‹ L'édit de CallisteChapitre 109 sur 252 · Pud., 12. —2. Pud · texte numérisé non relu

Pud., 12. —2. Pud

3. Tertullien en donne cette raison entre autres : la sentence de grâce, dans // Cor., est moins explicite et moins solennelle que la sentence d'excommunication dans / Cor. Pourtant il n'est pas ordinaire qu'on mette moins d'empressement à absoudre qu'à condamner! Et il poursuit ironiquement, Pud., 13, 6 : De modica scilicet indulgentia agebatur, quae, si forte, nunc aestimaretur, quando maxima quaeque non soleant etiam sine praedicatione donari, tanto abest sine significatione. C'est-à-dire : « Sans doute le pardon (accordé à l'incestueux) était un de ces pardons insignifiants qui peuvent passer inaperçus, et il aurait tout au plus son prix aujourd'hui que l'habitude s'est introduite, non seulement de formuler les pardons les plus exorbitants, mais de les proclamer! » — Il ne semble pas que cette phrase ait toujours été comprise.

Après les deux épitres aux Corinthiens, la première aux Thessaloniciens, les épîtres aux Galates, aux Romains, aux Éphésiens, aux Colossiens, viennent déposer en faveur de la chasteté chrétienne1.

L'Apôtre — selon la doctrine montaniste — a condamné les secondes noces : tant s'en faut qu'il excuse la fornication !

Quelle que soit la véhémence de cette argumentation, il est clair qu'elle porte à faux. En effet, ce qu'il eût fallu démontrer, ce n'est pas que l'Apôtre réprouve le vice, mais qu'il lui ferme tout espoir de pardon. Tertullien, au fond, sent bien qu'il n'a rien prouvé. Aussi annonce-t-il 2 qu'il a réservé jusqu'à ce moment la preuve scripturaire de cette réprobation sans merci. Il la trouve dans l'Ancien Testament (Prov., vi, 32 sqq. ; Is., lu, 11; Ps., i, 1 ; xxv, k sq. ; xvn, 26 sq. ; xlix, 1618). Voilà la source où a puisé saint Paul, et la doctrine de l'Apôtre n'est pas moins inexorable (voir I Cor., v, 9 sqq. ; 6 ; Eph., v, 7 sqq. ; II Thés., ni, 6 ; etc.).

Mais il y a un texte dont les catholiques ne cessent de se réclamer, c'est celui d'Ézéchiel (xxxin, 11) : « Le Seigneur préfère la pénitence du pécheur à sa mort. » De fait, on ne voit pas comment en éluder la force, et Tertullien, dans le De paenitentia, y avait appuyé toute sa doctrine de la pénitence, aussi bien postérieure qu'antérieure au baptême3. Dans le De piidicitia, il ne cesse de le battre en brèche 4 ; et cette fois il y met une sorte de fureur5 : Quid si et hic respotidere concipias, adimi quidem peccatoribus vel maxime carne pollutis communicationem, sed ad praesens, restituendam se. ex paenitentiae ambitu, secandum illam clementiam Dei quae mavult peccatoris paenitentiam quam mortem? Hoc enim fundamentum opinionis vestrae usquequaque pulsandum est... Avant d'écouter la réponse, pesons bien les termes de l'objection. Le langage que Tertullien prête aux catholiques est le même qu'il leur a déjà prêté à maintes reprises : les catholiques s'autorisent des promesses miséricordieuses renfermées dans la sainte Écriture, pour revendiquer au profit

1. Pud., 17. — 2. Pud., 18. — 3. Paen., 4, 2. — i. Pud., 2, 3; 10, 8; 18, 12-17; 22, 12. — 5. Pud., 18, 12-13.

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des pécheurs, et nommément de tous les impudiques — peccatoribus vel maxime carne pollutis — la restitution de la communion ecclésiastique ; non pas sans condition, mais pour prix de leur pénitence, ex paenitentiae ambitu. Cela s'accorde, presque mot à mot, avec l'édit de Galliste, et cela coniirme tout ce que nous avions d'ailleurs appris de Tertullien sur la doctrine catholique delà pénitence. Contre l'argumentation pressante des catholiques, Tertullien n'a qu'une défense, et nous la connaissons déjà. Il va nier que ces paroles de miséricorde soient pour les fidèles tombés après le baptême. Et reprenant les anathèmes qu'il vient d'emprunter à saint Paul, il en aggrave la portée. Si renseignement de l'Apôtre était ce que prétendent les catholiques, il aurait parlé plus clair; il aurait dit : ne communiquez pas avec les artisans de ténèbres, à moins qu'ils ne fassent pénitence (comparer Eph., v, 11); ou bien : ne partagez pas même leur repas, sinon après qu'Us auront effacé, de leurs baisers et de leurs larmes, toute la poussière qui couvre les pieds des fidèles (comparer I Cor., v, 11) ; ou bien : celui qui aura déshonoré le temple de Dieu, Dieu le déshonorera, à moins que, dans son ardeur à faire pénitence devant l'Église, Un ait fait passer sur sa tête la cendre de tous les foyers (comparer I Cor., m, 17). L'Apôtre n'a pas tenu ce langage : il s'exprime en termes absolus. Et l'on ne peut pas supposer qu'il formule une réprobation conditionnelle, sans exprimer la condition. Reste donc à tenir la réprobation pour absolue et irrévocable. Si l'Écriture nous dit que le Seigneur préfère la pénitence du pécheur à sa mort, on doit l'entendre de la pénitence préliminaire au baptême. L'Apôtre ne nous l'apprend-il pas par son propre exemple ? « J'ai obtenu miséricorde, dit-il, parce que j'ai péché dans l'état d'ignorance et dans l'incrédulité » (I Tim., i, 13). Mais la miséricorde n'est pas faite pour ceux qui pèchent en pleine lumière. Après le baptême, il y a une rémission pour les moindres péchés : l'évêque en est le dispensateur : pour les péchés les plus graves, il n'y en a pas, sinon aux mains de Dieu1.

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