Pud
2. Déjà ÏAdfersus Praxean notifiait cette rupture avec la tradition catholique. D'ailleurs l'identification de Praxéas avec Calliste, proposée par Hagemann, Die rômische Kirche in den ersten drei Jahrhunderten, Freilt. i. B., 1864, reprise par E. Kroymaxn, Tertullian adversus Praxean, Tùbingen, 1907, est sûrement fausse. La caractéristique de Praxéas dans Adv. Praxean, 1, ne saurait convenir au pontife romain. Cf. Esser, Wer war Praxéas? Bonn, 1911 (Programm).
:;. /'ad., 1, 14.
pies mariages. Les disciples du Paraclet savent mieux ce qu'ils doivent à leur foi. Ils ferment aux bigames la porte de l'Église ; ils la ferment pareillement aux adultères et aux débauchés, sans leur laisser d'autre espoir que l'éclat public de leur déshonneur.
Remarquons-le bien : cette notification hautaine de rupture avec l'Église catholique ne renferme aucun mot d'où l'on puisse inférer que l'Église vient de démentir un passé sans tache par une indulgence jusque-là sans précédent. Tertullien ne nous dit pas que Galliste a innové, mais seulement qu'il s'est prononcé sur un cas litigieux1 : la nouveauté est ici du côté de Tertullien qui, éclairé des récentes lumières du Paraclet, répudie ses anciennes convictions. Mais s'il était facile de les répudier, il était pins laborieux de justifier la répudiation. L'auteur va s'y employer avec zèle, en démolissant un à un tous les fondements de la doctrine catholique sur la pénitence, ceux-là mêmes sur lesquels il avait appuyé le traité De paenitentia2.
1. Rolffs affirme énergiquement le contraire, Das Indulgenzedikt des romischen Bischofs Kallistus. p. 36 : « Die Verfùgung Kallists wird von Tert. als unerhôrte Neuerung angegriffen, durch welche die Busspraxis in der einschneidensten und verderblichsten Weise ungestaltet werde. » Mais on ne trouve rien de tel chez Tertullien. On voit bien qu'il crie au scandale; il ne dit pas que le scandale est inouï.
2. Rolffs, ibid., p. 37, remarque très justement que dans Paen,, 7, le pardon est offert à tous les péchés sans exception. Seulement il n'y reconnaît que le pardon divin, non la réconciliation ecclésiastique. — Sur l'évolution accomplie par Tertullien, voir Esser, Der Katholik, 1907, t. II, p. 298-309; Preuschex, Die Kirclienpolitik des Bischofs Kallist, dans ZSNTW., 1910, p. 134 sqq., notamment p. 135 : « Esser hat mit Recht darauf hingewiesen, dass eine andere Interprétation dieser Stelle unmôglich sei. Dann ergibt sich daraus mit Evidenz, dass Tertullian in seiner kirchlichen Période die Meinung vertrat, aile, auch die grôbsten Sunden, kônnten durch eine zweite Busse gestihnt werden... Und da ausdrûcklich (dans le De paenitentia] Unzuchtsundenund dieldololatrie genannt sind, so kann auchhinsichtlich dieser Sunden Tertullian von einer Ausnahmestellung nichts gewusst haben. » Dès 1866, J. B. de Rossi écrivait en termes excellents, Bulletlino di arclieologia cristiana, t. IV, p. 27 : « La novità adunque almeno dommatica era dal lato degli oppugnatori, non degli assertori del predetto decreto; e cio per confessione dell' awersario, che di proposito s'accinse a combatterlo. »
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Voici d'abord des textes scripturaires ' de l'Ancien et du .Nouveau Testament, sur la miséricorde divine (Joël, u, 13; Ose., vi, 6; Ezechiel, xxxm, 11; I Tim., iv, 10; Mail., v, 7. 9; Col., m, L3; Malt., vu, 1; Rom., xiv, 4; Lz<c, vi, 37). Tertullien les rappelle, et les repousse d'un sarcasme. Futilité que tout cela! Quelle gerbe plus abondante de textes relatifs à la rigueur des jugements divins ne pourrait-on pas mettre en regard des précédents! Effectivement, il n'a pas de peine à glaner dans la Bible toute une série de textes austères Ps., vu, 12; Deut., xxxn, 39; Is., xlv, 7; 1er., xiv, 11 sqq. ; xi. IV; vu, 1(>; /:V.,\x, 5; Gai., vi, 7; Is., xlii, li ; Ps.j xcvi, 3: .1//., x, 28; vu, 2; 1 Cor., v. 5; vi, 1 sqq.; \ . \-2: Malt., vi, 12).
Mais bientôt, renonçant à ce vain débat sur le terrain des Écritures, il se met en devoir d'opposer thèse à thèse et d'élever en face de l'édifice catholique la citadelle montaniste2. Voici comment il procède. Toute la raison d'être de la pénitence, c'est le péché. Or saint Jean nous enseigne (I Io., v, 16) qu'il y a deux sortes de péchés : un péché qui ne donne pas la mort, et pour lequel bn peut prier; un péché qui donne la mort, et pour lequel on ne prie pas. Ce principe une fois posé, reste seulement à déterminer dans quelle catégorie on rangera les fautes de la chair : parmi les péchés rémissibles, pour lesquels on prie, ou parmi les péchés irrémissibles, pour lesquels on ne prie pas?
Avant de résoudre cette question, Tertullien sent le besoin de se détourner pour répondre à l'argumentation pressante des catholiques. Ceux-ci n'admettent pas sa distinction de péchés rémissibles ou irrémissibles; et voici pourquoi. Ils ont lu dans l'Écriture des invitations à la pénitence, à la pénitence pour toute sorte de péchés; ils en ont conclu qu'à