‹ L'édit de CallisteChapitre 123 sur 252 · Nom., xiv · texte numérisé non relu

Nom., xiv

2. Tertullien, De ieiunio, 15 : « Tu qui es, qui alienum servum iudicas':' »

3. Tertillien. De pudicitia, 2 : « Tu qui es, ut servum indices alienum ï >

i. Nous ne pouvons qu'effleurer ici un sujet qui demanderait de vîntes développements. On trouvera quelques indications dans notre Théologie de saint Hippolyte, p. 37-70. Voir aussi .1. B. de Rossi, l.snme archcologico e critico délia storia di S. Calliato narrata nel libro nono dei Filosofumeni, dans Bullettino di arc/ieologia cristiarm, t. IV. 1866, p. 1-14 ; l7-:;:>; Doellingbh, Hippolytua und Kallistus, p. 115-196.

22i LEDIT DE CALLISTE.

rôle en flétrissant l'Église comme se recrutant du rebut de toutes les sectes; si, comme il nous l'assure, l'Église accueillait particulièrement les transfuges du schisme, on ne doit pas s'étonner que l'auteur du schisme en ait su mauvais gré à l'Église, ni qu'il ait flétri les transfuges.

La loi canonique excluant de l'exercice de leur ordre les évêques, prêtres ou diacres, convaincus des fautes les plus graves, était en pleine vigueur; elle demeura en vigueur longtemps après Calliste ; on ne peut en aucune façon croire que celui-ci l'ait purement et simplement abrogée. Néanmoins Tertullien signale dans le même temps quelques scandales qui se seraient produits alors dans les rangs du haut clergé catholique, sans être toujours réprimés par la déposition des coupables1. Ces affirmations, auxquelles vient s'ajouter le témoignage assez énigmatique d'une décrétale pseudo-isidorienne2, donnent à penser que la jurisprudence de l'Église usa alors d'indulgence dans l'appréciation de quelques cas particuliers. Mais la loi générale fut sûrement maintenue3.

D'autre part, voici qui fait réellement honneur au grand sens et au grand cœur de Calliste. Si des matrones de haut parage, prisonnières de leur rang et de leur fortune, don-

1. Tertullien, De exhortatione castitatis, 1 : « Quosdam memini digamos loco deiectos. » Mais De monogamia, 12 : « Prospiciebat Spiritus sanctus dicturos quosdam : Omnia licent episcopis, sicut ille vester Utinensis nec Scantiniam timuit. Quot enim et digami praesident apud vos?... » — La loi Scantinia, à laquelle il vient d'être fait allusion, châtiait les pédérastes.

2. Décrétâtes Pseudoisidorianae, Ep. CalLrti n, 20, éd. Hinschils, p. 142 : « Errant enim qui putant sacerdotes postlapsum, si eondignam egerint paenitentiam, Domino ministrare non posse et suis honoribus frui. si bonam deinceps vitam duxerint et suum sacerdotium digne custodierint. Et ipsi qui hoc putant non solum errant, sed etiam contra traditas aecclaesiae claves dissipare et agere videntur, de quibus dictum est : Quecumque solveritis super terram erunt soluta et in caelo, alioquin haec sententia aut Domini non est aut vera. Nos vero indubitanter tam Domini sacerdotes quam reliquos fidèles, post dignam satisfactionem posse redire ad honores credimus... »

3. Hippolyte nous dit d'ailleurs que le pape Zéphyrin avait fait choix de Calliste pour l'aider dans l'organisation du clergé. Philos., IX, 12, éd. Crvice, p. 441, 4 : suvapijxevov ocjtov ayîov -co: ttjv xaréaraaiv rou

il: rBMOIGNAGB DB SAINT BIPPOLYTE. 2l~>

n lirai satisfaction à leur conscience de chrétiennes en contractant avec des hommes «le rang- inférieur i\<-* unions que la loi romaine persistait à ignorer mais que l'Église osa consacrer, Le fait ne constitue pas un attentat aux bonnes mœurs; bien plutôt dénote-t-il une hauteur de vues très rare, chez le pontife capable <le rompre hardiment avec un préjugé t\ mimique, et de faire plier Les sénatusconsultcs de Marc Aurèle et de Commode1 devant la liberté de l'Évangile.

Cependant il parait que ces unions douteusenient assorties tournaient mal, facilement. Plutôt que d'avouer devant le inonde une mésalliance, ces femmes, devenues mères, supprimaient l'enfant. Le fait, se fût-il produit plus d'une fois, ue suffirait pas à incriminer la prudence du législateur, obligé le se conduire d'après l'intérêt général, sans se laisser arrêter par les inconvénients possibles. Hippolyte n'en flétrit pas moins l'encouragement donné de ce chef à l'homicide en même temps qu'au concubinage : [wi^eiav %cà ipôvov sv tw aù-rtS l:zy.r/.wt . L'accusation de concubinage tombe à faux; celle d'homicide prouve au moins que Calliste était capable de passer outre au défi de Tertullien qui, dans le De pudicitia, présentait comme inacceptable l'hypothèse d'un pard«>u donné à ce crime.

Des trois péchés dits irrémissibles, deux au moins furent, dans certains cas. remis par Calliste : Tertullien témoigne expressément pour l'impudicité, Hippolyte pour l'homicide. Il n'est pis sûr que l'apostasie du christianisme ait eu part au

ne traitement: cependant l'hypothèse demeure ouverte, les apostats pouvant fort bien trouver place entre ces revenants de diverses sectes auxquels Hippolyte assure que Calliste fit bon accueil.

En quoi consistait précisément le second àapiéme, inauguré, au dire d'Hippolyte, par des gens du parti de Calliste? Nous sommes fort en peine de le dire. On ne peut guère s'arrêter à 1 hypothèse d'une réitération du baptême d'eau, au vu et au -ii d<- ! Église romaine, car trente-cinq ans plus tard le pape saint Ktiennc, lors de la controverse baptismale, affirmera

l. Cf. lu-.. I. ix, s; XXIII, i, 16; h, 16. 12. ','.. '.7; XXIV, i, 3. i.ï.rni DE CALl 15

solennellement qu'une telle pratique fut toujours étrangère à son Église1. Plusieurs historiens2 ont émis, indépendamment les uns des autres, l'hypothèse que cette expression mystérieuse désigne simplement la seconde pénitence, considérée par les catholiques comme un second baptême, parce qu'elle restaure l'effet du premier ; et cette solution peut paraître d'autant plus acceptable que, l'instant d'après, Hippolyte passe à la secte des Elchasaïtes, qu'il accuse d'administrer un second baptême pour la rémission des péchés : il est donc permis de croire qu'il a voulu compromettre les Gallistiens en compagnie de ces sectaires obscurs, et que l'expression second baptême n'est qu'une perfidie oratoire enveloppant ce dessein malveillant.

Quoi qu'il en soit, Hippolyte témoigne en finissant que l'Église catholique garde les usages et la tradition de Calliste. Nous sommes donc en droit déjuger l'œuvre de Calliste par ce que nous connaissons de l'Église sous ses successeurs immédiats.

De Rossi a conclu sa magistrale étude, sur l'histoire de Calliste d'après les Philosophumena, en admettant qu'an certain adoucissement de la discipline, dans des cas déterminés, se produisit sous le pontificat de Calliste; et que ses ennemis lui surent sans doute moins mauvais gré de ces innovations très discrètes sur le terrain de la discipline, que

1. Chez saint Cypriex, Ep., lxxiv, 1. — D'après M. Ernst. ZSKT., t. XXIX, 1905, p. 265-274, Hippolyte aurait été au contraire un tenant de la réitération du baptême reçu dans l'hérésie, et ce qu'il reprocherait au parti de Calliste, ce serait d'avoir admis, sur le même pied que le baptême de l'Église, un autre baptême, qui n'était pas le baptême chrétien. Il aurait donc, sur ce point comme sur d'autres, devancé de trente ans la secte novatienne. La solution est très ingénieuse, et certains textes de saint Cyprien la recommanderaient. Voir notamment Ep., lxxi, 1, p. 772, 5. Néanmoins on éprouve quelque difficulté à la concilier, soit avec le texte d'Hippolyte, qui dénonce un attentat nouveau : iizi toiStou repoS-ctoç T£cdX|i.Y)Tat osû-spov aùioïç $&r.-us\j.x, soit avec la parole du pape Etienne, qui déclare s'en tenir à la tradition. Puis, on n'a aucun indice de la pénétration des milieux romains par la thèse anabaptiste.

2. De Rossi, Bullettino, 1866, p. 30; Bexson, Cyprian, his life, his times, his work, p. 336, Londres, 1897; d'Alès, Théologie de saint Hippolyte, p. 63-64.

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