‹ L'édit de CallisteChapitre 129 sur 252 · Pud · texte numérisé non relu

Pud

sexuelle, toi qui sur la corde mince d'une telle discipline, hors du chemin de la vérité, t'avances d'un pas hésitant, balançant l'esprit par la chair, contenant l'âme par la foi, réprimant le regard par la crainte, qu'as-tu besoin de tant surveiller sa démarche? Va donc, si tu peux, 'si tu veux, puisque tu es si rassuré, comme en terrain ferme : si quelque vacillation de la chair, quelque entraînement de l'âme, quelque saillie du regard, te fait perdre l'équilibre, Dieu est bon. « C'est aux siens, non aux Gentils, qu'il ouvre ses bras ; une seconde pénitence t'accueillera; tu redeviendras, d'adultère, chrétien. » Voilà comme tu me parles, interprète très bénin de Dieu.

Ce rôle d'équilibriste devait se manifester particulièrement dans la différence du traitement que — selon Tertullien — Calliste appliquerait aux trois péchés irrémissibles.

La décision de Calliste ne mentionnait que les péchés d'impudicité — sans doute parce que c'étaient les seuls au sujet desquels la question venait de se poser. Normalement, c'étaient, des trois péchés réservés, ceux dont l'Église devait avoir le plus souvent à se préoccuper. La portée restreinte de l'acte pontifical n'a donc par elle-même rien de très surprenant. Tertullien s'en autorise pour stigmatiser l'inconséquence du pontife. Il pose en fait que l'Église n'osera jamais offrir ses pardons aux péchés d'idolâtrie et d'homicide et s'indigne, comme d'un passe-droit, de l'exception faite en faveur des péchés d'impudicité. Comment expliquer ce langage? Tertullien voulait-il achever de compromettre son adver^ saire en lui arrachant une déclaration d'indulgence illimitée? ou au contraire se prévaloir de son silence comme d'une adhésion tacite à une partie de la doctrine montaniste? Les deux hypothèses demeurent ouvertes; et le dilemme où Calliste se voyait enfermé, pouvait lui créer une situation délicate. Toujours est-il que les paroles de Tertullien ne trahissent aucune hésitation. Si nous étions réduits à la lecture du seul traité De jmdicitia, nous serions portés à croire que la donnée sur laquelle il table avec tant d'assurance ne faisait doute pour personne, et que jamais l'Église n'avait absous l'idolâtrie ni l'homicide. Mais nous n'en sommes pas réduits là. En outre du traité De pudicitia, il y a des faits nombreux que l'on peut glaner dans les documents du 11e siècle et qui ne permettent pas de croire que cette rigueur ait jamais été

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dans- l'Église une loi universelle. Il y a de plus le langage très significatif d'Hippolyte qui, de nouvea'u, donne la réplique à Tertullien. et nous montre, réalisé dans l'histoire du même pape Calliste. ce que Tertullien avait déclaré irréalisable : l'homicide, sinon l'apostat, absous comme l'impudique. Loin de signaler dans l'attitude de Calliste l'inconséquence dont Tertullien prenait ombrage, il le montre poussant jusqu'au bout la logique du laxisme, et c'est à cette fin qu'il détaille toutes les faiblesses de son pontificat. Antérieurement, et pour nous en tenir à la tradition romaine, il y a le livre déjà ancien d'Hermas, dont les déclarations sont aussi explicites que possible au sujet du pardon offert à toute sorte de péchés et nommément à l'apostasie. Le Pasteur montre beaucoup d'apostats désespérés, mais désespérés par le fait de leur endurcissement volontaire, non par le seul fait de leur apostasie. Aux autres, à tous les autres, la voie du salut demeure ouverte. Impossible de résister à des textes aussi formels. Dans ces conditions, il fallait beaucoup d'audace pour affirmer rondement le caractère irrémissible des péchés d'idolâtrie et d'homicide.

Tertuilien l'affirme pourtant, et, afin d'appuyer son dire, fait appel à la pratique des Églises, qu'il rattache expressément au précepte apostolique1. De quelles Églises parle-t-il? Des Églises de la communion catholique ou de celles de la communion montaniste? Ce point méritait d'être éclairci. Tout à l'heure, pour décliner l'autorité du Pasteur en tant qu'Écriture canonique, il faisait appel au sentiment commun des Églises, en spécifiant qu'il entendait même celles de la communion catholique ' : ab omni concilio Ecclesiarum, etiam vestrarum. Cette fois l'expression est beaucoup plus vague : ab Ecclesiis. N'est-ce pas la meilleure preuve que Tertullien ne se sentait pas sur un terrain aussi sûr et ne pouvait prétendre invoquer l'unanimité des Églises, quant au point capital de la thèse? A dessein il laisse planer une incertitude sur cette question, où il ne peut se flatter d'écraser ! adversaire sous l'autorité des Églises de sa communion.

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