I. Pud. 12. 11. — 2. l'ud
Cette parole ne peut nullement être considérée comme une preuve que, vers l'an 220, l'Église universelle refusait l'absolution à l'idolâtre et à l'homicide.
Mais alors, nous mettons en doute la véracité du polémiste? Avant de nous inviter à jurer sur sa parole, que l'on veuille bien relire le De pudicitia. Il faudrait ne guère connaître cet homme irascible et cet avocat pour accepter sans contrôle toutes les assertions d'un écrit si passionné; d'ailleurs les faits ne sont pas à chercher bien loin qui donnent une assez fâcheuse idée de sa délicatesse l. On n'a pas oublié ces expédients d'exégète aux abois qui, dans ce même traité De pudicitia, lui servent à éluder la force des textes scripturaires que les catholiques pouvaient lui opposer en les appuyant de ses propres interprétations; combien d'inexactitudes matérielles — on hésite à dire des faux — il accumule pour se tirer de ce mauvais pas. Trop souvent ailleurs, dans ses écrits montanistes, la passion l'égaré jusqu'à lui faire perdre, non seulement tout sang-froid, mais toute mesure et toute équité. Sans insister sur la discussion des péchés irrémissibles, où nous avons rencontré plus d'un trait inquiétant pour sa probité littéraire, rappelons ses autres palinodies dans la question de l'agape chrétienne, qu'il exaltait dans Y Apologeticum en termes d'une si pure élévation et qu'il raille dans le De ieiunio avec une grossièreté surprenante2; dans la question de l'intercession des confesseurs, qu'il admettait sans arrièrepensée dans Y Ad martyras et qu'il tourne dans le De pudicitia en sarcasme contre Calliste3; à l'égard d'Hermas, traité si différemment à quelques années de distance. Il serait cruel d'accumuler les exemples : on prouverait trop facilement, d'abord que Tertullien eut toujours un tempérament excessif, et puis que, dans sa dernière période, la sincérité n'est pas le caractère dominant de sa polémique. Voilà de quoi inspirer bien des doutes sur la portée de cette affirma-
1. Voir sur ce point Noël Alexandre, Ilist. eccl., t. VII, p. 182 sqq., Naples, 1740; Stufleu, ZSKT., 1908, p. 36 sqq.