CHAPITRE I
Sommet de 1'Amoar de Dieu
Aimer Dieu plus que toutes choses, plus que les richesseset les dignites, plus que les plaisirs et les jouissances, plus que nos prodies et nos amis, plus que nos pere et mere, plus mme que noire vie, tel est le precepte fondamental que la^morale mosaique et evangelique /impose a tout fidele sous peine de compromettre son salut.
Mais, mSme dans cet amour souverain de Dieu, il y a'des degres, il peut etre plus ou moins parfait.
En quoi consiste le parfait amour? Quels moyens ou^conseils evangeliques avcns-nous pour le porter a cette perfection ?
-ARTICLE PREMIER En quoi consiste le parfait Amour de Dieu ?
Bruler pour Dieu d'une flamme d'amour tres pure et tres yive, voila en quoi consiste ce parfait amour. , ,- >
Pour allumer dans notre coeur cette flam me, Jesus se plait, dans 1'Evangile, a decrire la bonte incomparable et les amabilites infinies de notre Pere du ciel. Ecoutons ce divin langage : Lorsqu'un enfant demande du pain a son pere, celui-ci lui donne-t-il une pierre? S'il lui demande du poisson, lui donne-t-il un serpent? S'il lui demande un 03uf, lui donne : t-il un scorpion ? Si done vous, bien que mauvais, vous savez donner a vos enfants des choses bonnes, combien a plus forte raison, le saura faire a votre egard yotre Pere qui est dans les cieux. (Luc, xi, 11-U).-
Ce Pere du ciel, il nous le represente com me le meilleur .des peres, car il repand indistinctement ses bienfaits sur tous les hommes, faisanfc luire son soleil et descendre sa pluie sur les bons et sur les mechants, sur les justes et sur les injustes . (Matt., v, 45). II nous le moutre entourant de sa sollicitude les plus freles creatures : Regardez les oiseaux du ciel; ils ne sement, ni ne moissonnent, ni n'amassent dans les greniers; et cependant votre Pere celeste les nourrit. Considerez les Us des champs, comme ils croissent ; ils ne travaillent ni ne filent. Et cependant le roi Salomon, dans touta sa gloire, n'etait pas vetu comme Tun d'eux.> (Matt., vi, 26). II nous le peint se penchant,
du haut du ciel, pour ecouter f humble priere de ses enfants : Pour vous, lorsque vous priez, entrez dans votre ehambre, fermez-en la porte. et priez votre Pere dans le secret, et votre 'Pere, qui voit dans le secret, vous le rendra. Ne multipliez vos paroles en priant, dites : Notre Pere .qui.etes aux cieux, que votre nom soit sanctifie.... > (Matt., vr, 6-16).
Mais cette flam me du parfait amour trouve souvent en nousdes ennemisquien ternissent 1'eclat et la vigueiir. De multiples affections se partagent notre coeur, Je dechirent et 1'iiiclinent tour a tour dans les sens les plus opposes ; elles nuisent par leur nornbre et leur discorde soit a la purete, soit a la force de Tamour divin.
Elles nuisent a la purele. En effet, jetez dans un meme foyer de chaleur plusieurs sortes de combustibles, la flamme qui s'en echappe devient fumeuse et sombre, else nuance de plusieurs couleurs. Mais changez votre maniere de faire et n'employez qu'une seule sorte de combustible; aussitdt la flamme devient claire et sa couleur est pure et franche de tout alliage. Ainsi en est-il de 1'amour divin en nous; enlevez les di verses affections qui le troublent et Tobscurcissent, .et aussitot 11 s'anime de clartes plus brillantes et reste viergede tout eclat etranger.
Ces affections ^nuisent eo putpe a la force et a la vivacite de 1'amour divin. En effet/dans ;un arbre, plus les branches sont nombreuses, plus la seve se disperse et diminue de vigueur. Mais coupez plusieurs de ces branches, et sur-le champ la seve se precipite dans les autres et les developpe d'une maniere rnerveilleuse. Ainsi en est-il de 1'amour divin en nous. Retranchez du coeur plusieurs affections, et sur-le-champ la seve de 1'amour s'elance dans les autres et les renlbrce d'autant. pt si vous les retranchez ou les affaiblissez toutes, 1'amour de Uieu remplit tellement le coaur qu'il deborde au dehors et se repand en rosee bienfaisante sur tout ce qui 1'approche.
Saint Pierre brulait de ce parfait amour, lorsqu'il dit au Sauveur : Et nous qui avons tout quitte pour vous suivre, qu'aurons-nous done? Pour suivre" r Jesus, ;il avait quitte sa barque et ses filets, sa maison et sa famille, son pays natal et ses amis, en un mot tout ce qu'il avait de plus cher ici-bas. C'etait le parfail, amour.
Les auti'es Apdtres, et, dans la suite des siecles, beaucoup de saints et de saintes imiterent cet exemple.
Pour etre parfait, i'amour de Dieu doit done bruler d'une flamme tfas pure et tres vive : et pour atteindre ce degre de perfection,
le coeur humain doit se depouiller du plus grand '"iiombre possible d'affecjions terrestres et diminuer d'une maniere sensible 1'ardeur de celles qu'il conserve.
ARTICLE II
Conseils vangliques qui nous l&vent ail parfait Amour
Nous detacher des objets que nous aimons pour nous.livrer ayec plqs d r elan aux.attraits de-1'amour de Dieu, tel est le sens du conseil evangelique.
Sans doute le Chretien a 1'obligation d'etre detache de la creature dans une certaine mesure, en ce sens qu'il lui prefere toujours Dieu, mais ii n'est pas oblige d'en etre separe de fait et surtout de coeur; seul, le desir du parfait amour de Dieu 1'y pousse et 1'y invite; seui le. conseil, et non^le precepte, la lui fait quitter soit de fait, soit meme de coeur, si Dieu le permet.
Exposons ces divers detachements.
1, Detqchement desproches et des pere et mere.
Lorsque saint Pierre dit a Jesus: Et nous, Seigneur, qui avons tout quitte pour vous suivre, qu'obtiendrons-nous ? Le Sauveur fit a
sa demande une double reponse, Tune qui regarde specialement les Ap6tres, 1'autre qui regarde quiconque aura tout quitte pour 1'honneur de son nom. II dit : Quiconque aura quitte sa maison, ses freres ou soeurs, ses pere ou mere, son epouse ou ses enfants..., pour 1'honneur de mon nom, celui-la recevra le centuple et la vie eternelle. (Matt., xix, 25).
Dans ces paroles, il conseille de briser les liens du sang, de quitter ses proches, meme son pere ou sa mere. Efc pour amener, avec plus d'efficacite, a cet acte heroique, il promet le centuple des ici-bas ; ce centuple se trouve dans les saintes joies et les douces ivresses du parf ait amour de Dieu.-
Ce conseil de quitter ceux auxquels nous unissent les liens du sang, Jesus 1'enseighe en maints endroits de 1'Evangile : Je suis venu, dit-il, separer rhomme d'avec son pere, la fille d'avec sa mere, la bru d'avec sa bellemere. (Matt., ix, 35). Et ailleurs : Celui qui vient a moi et ne sait pas rompre avec son pere, sa mere, son epouse, ses freres, ses soeurs, et meme avec sa propre vie, n'est pas digne de moi. (Luc, xiv, 26).
De ce complet detachement des proches, Jesus nous offre un grand exemple dans sa personhe. Ci tons quelques traits.
Gette annee-la, Jesus etant devenu fils de la loi , Marie et Joseph remmenerent
a Jerusalem pour assister a la solennite de la Paque.
Leur devotion satisfaite, Marie et Joseph reprirent la route de Nazareth en eompagnie de leurs compagnons de voyage; mais Jesus, sans qu'ils s'en apergussent tout d'abord, resta dans la Ciipitale. Inquiets de ne pas le voir les rejoindre, ils rebroussent chemin, rentrent a Jerusalem^ le cherchent de tous c6tes. Enfin, ils le trouvent dans le temple, assis au milieu des,,docteurs, les ecoutant et les interrogeant.
Marie ne put s'empecher de lui adresser quelques remontrances : Mon Fils, dit-elle, pourquoi avez-vous agi de la sorte ? votre pere et moi nous vous eherchions, pleins d'angoisses.
Ecoutons la reponse de Jesus : Pourquoi me chercher ? Ne sayiez-vous pas que je me dois aux interts de mon Pere? (Luc, u, 41-50). C'etait leur dire : Les interets de mon Pere passent avant les v6tres, je dois vous laisser pour m'y devouer tout entier.
C'est la un fait de son enfance, le premier fait exterieur et public que nous rapporte 1'Evangile.
Au debut de sa carriere apostolique, meme geste, meme conduite. II s'arrache aux tendresses de sa mere, aux amities de ses proches, et s'eloigne de la petite patrie, parce
que le bien des ames et la gloire de Dieu 1'exigent.
Au cours de sa predication, il prit. un jour, une attitude tres suggestive a cet egard. II prechait a Capharnaum, dans un local ou s'etait entassee la foule de ses auditeurs.
Tout a coup, au milieu de son discours, on annonce sa mere et ses proches qui attendent dehors.
Qui sont ma mere et rnes proches?
demaride-t-il. Puis, etendanfc la main du cote de ses disciples, il ajouta : Voila ma mere et mes proches. Quiconque fait la volonte de mon Pere celeste est pour moi et ma mere et mes proches. (Matt., in, 36 50).
Ce langage est peut-etre austere, mais est-il excessif ? Les interets de Dieu surpassent ceux des pere et mere de la hauteur du ciel a la terre. Ce conseil que .Jesus enseigne aux autres, il 1'embrasse et le pratique tout le premier : Ccepit facer e et docere; et, depuis 1'origine du christianisme jusqu'a nos jours, les disciples ont entendu la voix du Maitre; chaque jour, des milliers d'enfants se separent de leurs peres et meres, et des milliers de peres et meres sacrifient leurs enfants pour 1'honneur et la gloire du nom de Dieu.
Toutefois, Jesus, en permettant de se s6parer de corps des pere et mere, ne permet pas
de s'en separer de coeur, car le precepte :
Tes pere et mere honoreras , subsiste toujours.
2 Detachement des biens de.la terre.
Connaissant i'aveugle inclination qui entraine 1'homme vers les biens de la terre, Dieu, pour en arreter les exces et les debordements, etablit dans le Decalogue deux commandements, le septieme, qui empeche.la main du voleur de venir et d'emporter, et le neuvieme, qui interdit au coeur humain de convoiter, a 1'intelligence de concevoir et de murir des pi*ojets, a la volonte d'en preparer 1'execution.
Le Sauveur, dans 1'Evangile, revient a plusieurs reprises sur la violence de cette passion, dont il denonce les seductions et les perils. Aussi est-ce avec une vive instance qu'il engage ses disciples a pratiquer le conseil de la pauyrete volontaire et a se debarrasser des perilleuses richesses. II n'est pas sans doute dans son intention de les exhorter a se depouiller du strict necessaire, de ce qui est absolument indispensable a la vie, et a s'en remettre entierement aux soins de la divine Providence, com me 1'ont fait quelques saints, mais il leur conseille de rejeter et ce qui est inutile et ce qui est
superflu, tout ce dont peut, a la rigueur, se passer notre existence. Par ce depouillement, le coeur se libere et se depetre de mille attaches, il ramasse toutes ses energies effectives qui etaient eparpillees un peu partout sur les biens de ce monde, et les tourne toutes vers le-seul objet^vraiment digne d'etre aime, qui est Dieu.
Dans sa conduite envers le jeune homme riche qui lui demande sa voie, le divin Maitre n'a pas d'autre preoccupation. Voyant que 1'avarice menace d' absorber tous ses autres sentiments et d'atrophier en son coeur 1'amour de Dieu, il veut le debarrasser des liens qui 1'enchainent et lui propose d'e'ntrer resolument dans la voie de la perfection en vendant tous ses biens et en en distribuant le prix aux pauvres. Heias ! le jeune homme s'y refuse, et s'en va tout triste. Jesus, qui le regardait s'eloigner, voyant son conseii meprise, ne put s'empecher de Jeter a ses disciples ~cette douloureuse mais trop concluante exclamation : Oh ! qu'il est difficile aux riches d'entrer dans le royaume des cieux.
Nulle part, dans 1'Evangile, on ne Ten tend exalter les richesses; partout, au contraire, il en preche les dangers : Malheur aux riches! s'ecrie-t-il, car ils possedent ici-bas leur consolation. (Luc, vi, 24). II lance des anathemes contre les Pharisiens avares qui
devorent les maisons des veuves, qui alterent, pour en tirer profit, le sens des choses sacrees, temple, autel, offrande, qui travestissent, dans, le meme but, le commandement d'honorer ses pere et mere.
Pour mieux exciter dans le coeur de ses disciples le mepris des richesses, il en peint les exces et le chatiment dans la parabole du mauvais riche et de Lazare.
Un riche, vetu de pourpre et de fin lin, passait sa vie dans 1'opulence et la bonne chere. "
Un mendiant, convert d'ulceres. nomme Lazare, gisait a sa porte. Et ce malheureux convoitait, pour assouvir la faim qui le devorait, les miettes du pain qui tombaient de. sa table, mais personhe ne les lui donnait. Les chiens qui etaient la venaient et lui lechaient ses plaies.
Or, il arriva que tous les deiix moururent : le riche fut jete en enfer. et le pauvre porte au ciel.... (Luc, xvi, 19-31).
Voila les exces auxquels expose la richesse, voila aussi le sort qui lui est reserve en pareil cas.
Enfin, apres avoir depeint les dangers des richesses, il nous en montre la vanite. Mettant en parallele les biens de la terre et les biens du ciel, il nous dit la fragilite des premiers . et la stabilite des seconds :
N'amassez pas un tresor des biens de la terre, car la rouille les ronge et les voleurs les emportent. Amassez plut6t un tresor des biens du ciel, car la rouille ne les ronge pas, ni les voleurs ne s'en emparent.
(Matt., vi, 19-20).
Voila avec quelle force Jesus nous detourne de 1'affection a la richesse : il veut en vider notre coeur pour le remplir de 1'amour de Dieu.
3 Detachement desplaisirs sensibles.
Les biens de la terre nous sont exterieurs, ils sont com me un vetement qui recauvre notre corps sans en faire partie, et que nous pouvons deposer a notre gre.
Les plaisirs sensibles, eux, se rattachent da vantage a notre etre, ils pehetrent plus avant dans notre vie, ils en font une partie integrante. Des lors il est bien plus difficile de s'en detacher que des premiers. De ceux-ci, on se depouille comme d'un manteau ; mais comment se depouiller des plaisirs des sens ? Toutefois, ce qu'on ne peut obtenir totalement, on Tobtient en partie en se refusant certains plaisirs et certaines jouissances legitimes que peut s'accorder le commiin des bons Chretiens.
II est deux sortes de plaisirs sensibles : les uns flattent surtout les sens, les autres flattent surtout la chair. On se detache des premiers par la pratique de la mortification; on se detache des seconds par la pratique de la chastete,
Dans TEvangile, le Sauveur nous offre un beau modele de mortification dans saint Jean- Baptiste. Ecoutez ce qu'il dit de son Precurseur..
S'adressant aux foules : Qu'etes-vous alle voir dans le desert? Un roseau agite parle vent? Mais qu'etes-vous done alle voir? Un homme vetu'avec mollesse? Ceux qui possedent des vetements somptueux et vivent dans les delices habitent le palais des rois. Qu'etesvous alle voir? Un prophete? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophete.... Je vous le dis en verite, de tous ceux qui sont nes jusqu'ici de la fern me, il n'en est pas de plus grand que Jean-Baptiste. Depuis les jours de Jean jusqu'a ce jour, Je royaume des cieux souffre violence, et 11 n'y a que les vaillants a 1'emporter de haute lutte. (Matt., xi, 7-13). Or, Jean avait un vetement en poil de chameau ei une ceinture de cuir autour des reins; les sauterelles et le miel sauvage faisaient tout son aliment.
Du reste, le Sauveur est lui-meme un modele de mortification des sens. A sa naissance,
cherche-t-il le conformable soil dans sa riourriture, soit dans I'habit et le toit qui le couvrent ? Le cherche-t-ii davantage dans 1'humble boutique de Nazareth? Plus tard, pour se preparer a son ministere evangelique, il pratique la plus austere des mortifications; se retirant dans le desert, il y jeune quarante jours et quarante nuits. Enfin, pendant le cours de sa predication, il n'a pas, la nuit, une pierre pour reposer sa tete, et, le jour, pour subvenir aux besoins du corps, il a recours a des aumdnes.
Enfin, pour montrer toute 1'estime qu'il porte au genre de mortification dont on usait couramment a son epoque, il en reglemente, en quelque sorte, la pratique : Lorsque vous jeunez, dit-il a ses disciples, n'imitez pas certains hypocrites qui se composeht un visage triste afin de mani fester qu'ils jeunent. Vous, au contraire, parfumez-vous la tete, lavezvous le visage, et votre Pere celeste, qui voit dans le secret, vous le rendra. IMatt., vi, 16-18).
Done, par le modele qu'il nous propose, par son propre exemple, par son enseignement, Jesus nous demande de ne pas rechercher nos aises, de nous priver des jouissances sensibles et de pratiquer la mortification. Qui ne voit qu'en agissant de la sorte, on se soustrait a beaucoup d'affections sensibles et
qu'on reporte sur Dieu plus de generosite et d'ardeur?
Eleve au-dessus de la vie des sens par la mortification, le fidele, pour atteindre le sommet de ce genre de detachement, doit fouler aux'pieds les instincts si puissants de la vie sexuelle.
Le Sauveur commence par defendre a ses disciples le regard de la concupiscence.
Quiconque, dit-il, regarde une femme avec concupiscence, celui-la a deja commis 1'adultere dans son coeur. (Matt., v, 28). Avec le regard et par le regard la concupiscence penetre dans le cceur, et c'est dans le coaur que se trouve la racine du mal, Et lorsquil s'agit d'occasions certaines de cette sorte de peche, le Sauveur ne craint pas de trancher dans le vif, comme nous le voyons aux versets 29 et 30 du meme chapitre.
Puis, la encore, pour stimuler notre ardeur, il nous offre son propre exemple ainsi que celui de sa sainte Mere. Tous les deux pratiquaient une admirable virginite.
La doctrine de la virginite est d'une hauteur si sublime qu'elle paraissait, a cette epoque, inaccessible a la bonne volonte humaine.
Aussi le divin Maitre ne 1'enseigne qu'avec de grandes precautions, ou plutdt la laisse simplement entrevoir, meme a ses Apotres.
Ecoutons ce recit.
II venait de proscrire le divorce et de ramener 1'ordre moral dans le mariage.
Ses disciples, etonnes d'ime loi si austere, se recrierent : Si telle est la situation de 1'homme vis-a-vis de la femme, il est bon, dirent-ils, de ne pas se marier.
Jesus repondit : Tous ne comprennent pas cet enseignement, mais ceux-la seuls a qui il a ete donne de le comprendre. II y a des gens a qui un .defaut de nature ou une intervention humaine interdit le manage; d'aiitres s'en eloignent par amour des cieux ; Qu'il saisisse celui qui peutsaisir. (Matt., xix, 10-13).
Les Ap6tres durent comprendre la portee de ces. paroles :, la conduite de leur Maitre, de Marie sa mere et de I'ap6tre Jean en etait un eloquent commentaire.
L'ap6tre saint Paul est, du reste, tres explicite sur ce point : Celui, dit-il, qui marie sa fille fait bien ; mais celui qui ne la marie pas, fait mieucc.... Et dans le meme endroit : La duree de cette vie est si courte, que ceux qui ont des epouses doivent vivre comme s'ils n'en avaient pas. Cela, ajoute-t-il, pour bien marquer sa pensee, je vous le donne non comme un precepte du Seigneur, mais comme un conseii. (I Epist.
ad. Corint., vn, 16-38).
Voila un interprete autorise et lumineux de la doctrine de Jesus : ne pas marier sa fille,
la vouer a la virginite, c'est faire mieux^ et c'est la non un precepte, mais un conseil du Seigneur.
En un mot, pour mieux donner son amour a Dieu, on le refuse a la creature, on conserve ici-bas son corps vierge, essayant d'imiter, sur la terre, la vie des anges du.ciel.
4 DStachement de la volonte propre .
Ces hauteurs sont sublimes, mais elles ne sont pas encore la cime, et, pour atteindre celle-ci, il reste un degre a franchir, celui du detachement de la volonte propre.
II ne s'agit pas ici de se depouiller totalement de sa volonte, car ce serait arreter en nous toute vie, mais de se depouiller de tout acte de volonte qui n'est pas selon le bon plaisir de Dieu et selon la droite raison.
Cette sorte de detachemen t est particulierement difficile, car il s'adresse au foyer de notre activite, a la-cause centrale qui met en branle toutes nos energies, produit tous nos actes et les dirige dans tel ou tel sens. Aussi le Sauveur le presente-t-il a ses Apotres com me une lourde croix qui se porte tous les jours a sa suite : Si quelqu'un vent venir apres moi, qu'il se renonce soi-meme, qu'il porte sa croix chaque jour, et qu'il me suive. (Matt., xvi, 24; x, 38; Luc, IK, 23).
Cette parole emprunte aux circonstances une signification plus expressive encore.
Jesus venait d'annoncer a ses Ap6tres qu'il devait se rendre a Jerusalem, et que la il aurait beaucoup a souffrir de la* part des Anciens, des Scribes et des Pharisiens, et meme qu'il y serait rejete et mis a mort.
Devant ce laugage, Pierre se recrie :
Ah ! inais non, Seigneur; il ne vous arrivera pas de pareille chose !
Jesus alors, se retournant, lui jette ce dur reproche : Arriere ! Satan ; tu m'es un scandale. Tu n'entends rien aux choses de Dieu et n'entends que celles des hommes.
Puis, s'adressant a tous ses disciples et a la foule, il ajouta : Si quelqu'un veut venir a ma suite, il faut qu'il se renonce soi-meme, qu'il porte tous les jours sa croix et qu'il marche sur mes traces. (Matt., xvi, 20-27). (Marc, viii, 34-38).
Dans ce passage, ce que Jesus enseigne, c'est bien le renoncement a la volonte propre, abneget semetipsum, et ce renoncement ou detachement est une croix a porter chaque jour, tollat crucem suam quotidie.
Voila 1'enseignement du Sauveur; quelle est sa pratique ? Sa pratique est 1'expression tres fidele de sa doctrine. En tout et partout, il abdique sa volonte entre les mains de son Pere. Ce qui plait a mon Pere, dit-il, je le
fais sans cesse. (Joan., vm. 29). Et ailleurs : Ma nourriture, c'est de faire la" volonte de mon Pere qui m'a envoye. (Joan., iv, 34).
Et plus loin : Je ne cherche pas ma volonte, mais la volonte de celui qui m'a envoye.
(Joan., v, 30).
C'est egalement pour se soumettre a la volonte de son Pere manifestee par la voix des Prophetes, qu'en venant en ce monde il veut appartenir a la lignee de David, naitre d'une Vierge, voir le jour a Bethleem. C'est inspire par la meme pensee, que, plus tard, il preche 1'Evangile aux pauvres, seme les miracles sous ses pas, se laisse trahir par Judas, condamner par les Juifs et les Gentils, et meurt dans d'atroces souffrances pour expier les peches du genre humain. G'est encore sous i'influence des memes idees, qu'il observe, de point en point, les prescriptions de la loi mosaique, soit a sa naissance, soit dans son enfance et sa jeunesse, soit durant le cours de la predication de 1'Evangile.
Mais c'est surtout dans les moments decisifs et solennels qu'il s'applique a suivre la volonte d'En haut. Voyez-le au Jardin des Oliviers : au moment de prendre a sa charge la responsabilite de tous les peches et crimes com mis sur la terre, il ne sait que repeter, au milieu d'affres dechirantes, la parole de soumission : Mon Pere, que
votre volonte soit faite et nbn pas la mienne. (Matt., xxvi, 39).
Ainsi done avec une vigilance qui ne se dement jamais, Jesus maintient sa vie entiere dans le sillage de la volonte de son Pere ; il ne s'ecarte ni a droite ni a ganche; il lui suflfit de marcher sur ces traces divines et de poursuivre cette voie jusqa'au dernier soupir.
II exhorte ses disciples a suivre son exemple, cat* ils n'entreront pas tous dans le royaume des cieux ceux qui ont de belles paroles et disent : Seigneur ! Seigneur, mais ceux-la seulement qui accompliront la volonte de^son Pere. (Malt., vn, 21).
En realite, en allant au fond des choses, faire la volonte de Dieu et non la sienne propre est chose juste et raispnnable; car notre volonte est faible, miserable, faillible, encline au mal, tandis que la volonte de Dieu est toujours bonne, droite, sainte; elle conduit toujours au bien et detourne toujours du mal. Ah ! que sont inseuses ceux qui ne veulent suivre que leur volonte et non celle de Dieu I
Chretiens, lorsque, partout et toujours, dans les petites choses comme dans les grandes, votre volonte sera conforme a celle de Dieu, ce sera le triomphe, la victoire : supreme, vous aurez atteint la cime de la perfection.