Pud
TERTULLIEN, DE PUDICITIA. 191
De pudicitia nous en apporte la preuve, et nous montre fil même temps que ce pouvoir n'était pas contesté par ses adversaires, du moins en théorie. Mais pour que cette concession eût quelque valeur, il fallait que, dans la bouche de ceux qui la faisaient, le mot d'Église gardât un sens reconnaissable. Ce n'était point le cas. L'Église investie du pouvoir de remettre les péchés, selon la conception montaniste, n'est pas l'organisme normal du salut, mais la tourbe incohérente des hérauts du Paraclet. Encore ce pouvoir y est-il lié, puisque, par prudence, l'Esprit s'interdit d'en faire usage. Il reste donc de la doctrine catholique une façade, et rien de plus.
Il semble bien qu'on s'y est trompé quelquefois1. C'était le cas de Funk, affirmant qu'au point de vue de la doctrine pénitentielle le montanisme ne différait pas du catholicisme ; que, du De paenitentia au De pudicitia, Tertullien a changé seulement d'attitude envers l'Église catholique, non de conviction en matière de pénitence; que, dans la page qui
1. Fc.\k, KGAU., t. I, p. 158 : « Im Laufe der Zeit und mit dem "Wachstum der Kirche musste die Kehrseite immer mehr hervortreten, und in Anbetracht dieser Wirkung erliess Kallistus sein Bussedikt. Ein ausserkirehlicher Einfluss ist bei der Neuerung nicht wohl anzunehmen. Dieselbe erkliirt sich hinlanglich aus den Verhaltnissen in der Kirche selbst. Zudem bestand zwiscben dem Montanismus, an den etwa allein zu denken wiire, und der Kirche bezûglich der Bussdisciplin damais keine nachweisbare DilTerenz. » — Ibid., 166 : « Endiich ist auch bei Tertullian selbst in dieser Beziehung nicht eine Aenderung seines Standpunktes anzunehmen. Denn was er in der Schrift De pud., c. 1, von einem Gesinnungswechsel sagt, das bezieht sich nicht speziell auf die Bussfrage, sondera auf sein Verhiiltniss zur katholischen Kirche, aus der er austrat, nachdem er ihr bingere Zeit angehôrt hatte. » — TQS., 1906, p. 5'»5 : « Die Schrift ist nicht in soweit eine Selbstverteidigung, dass man annehmen musste, Tertullian habe gerade bezûglich dièses Punktes das friiher zugegeben, was er jetzt bestreitet. Fur den Gesinnungswechsel bleibt, wie schon das bisherige zeigt, noch genug Kauin ttbrig, auch wenn man davon absieht (dass er fruher den Unzuchtssundern jene Rekonziliation oach neleisteter Busse zugestanden habe). »
B.vrn -i-oL, BLE., 1906, p. 341 : « Montanistes et catholiques sont d'accord sur le principe, que l'Église peut remettre les péchés, quitte, par prudence, à ne pas user de ce pouvoir. Cela est si assuré que Tertullien ne discutera pas le pouvoir de l'Église; mais il distinguera sur l'identité de l'Église qui a ce pouvoir. »
nous occupe, il a en vue la réconciliation par l'Eglise, selon la conception catholique. C'est aussi le cas de ceux qui, sur les pas de l'historien allemand, se sont engagés dans la même voie.
Achevons donc de relire cette page, afin d'être fixés sur ce que Tertullien accorde aux catholiques et. sur ce qu'il leur refuse. Il nous dit que le Paraclet, Esprit de vérité, pourrait pardonner toutes fautes, mais qu'il ne le fait pas, de peur d'induire par là les hommes à pécher1 : Spiritus veritatis potest quidem indulgere fornicatoribus veniam, sed cum pliiriam malo non vult. Il somme Calliste de lui dire d'où il tire ce droit qu'il revendique pour l'Église2. Serait-ce de la parole du Seigneur, promettant à Pierre les clefs du royaume des cieux? Mais cette parole s'adresse à Pierre, à titre tout personnel, non à ceux qui se donnent pour successeurs de Pierre ni à toute l'Église en communion avec Pierre. Encore le pouvoir confié à Pierre, et que les Actes des Apôtres nous montrent en exercice, ne s'étendaitil pas à l'absolution des péchés capitaux commis par les fidèles. Si l'on veut connaître ce qui survit à Pierre d'un tel pouvoir, il faut avoir les yeux fixés sur le personnage