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IV Adv. Marcionem, 9, éd. Kroymanx, p

2. On peut en indiquer avec probabilité les sources scripturaires : Marc., vu, 21; Matt., xv, 19; I Cor., v, 11, et peut-être, Ap., xxi, 8; xxn, 15.

3. Tertullien analyse ici la célèbre lettre de Pline le Jeu.\e à Trajan (Ep. x, 96), et il est intéressant de noter la transformation que le texte du proconsul subit sous sa plume. D'après Pline, les chrétiens s'engageaient « ne furta, ne latrocinia, ne adulteria committerent, ne fidem fallerent, ne depositum appellati abnegarent ».

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Mais en tant que groupe des trois péchés irrémissibles, il fait son apparition dans le De pudicitia.

De pudicitia, 22, 11-15.

En finissant, Tertullien ramène l'idée de la parité du traitement dû aux trois péchés d'impudicité, d'homicide et d'idolâtrie, ou plutôt de la rigueur spéciale due à l'impudicité, car on ne saurait invoquer en faveur des vaincus du plaisir les mêmes circonstances atténuantes qu'en faveur des vaincus de la torture.

Maintenant il y a lieu de coordonner les résultats de cette enquête, pour voir si, dans l'argumentation dont Tertullien étaye la thèse des trois péchés irrémissibles, nous rencontrons les éléments d'une doctrine traditionnelle et commune.

Il appuie ses déclarations sur deux textes scripturaires, l'un de l'Ancien, l'autre du Nouveau Testament; textes particulièrement vénérables, puisque l'un appartient au Décalogue, l'autre émane du concile apostolique de Jérusalem; mais tous deux manipulés pour les besoins de la thèse, et le second soumis à une exégèse fort suspecte.

Il se réclame en outre de divers autres passages des Écritures, où le même groupe de trois péchés se rencontre, encore incomplètement formé ou incomplètement dégagé; de plus et surtout, il se réclame de l'épitre aux Hébreux.

Par un de ces paradoxes oratoires qui lui sont familiers, il dénature la doctrine catholique de la pénitence et en présente la pratique sous un jour assez odieux, sans souci des démentis qu'il se donne à lui-même, montrant dans l'offre du pardon une excitation au vice et imputant à ses adversaires le mépris du Nouveau Testament.

Le plus souvent, il s'en tient au groupe des trois péchés irrémissibles. Parfois cependant il élargit le cercle, de manière à mettre son énumération à peu près en harmonie avec le catalogue de péchés mortels par lui dressé autrefois, avant l'apparition de la doctrine des péchés irrémissibles.

S'il invoque de nombreux passages du Nouveau Testament,

par contre il glisse très discrètement sur la tradition de l'ancienne Église. Pourtant, il connaît une tradition contraire à la doctrine qu'il préconise : c'est celle que personnifie le nom, désormais infâme, d'Hermas. D'ailleurs, l'analyse du De paenitentia nous a permis de constater que les principes professés par Tertullien catholique ne différaient pas de ceux d'Hermas. Quant à une tradition continue et conforme à ses dispositions présentes, il n'y fait jamais allusion, ni dans ses écrits catholiques, ni dans ses premiers écrits montanistes, ni même dans le De pudicitia 1 . Il y a donc grande apparence qu'il n'en connaissait point. Gela surprend d'autant moins qu'on n'en trouve point trace dans la littérature du 11e siècle 2.

Nulle part il ne reproche à son adversaire d'avoir innové. Au contraire, nous nous souvenons de l'avoir entendu luimême, au début de son libelle, se glorifier d'avoir rompu avec une vieille erreur, et se mettre au-dessus du reproche d'inconstance.

A défaut d'une tradition ancienne, il invoque la pratique actuelle des Églises, refusant la paix aux homicides et aux idolâtres. Mais l'histoire du ne siècle proteste contre une assertion aussi générale. Il convient de l'accueillir avec d'autant plus de défiance que Tertullien ne la formule qu'en passant et ne l'appuie d'aucune preuve.

2° — Le péché direct contre Dieu.

Peut-on réduire à l'unité d'un seul genre ces péchés irrémissibles dont Tertullien distingue trois espèces? Il semble

1. Il est vrai que nos éditions portent, Pud., 16, 3 : Age iam, quis omnino vitiaturn a Deo redintegravit, i. e. traditum Satanae in interititm carnis, cum idcirco substruxerit : Nemo seducat seipsum, i. e. nemo praesumat vitiaturn a Deo redintegrari denuo posse? Mais le redintegravit est en opposition trop flagrante avec l'assertion relative à l'école d'Hermas, pour ne pas être très suspect. La conjecture de Van der Vliet : redintegrabit, a toute chance de représenter la vraie leçon.

2. Encore que le groupement des trois mêmes péchés se rencontre notamment chez saint Irénée, qui, pour flétrir la morale des Valentiniens, leur reproche précisément ces trois points, Adv. haer., I, 6,3, PG., VII, p. 508.

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bien que oui, d'après ses propres paroles. Car à diverses reprises il nous dit, en se référant à l'Évangile (ML, vi, 14.; xviu, 18), que le péché contre l'homme peut être remis par l'homme ; seul le péché direct contre Dieu échappe au pouvoir humain.

Pud., 2, 10 : Delicta mundantur quae quis in fratrem, non Deum admiserit. — 21, 2 : Quis autem poterat donare delicta? Hoc solius ipsius est. Quis enim dimittit peccata nisi solus Deus?et utique mortalia. quae in ipsum fuerint admissa et in templum eius. — 21, 15 : Cui(= Petro) si praeceperat Dominus etiam septuagies septies delinquenti in eum fratri indulgere, utique nihil postea alligare, i. e. retinere mandasset, nisi forte ea quae in Dominum, non in fratrem quis admiserit. Praeiudicatur enim non dimittenda in Deum delicta, cum in homine admissa donantur.

Comment les trois péchés d'idolâtrie, d'homicide et d'impudicité réalisent-ils cette notion du péché contre Dieu? Pour l'idolâtrie, rien n'est plus facile à comprendre, puisque l'idolâtrie prostitue à la créature l'hommage dû à Dieu seul. Pour l'impudicité, Tertullien nous livre aussi la raison : chez le chrétien, l'impudicité viole ce temple de Dieu qu'est le corps consacré par le baptême [ : elle est donc un attentat direct à l'honneur de Dieu. La tradition antérieure fournissait cette idée2, et déjà Tertullien l'avait consignée dans un écrit de la période catholique3. Pour l'homicide, le lien est plus difficile à préciser ; du moins le De pudicitiane renferme à cet égard aucune déclaration précise. Le seul texte qui pourrait jeter quelque lumière sur la question, nous oriente simplement vers le décret positif du concile de Jérusalem, et montre le Saint-Esprit, par l'organe des Apôtres, réservant la dette du sang4. Mais d'autres écrits permettent de supplé-

l.Pud., 6, 17; 15, 5.7; 16, 1.2.4.8.10.11; 18, 13; 20, 1; 21, 2. — Voir notre Théologie de Tertullien, p. 485-487.

2. Voir Ep. de Barnabe, 4, 11; saint Ignace, Ad Philadelph., 7, 2- IIa démentis, 9, 3.

:;. II De ctiltu feminarum, l : « Cum omnes templum Dei simus, inlato in nos et consecrato Spiritu Sancto, eius templi aeditua et antistita pudicitia est. »

4. Pud., 12, Il : « Hinc est quod ncque idololatriae neque sanguini pax ab Ecclesiis redditur. De qua finitione sua apostolos excidisse, puto, non licet credere. »

menter cette indication et d'affirmer avec grande vraisemblance que, selon la pensée de Tertullien, la condamnation de l'homicide est en relation avec l'anathème de la Genèse (ix, 5-6) contre le crime de Gain. Tout homme porte en lui l'image de Dieu : voilà pourquoi Dieu lui-même revendique la dette du sang1. A cette considération générale s'ajoute, dans le cas particulier des martyrs immolés pour Dieu, un gage exprès de justice divine, consigné dans Y Apocalypse (vi, 10). Le sang de ces victimes crie plus puissamment vers le ciel2.

Quoi qu'il en soit, le texte de saint Marc (n, 7), auquel Tertullien suspend cette notion générique du péché direct contre Dieu, n'a pris pour lui cette valeur qu'en vue de la présente querelle. Il l'avait cité autrefois dans le traité du baptême3, non pour assigner une limite au pouvoir de rémission qu'exerce l'Église, mais seulement pour marquer le caractère divin de l'opération baptismale. Maintenant il le cite par deux fois4, dans un tout autre esprit. On ne voit pas qu'il fasse écho à

1. De carnis resurrectione, 28, éd. Kroymann, p. 65 : « Virtus Dei... omnem sanguinem executura iudicio... Quoniam et vestrum, inquit Deus, sanguinem exquiram de omnibus bestiis et de manu hominis et de manu fratris exquiram eum. » Ibid., 39, p. 82 : « De resurrectione mortuorum apud Moysen scriptum commemorans, corporalem eam norat, in qua se. sanguis hominis exquiri habebit. » Cf. De spectaculis, 19. — Lactaxce paraît bien être dans la même ligne de pensée quand il écrit, Divin. Inst., VI, 20, PL., VI, 708 A : « In hoc Dei praecepto nullam prorsus exceptionem fieri oportet, quin occidere hominem sit semper nefas, quem Deus sanctum animal esse voluit. »

2. De carnis resurrectione, 25, p. 61, 4 sqq. : « Etiam in Apocalypsi ordo temporum sternitur, quem martyrum quoque animae sub altari ultionem et iudicium flagitantes sustinere didicerunt... » De anima, 8. 9. 55. Scorpiace, 12, éd. Oehler, 1. 1, p. 529 : « Sed et intérim sub altari martyrum animae placidum quiescunt et fiducia ultionis patientiam pascunt et indutae stolis candidam claritatis usurpant, donec et alii consortium eorum gloriae impleant. » De oratione, 5, ibid., p. 560 : « Clamant ad Dominum invidia animae martyrum sub altari : Quonam usque non ulcisceris, Domine, sanguinem nostrum de incolis terrae? Nam utique ultio illorum a saeculi fine dirigitur. »

3. De baptismo, 10 : « Sed neque peccatum dimittit neque Spiritum indulget nisi Deus solus. »

4. Pud., 3, 3 : « Quantum autem ad nos, qui solum Dominum meminimus delicta concedere, et utique mortalia, non frustra agetur fpaenitentia). » — 21, 2.

TEKTULLIKX, DE PUDICITIA. 2LI

une tradition antérieure. La notion evangélique du blasphème contre le Saint-Esprit, et d'autres notions voisines de celle-là, devaient souvent inspirer des considérations analogues. Mais, autant que nous pouvons voir, Tertullien inaugure pour les besoins de sa cause cette conception du péché direct contre Dieu, renfermant les trois espèces, idolâtrie, impudicité, homicide.

3° — La doctrine de la rémission directe par Dieu.

L'idée de réconciliation ecclésiastique, formulée en ternies très clairs, circule à travers tout le traité De pudicitia, et la réconciliation refusée par Tertullien à certains pécheurs est non pas uniquement, mais premièrement, la réconciliation ecclésiastique. Un fait si évident ne peut guère être nié. On ne conteste guère davantage que, selon la doctrine discutée par Tertullien, la paix de l'Église était le signe normal de la paix accordée par Dieu. Nous ne perdrons pas de temps à établir des vérités si certaines. Mais pour les faire toucher du doigt, il ne sera pas inutile de dresser des listes d'exemples, qui montreront le vocabulaire de Tertullien intimement pénétré de ces idées.

Et nous croyons avoir désormais le droit de recueillir la lumière qui en rejaillit sur le De paenitentia. Aussi longtemps que nous analysions ce premier traité, nous nous sommes, à dessein, interdit toute anticipation et tout recours au lexique du De pudicitia, afin de soustraire plus sûrement notre exégèse à toute influence perturbatrice. Mais après avoir appliqué cette méthode en toute rigueur, il nous sera bien permis de constater que le second traité apporte aux conclusions déduites du premier une confirmation très notable. Cela n'est pas surprenant. Il serait bien plus surprenant qu'en l'espace de vingt années la langue théologique de Tertullien eût mué au point d'attribuer une valeur nouvelle aux termes principaux du vocabulaire pénitentiel.

Voici les exemples que nous avons recueillis pour quelques- -uns de ces termes.

Absolvere.

Pud., 13, 4 : Quid hic de fornicatore, quid de paierai tori contaminatore. quid de Christiano ethnicorum impudentiam supergresso intellegitur, cum perinde utique speciali venia absolvisset quem speciali ira damnasset ?

14, 27 : Paulum... tantae levitalis inficeres ut aut damnaveril temere quem mox esset absoluturus aut temere absolvent quem non temere damnasset, ob solam licet fornicationem simplicis impudicitiae, nedum ob incestas nuptias.

21, 12 : (Petrus) et Ananiam vinxit vinculo mortis et debilem pedibus absolvit vitio valetudinis.

22, 6 : Si propterea Christus in martyre est ut moechos et fornicatores martyr absolvat, occulta cordis edicat, ut ita delicta concédât, et Christus est.

Reconciliatio.

Pud., 8, 4 : Licet et christiano (iudaicus populus) reconciliationem Dei Patris invideat.

16, 17 : (Paulus) divortium prohibens pro eo aut viduitatis perseverantiam aut reconciliationem pacis dominico praecepto adversus moechiam procurât.

Resiitutus, Restitutio.

Pud., 6, 8 : Dabis ergo et idololatrae et omni apostatae veniani, quia et populum ipsum totiens reum istorum, totiens invenimus rétro restitutum.

7, 1 : Procédant ipsae picturae calicum vestrorum, si vel in illis perlucebit interpretatio pecudis illius, utrumne Christiano an ethnico peccatori de restitutione conliniet. — 3 : Dominus pecudis perditae restitutionem cum figurasset, cui alii configurasse credendum est quam ethnico perdito ?. . . — 12 : Si iam in Christianum peccatorem defingerentur post fidem perditam, et de iterata amissione eorum et restitutione tractaretur. — 13 : Condico Christianum iam peccatorem in parabola utraque portendi, non tamen ideo eum adfirmandum qui de facinore moechiae et fornicationis restitui per paenitentiam possit. — 17 : Quo ore mortuum restitues in gregem ex parabolae eius auctoritate quae non mortuum pecus revocat?

8, 9 : Christianum enim de restitutione Iudaei gaudere et non dolere conveniet.

9, 19 : Iudaeus ad primam statim vocationem Christiani gémit, non ad secundam restitutionem : illa enim etiam ethnicis relucet, haec vero, quae in Ecclesiis agitur, ne Iudaeis quidem nota est. — 21 : (Martyrium) solum omni substantia prodacta restituere filium poterit.

15, 6 : Quomodo discernis quae supra incesti restitutione iunxistiy

19, 6 : Si certus es mulierem illam post fidem vivam in haeresin

postea exspirasse, ut non quasi haereticae sed quasi fideli peccatrici

TERTULUEN, DE PUDICITIA. 213

veniam ex paenitentia vindicet, sane agat paenitentiam, sed in flnem moechiae, non tainen et restitutionem consecutura.

20. 1 : Disciplina igitur Apostolorum proprie quideni instruit ac déterminât principaliter sanctitatis omnis erga templum Dei antistitera

et ubique de Eeclesia eradicantem onine saerilegium pudicitiae sine ulla restitutionis mentione.

Nous laissons de côté 18, 12. comme étranger à la question; car on n'y trouve pas l'expression restituere peccatorem, mais l'expression restituera communicationcm peccatori. équivalente comme sens, différente grammaticalement. Cf. sup., p. 161.)

Il convient d'attirer particulièrement l'attention sur 9, 19, exemple iutéressant par la double application du mot restitutio au baptême et à la seconde pénitence, ainsi que par la comparaison instituée entre les deux : la restitutio baptismale trappe les regards des infidèles eux-mêmes; la seconde restitutio est le secret des Églises et reste ignorée au dehors : in Ecclesiis agitur. Ce mot marque assez clairement que la réconciliation ecclésiastique était connue dans les Églises en tant que complément de l'exomologèse.

On pourrait étudier pareillement l'emploi du mot pax : 1, 21; 2, i; 3, 3.4.5; 12, 11; 15, 2; 22, 2.11; celui du mot indulgere : 1, 16.18.19; 6, 8.11.18; 12, 7; 13, 8; 14, 25; 16, 14.23; 21, 3.6.15; celui du mot venia, etc. Il suffit de jeter les yeux sur ces listes d'exemples pour se convaincre que, dans ce traité, l'idée de réconciliation ecclésiastique est partout au premier plan. Si parfois elle est opposée au pardon divin antithèse particulièrement marquée 3, 3-6)1,on n'en comprend que mieux l'évolution accomplie par Tertullien, dissociant, sous l'influence de l'esprit montaniste, deux idées jusque-là indissolublement liées dans la pensée des Églises-.

Ces expressions ont donc dans le De pudicitia une valeur on ne peut plus ecclésiastique. Il parait difficile de ne pas

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