Pud
2. ZSKT., t. XXXII, 1908, p. 9-10. Voir aussi Esser, Der Katholik, 1908, t, I, p. 101.
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quod kuius quoçue paenitentiae fructum, i. e. veniam, in sua potestate usurpaverunL Mais précisément, c'est à cette prétention de l'Église catholique de remettre les péchés — tous les péchés — qu'il va s'en prendre et qu'il opposera la doctrine montaniste. Les montanistes rejettent l'idée de ce pardon humain, admis par les catholiques; au sujet des péchés mortels, ils ne connaissent qu'un pardon, le pardon divin, qui ne dépend pas de la hiérarchie ecclésiastique. En opposant ces deux termes : pacem humanam — veniam quam a Deo solo exorat, et en multipliant les traits descriptifs, Tertullien ne nous laisse aucun doute sur ce qu'il repousse d'une part et sur ce qu'il accepte de l'autre. Ce qu'il repousse, c'est la paix humaine, la communion de l'Église, donnant l'illusion du pardon divin; ce qu'il accepte, c'est l'attitude pénitente prise dans ce monde en vue du pardon à obtenir dans l'autre; c'est la confession publique devant l'Église, préférable à une communion usurpée, Ecclesiae mavult erubescere quam communicare ; ce sont les larmes de l'Église sur le pécheur, moins trompeuses que son pardon : plus utique negotiata, compassion'em se, quam commitnicationem. Les deux doctrines sont nettement tranchées. Du côté catholique, il n'est pas question du pardon différé jusqu'après cette vie; cette conception appartient en propre au montanisme, qui condamne le pécheur à semer dans ce monde sans espoir de moissonner sinon dans l'autre : si pacem hic non metit, apud Dominum seminat. Par cette discipline, le montanisme se flattait de réconcilier l'utilité de la pénitence avec les exigences de la miséricorde; il assurait que Dieu trouvait sa gloire dans cette humiliation du pécheur, sans perspective de relèvement. D'une part, il exigeait du pécheur plus de générosité que l'Église catholique; d'autre part il s'abstenait d'imiter celle-ci dans ses prétentions jugées exorbitantes.
La position prise par Tertullien dans cette page est maintenue par lui avec beaucoup de rigueur dans toute l'étendue du traité De pudicitia. D'un bout à l'autre, il suppose que les principes directeurs du catholicisme sont aujourd'hui ce qu'ils étaient hier et que, s'il y a quelque nouveauté dans
l'édit de CALUSTE. 12
l'application, il est impossible de condamner l'application sans remonter jusqu'au principe même. C'est ce qu'il n'hésite pas à faire. Avant de poursuivre, retenons donc que, d'après sa déclaration expresse, l'idée d'un pardon divin réservé en fait et en droit à Dieu, est présentée comme une idée spécifiquement montaniste, sans aucune attache avec la doctrine catholique1.
1. Je suis malheureusement amené à conclure que Funk et, à sa suite, M>?r Batiffol et M. Vacandard se sont entièrement mépris sur la pensée de Tertullien.
Funk, TQS., 1906, p. 543 : « Die Sache ist ziemlich einfach. Da Tertullian, De paen.. Die Christen eindringlich zur Busse ermahnte, sowohl die Katechumenen als die Glaûbigen, falls dièse nach der Taufe noch siindigten, so konnte es leicht geschehen, dass er manches schrieb was er spater nicht mehr billigen mochte als er sich einem Edikt gegeniiber sah, das ihm eine Gefahr fur die siltliche Standhaftigkeit zu enthalten schien, indem es die Busse fur eine Klasse von Siindern auf eine gewisse Zeit beschranke, wahrend er vorher von der Busse im allgemeinen sprach und damais sicher einige Klassen der Kapitalsûnder, wahrscheinlich aile , wohl zur Busse zugelassen, die Verzeihung aber Gott anheimgegeben, von der Kirche die Rekonziliation derselben hochtens etwa auf dem Todbett vollzogen wurde. »
Batiffol, BLE., 1906, p. 341 : « Tertullien, quand il écrit son De pudicitia, s'estime devenu meilleur, parce que plus sévère. Mais dironsnous que c'est la preuve qu'il a admis jadis la réconciliation des fornicateurs? Non. répond M. Funk, car c'est seulement l'indice que, devenu montaniste, Tertullien a compris la pénitence, la pénitence en général, beaucoup plus sévèrement qu'il n'avait fait dans le catholicisme. Catholique, en effet, il avait admis que l'on pouvait faire pénitence de tous les péchés, quitte à ce que. en certains cas, la rémission fût réservée à Dieu et que la réconciliation de l'Eglise intervînt seulement au lit de mort du pécheur pénitent. Montaniste, il jugeait maintenant que cette facilité delà pénitence était un relâchement, et il en jugeait avec d'autant plus de véhémence qu'il se trouvait en présence d'un édit, celui de Calliste, qui lui paraissait dépasser toutes les limites du laxisme. »
Vacandard, RCF., 1er avril 1907, p. 116 : « Il ne s'agit pas de savoir si le De pudicida contredit en plusieurs points le De paenitentia — ce qui est indéniable —, si Tertullien a passé de la bonne doctrine au rigorisme, s'il établit en matière de péchés des distinctions qu'il n'avait pas d'abord songé à faire par écrit; il faudrait prouver que ces distinctions n'existaient pas déjà dans son esprit quand il composait le De paenitentia et que son indulgence allait alors jusqu'à reconnaître' à l'Eglise — et non uniquement à Dieu — le droit d'absoudre les adultères et les fornicateurs, comme il reproche à Calliste de le faire. »
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Il n'est pas moins certain que le mobile avoué de la guerre déclarée par Tertullien au catholicisme, est précisément sa
doctrine des péchés irrémissibles, qui soudain prend corps sous sa plume à l'occasion de ledit de Calliste. D'autres considérations entrèrent ultérieurement dans l'orbite de la controverse : mais ces considérations, et principalement la négation de la hiérarchie catholique, âme de tout le système, n'y entrèrent qu'appelées par cette première prétention et pour la soutenir. La logique impétueuse de Tertullien se portait vite aux extrêmes; par ailleurs, si l'on recherche ce qui, dans la circonstance présente, la mit en branle, on trouve que ce fut la parole du pape, appliquant expressément aux péchés d'impndicité le pouvoir d'absoudre que n'avait cessé de revendiquer l'Eglise.
Heurté par cette parole, le puritanisme de Tertullien se révolta, et formula la doctrine des péchés irrémissibles, non pas, remarquons -le bien, comme une revendication du vieux catholicisme contre le jeune catholicisme de Calliste, mais comme une revendication de la jeune Église du Paraclet contre l'Église vermoulue de Calliste K Tel est l'épisode qu'on nous présente quelquefois sous un jour tout différent. Funk trouve la chose assez simple 2. Il nous dit qu'au temps du />>• paenilentia, Tertullien, instructeur des catéchumènes et des fidèles, était d'office l'avocat de la pénitence : on ne doit pas s'étonner si l'ardeur de sou zèle lui fit émettre certaines propositions qu'il ne devait pas maintenir plus tard, en présence d'une décision nouvelle et, à ses yeux, pleine de dangers pour la pureté des mœurs chrétiennes. Il avait pu avancer en termes généraux que Dieu appelle tous les pécheurs à la pénitence et que l'Église les y admet tous. Mais sans doute il sous-entendait que, pour certaines catégories de péchés, le pardon de l'Église ne va pas de pair avec celui de Dieu : que pour ces péchés on peut bien être absous par Dieu, mais non réconcilié par l'Église, sinon tout au plus au lit de mort. Quand l'édit de Calliste abolit cette
1. Comparez De ieiunio, 17 : « Vêtus es, vera si volumus dicere. .'. Voir la note ci-dessus.
réserve, Tertullien protesta, au nom des principes qui avaient toujours été les siens. — Tout cela est en effet assez simple, mais il ne s'ensuit pas que ce soit le cas de Tertullien. Nous avons, en étudiant de près le De paenitentia, fait ressortir les impossibilités auxquelles on se heurte quand on veut dissocier, dans cet écrit, le pardon divin et la réconciliation ecclésiastique. Et avant de croire que le De paenitentia est tout plein de sous-entendus, il faudrait en relever quelque indice. On n'en relève aucun. Dans le De pudicitia, Tertullien s'inscrit en faux contre la doctrine catholique de son temps. Et il nous montre avec une pleine évidence que cette doctrine, contre laquelle il s'inscrit en faux, est celle même qu'il a exposée dans le De paenitentia. L'indignation qui éclate au commencement de son nouveau libelle est dirigée contre les catholiques en général et contre lui-même en particulier, en tant qu'attaché précédemment aux doctrines des catholiques. On ne peut pourtant pas, en dépit de ses propres déclarations, le faire montaniste avant la lettre, et attribuer à une robuste constance ce que lui-même impute expressément à sa propre inconstance.
Tertullien affirme — et on peut l'en croire — que du temps où il était catholique, il pensait comme les catholiques. Il ajoute que les catholiques ignorent la doctrine des péchés irrémissibles, Serait-ce qu'ils viennent de l'oublier? Avant de recourir à une telle supposition, il faudrait arracher les premières pages du De pudicitia. Mais le corps même de l'ouvrage n'est pas moins contraire à l'hypothèse qui veut supprimer l'évolution survenue dans l'esprit de Tertullien.
Assurément, si jamais homme fut qualifié pour nous dire ce qu'il y a au fond du De paenitentia, c'est Tertullien luimême. Or il nous le dit avec toute la clarté possible, non seulement par des paroles qui, dans l'espèce, ne doivent pas être suspectes, mais par des actes encore plus décisifs que les paroles. En effet, la position nouvelle qu'il adoptait dans la question de la pénitence l'obligeait ou bien d'expliquer le De paenitentia, on bien de le désavouer. Il prit le parti de le désavouer. Dans le De pudicitia, il en démolit successivement toutes les assertions, dans l'ordre même où elles se présentent.
TERTULLIEN, DE PUDICITIA.
Que veut-on de plus? IJ nous faut assister à cette consciencieuse exécution.
Après avoir énoncé la thèse sous la forme tranchante que nous savons, il entreprend de dresser le catalogue des péchés auxquels elle s'applique, et nomme d'abord les fautes de la chair'. Puis il fait entrer en ligne l'idolâtrie et l'homicide-. Il marque la solidarité de ces trois péchés pareillement irrémissibles, puis passe à l'examen des raisons invoquées par les catholiques en faveur de la rémission des péchés en général"'.
On se souvient que le De paenilentia rappelait en premier lieu les paraboles évangéliques de miséricorde, qui se lisent au chapitre xv de saint Luc : brebis errante, drachme perdue, enfant prodigue. Tertullien a compris que ces paraboles, expliquées sans parti pris, comme il les avait expliquées lui-même, sont décisives en faveur du pardon otfert à tout chrétien quelles que soient ses fautes. Elles suffisaient donc à ruiner la thèse des péchés irrémissibles, si l'on n'avait soin de condamner cette lig*ne d'exégèse, et il s'évertue à la condamner. Pour cela, il rétractera sa doctrine précédente, et reprenant une à une toutes ces paraboles, s'efforcera de prouver qu'elles ne sauraient convenir au fidèle repentant, mais seulement au païen qui vient pour la première fois à l'Église. Au prix de quelles tortures infligées au texte il opère ce changement de front, on pourra l'apprécier en opposant trait par trait les deux commentaires. Le succès ne pouvait être que très médiocre, mais l'effort dépensé est d'autant plus considérable : l'auteur ne consacre pas moins de douze pages4 à refaire une page de son premier écrit. Dans ce travail de Pénélope, la rédaction primitive guide la marche de la réfutation. Donnons quelques exemples.
Hr paenitentia, 8, '»-9.
' Quid illa similiturlinum dominicarum argumenta nobis volunt? Quod mutier drachmam
De pudicitia, 7-9.