que Mo'ise ordonrie de donner a 1'epouse le libelle de divorce et de la renvoyer ? : *

Et Jesus de repondre : C'est a cause de la durete de votre coeur que Moise vous a permis.de repudier vos femmes; mais, a 1'origine, il n'en etait pas ainsi. Eh bien l moi, je vous declare que quiconque renvoie sa femme (si ce n'est pour un aduitere) et en epouse une autre* est lui-meme aduitere;- et celui qui epouse cette fernme renvoyee, commet un autre aduitere. De meme commet ce peche, la femme, qui se separe de son mari et s'unit a un autre. (Matt., xix, 3-9).

Rien de plus cl'air que cette doctrine : celui qui renvoie sa femme et en epouse une autre, "commet un aduitere; celui qui epouse la femme ainsi renvoyee, commet, lui aussi, le meme peche. Done le lien conjugal- n'a pas ete brise, il subsiste.toujours, et, avec lui, le mariage; le renvoi de la femme n'est done pas permis. Teile est du reste Tinterpretation de 1'Eglise catholique.

On le -volt, Jesus retablit partout, sous ses pas, 1'ordre moral ebranle; I'ordre moral, c'est Men, dans^le mariage, de n'tre qu'un seul homme et qu'une seule femme; par ce moyen regnent la paix, la joie, le bonheur dans la famille; le contraire, c'est le desordre

moral, et, avec lui, le trouble^ la desunion, la douleur et la mine.

Voila done expose, dans ses grandes lignes, le corps de lii morale chretienne. e'est-a-dire le Decalogue. Quel bienfait incomparable il apporte a 1'humanite tout entiere! Imaginez une nation qui en ignore totalement, la pratique, une nation ou Dieu ne serait pas connu et adore, ou les peres et meres ne seraient pas honores, ou la ^ 7 ie de 1'individu comme celle de la race seraient exposees a tous les caprices des hommes, ou la propriete serait un vain mot et la reputation une utopie, ou le mariage serait une simple union libre qui se fait et se defait a volonte. Je vous le demande, une telle nation serait-elle civilisee oubarbare?

N'objectez pas que la raison, avec ses seules lumieres, suffit a decouvrir une sem^ blable morale. Je repondrai que, jusqu'ici, ses efforts ont ete vains et que, dans aucune philosophic et chez aucun peuple, elle n'a rien trouve de comparable. L'eut-elle decouverte. elle reste impuissante a 1'imposer a la conscience .humaine. Dieu seul possede ce droit et cette puissance.

Les gendarmes eux-memes n'y pourraient rien ou peu de chose, car leur presence ne pent" etre incessante autour des citoyens; et d'ailleurs que peut-on attendre de

fonciionnaires qui ne se sentent pas tenus par la conscience ?

Oui, le Decalogue etabli et impose par Dieu a la conscience humaine fut un immense bienfait, le plus grand bienfait pour la civilisation, car le premier facteur d'une vraie civilisation est preciseiiient uue saine morale.

TBOISlfiME PARTIE

Le Sommet de la Morale vangelique

Dans un edifice materiel, le sommet est de meme nature que le reste de la construction, meme style, memes proportions, meme plan.

Ainsi en es't-il dans 1'edifice immateriel de la morale evangelique, le sommet reflete les autres parties dans' leur forme et leur beaute; com me la base et le corps de cette morale, il repose sur le double principe de 1'amour de Dieu et du prochain.

Ce sommet n'est pas une oeuvre de 1'esprit humain en qute d'ideal, mais il est une realite prechee par le Sauveur dans 1'Evangile.

Dans son sermon sur la montagne, Jesus dit aux Ap6tres qui 1'entourent' : Celui qui transgressera Tun de ces moiridres Commandements (les Conseils des Beatitudes) et enseignera aux hommes a faire comme lui, sera le dernier dans le royaume des. cieux.

Celui, au contraire, qui les pratiquera et enseignera aux autres a agir comme lui, sera grand dans le royaume des cieux.

(Matt., v, 20).

Les moindres Commandements ou Conseils qui renderit grand dans le royaume ttes cieux sont precisement le sommet.de la morale evangelique.

Dans un autre endroit, 1'enseignfement du Sauveur est plus clair et plus expressif encore.

Rappelons-nouscejeune homme fiche, qui, se prosternant devant Jesus, lui ddmanda ce qu'il devait,faire pour obtenir la vi$ eternelle.

Pou'r obtenir la vie eternelle et faire son salut, reppndit Jesus, il suffit d'dbserver les Commandements du Decalogue. Pdis il ajouta, et c'est la ce qui rentre dans notre sujet : Si tu veux Mre parfait, va^ prenda tes.biens, vends-les, donnes-en le prix aux pauvres, et tu te feras un tresor dans le ciel; puis viens, et suis-moi. ? (Matt., xix. 21).

Cette perfection qiie Jesus Itii " conseille, c^tte pauvrete volontaire effective et reelle, ce depouillement des richesses, c'esl la le sommet de sa morale ou du mdins un des moyetis qui y menent.

Apres nous avoir montre le sonlmet, Jesus nous avertit qu'il est difficile de l-atteindre, mais qu'une fois arrive, on y jbuit d'une

gran-le consolation et d'une belle recompense. Et d'abord, ce sommet est difficile a atteindre.

. Le jeune homme, entendant ces dernieres paroles de Jesus, s'eloigna tout triste, car il possedait de grandes richesses.

Jesus, qui le regardait s'eloigner, s'ecria : Oh ! qu'il est difficile au riche d'entrer dans le royaume des cieux ! Ce lui est plus difficile qu'a un chameau de passer par la porte du trou de U aiguille.?*

En entendant ces paroles, les Apdtres s'ecrierent, de leur c6te : Eh ! qui done pourra faire son salut ! (Matt,, XIK, 22-^5).

Le jeune homme trouve done ce sommet difficile a gravir. Jesus le constate egalement au moins a 1'endroit du riche, qui, pour 1'ordinaire, est trop empetre dans les Liens des ricnesses pour s'en debarrasser et s'elever au-dessus. -Les Ap6tres ne pensent pas autrement puisqu'ils se recrient si fort.

C'est alors qu'apres avoir dit la part de la faibiesse et de 1'impuissance humaines, Jesus tourne les esprits de ses disciples vers d'autres horizons, vers les regions d'ou pent descendre^le secours qui aide et raffermit, vers Dieu lui-meme.

Arretant son regard sur ses Apotres qui se lamentaient, il dit : ,Ce qui est impossible a 1'homme, ne Test pas a Dieu : tout est possible a Dieu. (Matt.,*zi^, 26).

CTetait leur.dire : Ce qu'on ne pent par ses propres forces, on le peut avec la grace et le secours de Dieu.

Et puis, une fois atteint, ce sommet remplit Fame d'une douce consolation^ Lisons la suite.

Saint Pierre, reconforte par ces paroles, demande avec son ardeur coutumiere : Et nous, Seigneur, qui avons tout abandonne pour vous suivre, qu'aurons-nous done ?

Et Jesus de repondre directement, avec serment, a ses Apdtres : En verite, je vous 1'affirme, a vous qui me suivez : lorsqu'au jour de la regeneration, le Fils de I'homme siegera sur un trdne de gioire, vous, mes Apotres, vous siegerez sur douze trones, et vous jugerez les douze tribus d' Israel.

Voila pour les Apotres en particulier; puis il ajoute pour tous ses autres disciples :

Quiconque quittera sa maison, ses freres, ses soeurs, son pere, sa mere, son epouse, ses fils, ses champs, pour 1'honneur de mon nom, recevra le centuple ici-bas et possedera en outre la vie eternelle, (Matt., xix, 27-30).

En d'autres termes, vous, mes Ap6tres,-qui avez tout quitte et me suivez, vous aurez une gioire et une fonction speciales et serez assis sur douze tr6nes. Quant aux autres, qui quitteront pour 1'honneur de mon nom un des etres qu'ils aiment le plus ici-bas, ils recevront une

centuple jouissance ici-bas, ei, dans le ciel, une vie eternelle.

Oh ! que ce centuple d'ici-bas est vrai et reel I les saints sont la pour en temoigner.

En resume,- dans la, morale chretienne, il y a un sommet a atteindre, sonrmet abrupt et difficile, mais, une fois atteint, il apporte une delicieuse jouissance sur la terre, et, pour 1'autre monde, un bonheur eternel.

Ce sommet, en quoi consiste-t-il ? En quoi consiste-t-ii pour 1'amour de Dieu? En quoi consiste-t-il pour 1'amour du prochainf Et quels sont les conseils de perfection qui y conduisent?

Nous le dirons en deux chapitres.

Page 1