‹ L'édit de CallisteChapitre 14 sur 252 · Saint Epiphane, Haeres., lix, 2, PC, XLI · texte numérisé non relu

Saint Epiphane, Haeres., lix, 2, PC, XLI

4. Saint Jean Chrysostome, In Hebr., Hom., ix, 2. 3, PC, LXIII, col. 78-80; Hom., xx, 1, ibid., 143; Hom., xxxi, 2, ibid., 214-215.

5. Saint Jérôme, Adv. lovinianum, n, 3, PL., XXIII, 286 AB: « Ita locutus sum, inquit Apostolus, ut vos a peccatis retraherem et desperationis metu facerem cautiores. Ceterum confido de vobis, dilectissimi, meliora et vieiniora saluti. Neque enim iustitiae Dei est ut obliviscatur bonorum operum et ministerii quod propter nomen eius exhibuistis et exhibetis in sanctos,ettantum meminerit peccatorum ».

miséricorde qui étendent leurs effets, par delà le baptême, sur toute vie chrétienne vraiment pénitente1. Et le texte même qu'on objecte le plus souvent ne peut s'accommoder de la conception d'un péché qu'il suffirait de commettre une ibis pour être maudit sans retour. En efï'et, si l'on veut donner leur valeur exacte à ces participes présents, àvaotaupouvxaç, ~y.zy.li'.-;[).y.-.:.:z-i-y.z. on reconnaîtra que c'est en fonction d'une volonté actuellement mauvaise que sont formulés de si terribles anathêmes ~. C'est en tant qu'il continue de crucifier à nouveau le Fils de Dieu et de le livrer au mépris, que le pécheur se rend incapable d'être renouvelé pour la pénitence ; en renonçant à son coupable endurcissement, il rentrera dans la catégorie de ceux qui peuvent être réhabilités devant Dieu.

Quel est donc le dessein poursuivi par l'écrivain sacré? s'agit-il pour lui simplement de proposer un idéal très élevé, d'y entraîner les volontés héroïques, quitte à laisser sur la route ceux qui étaient déjà déchus de cet idéal? Pas le moins du monde. Le but poursuivi est au contraire immédiatement pratique, et pratique pour tous. L'épitre s'adresse à des chrétiens issus du judaïsme, mais exposés à faire trop peu de cas de leur baptême, et qu'il fallait affermir contre les retours offensifs de l'esprit juif3. Voilà pourquoi l'auteur fait appel à toutes les raisons les plus capables d'agir sur des

1. Voir Dotamment : n. 17; iv, 16: vi, *j - J 0 (c'est le passage commenté ci-dessus par saint Jérôme); x, 19 sqq.

2. Observation du>- à G. Barrer Stevens, The Theology of the New Testament-, p. 521, Edinburgh, 1906. Que l'on se réfère au texte, Heb.. vi, 4-6 : 'A86voc-ov yàp xohç %-y.z cpumaôévxaç yrj5a;j.Évo'jr ts t?,; Scopsaç -, : bcoupaytou xaï fASToyouç y:v7j8Év7a; DvEtSuatoç iyfou -/.al xa/.bv ysuaafjivou; WeoC p'^[J.x ôuvajj.£t: 7£ [xsXXovxoç xîûvoç, xai rtapaTreadvTaç, 7tâÀiv avaxaivi'Çsiv ûc, [-urâvoiav, avacrraupouvTaç lauTofs ~'vi Y'.h-i tou 8e<râ /.ai jtapa8EiYu.aTtÇovT&ç. — La différence temporelle entre les deux séries de participes, les uns aoristes : (pomaSéviaç ... napajisodvraç, les autres présents : àvadraupouvtx; v.y.\ -■/.p.îi'.yj.y.-.i'Çwij.:, montre bien qu'il n'y a pas de parallélisme entre elles, mais que la deuxième série surajoute une détermination éventuelle : si les chrétiens tombés persévèrent à outrager le Fils de Dieu, alors ils rendent leur chute irréparable.

3. Ceci est parfaitement exposé par M. Bernhard Wkiss, Der Hebrderbriefin zeitgeschichtlicher Beleuchtung TU., XXXV, 3), Leipzig, 1910. Voir surtout p. 29-38.

convertis du judaïsme, au contraste entre les ombres et les figures de la Loi ancienne et les réalités transcendantes de la Loi nouvelle. En regard des anciens médiateurs, prophètes ou anges, il met le souverain médiateur, Jésus-Christ. En regard du sacerdoce lévitique, il met le sacerdoce éternel du Christ. En regard du sacrifice du jour de l'expiation, le sacrifice du Calvaire. Il termine en rappelant aux lecteurs le prix de la foi et les adjurant d'y persévérer. La leçon atteint son point culminant précisément à la page qui nous occupe. Les destinataires de l'épître ont l'oreille dure (v, 11) : ïr.v. vioQpoi yeybvaze toiç àxcatç, aussi l'apôtre parlera fort. Il les pressera par le souvenir du don céleste qu'ils ont reçu au baptême, qu'ils ne peuvent recevoir une seconde fois : par le souvenir de cette Victime qui fut immolée pour eux, qui ne peut l'être une seconde fois. Il comparera leurs âmes à une terre comblée des eaux du ciel et qui ne porte qu'épines : cette terre-là est proche de la malédiction. Mais après ces leçons si fortes, il les relève par la perspective de la miséricorde. Le baptême qui les a faits chrétiens est un moment unique dans leur vie; qu'ils n'en profanent pas le don, mais s'attachent, coûte que coûte, à l'ignominie de la croix.

Tel est l'enseignement de l'épître aux Hébreux. Il répond à une situation très semblable à celle de l'épître aux Galates, et le vo)6pci ysyivaTc taïç àxoaù; fait écho à l'exclamation célèbre de saint Paul {Gai., m, i) : *Q àvôvjxot Ta\i-3.i. Il importe de ne pas perdre de vue ce but très particulier, sous peine de détourner complètement de leur sens les anathèmes proférés contre l'apostasie, mais l'apostasie persistante et irréductible. Chercher ici un appui pour la conception moderne qui représente l'Église primitive comme une phalange toujours triomphante de héros, serait une grande erreur; nous y trouvons en réalité tout autre chose : un apôtre penché sur le berceau d'une jeune chrétienté pour fortifier des néophytes et ramener au droit chemin des hommes faibles, que le baptême n'avait pas rendus impeccables.

La première épitre de saint Jean soulève des questions

assez semblables à celles soulevées par l'épître aux Hébreux. On lit à la dernière page ' :

« Si quelqu'un voit son frère commettre un péché qui ne va pas à la mort, qu'il prie, et Dieu donnera la vie à ce pécheur, dont le péché ne va pas à la mort. Il y a tel péché qui va à la mort : pour celui-là, je ne dis pas de prier. »

On ne s'étonnera pas que ce texte soit devenu un lieu commun de la polémique novatienne. Les Pères ont souvent repoussé les conclusions que l'hérésie en tirait, et tout d'abord ont rappelé qu'on lit à la première page de la même épitre2 :

« Si nous marchons dans la lumière, comme Dieu même est dans la lumière, nous avons communion entre nous, et le sang de Jésus- Christ son Fils nous purifie de tout péché. Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous trompons nous-mêmes et la vérité n'est pas en nous. Si nous avouons nos péchés, Dieu est fidèle et juste, pour pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité. Si nous disons que nous n'avons pas péché, nous le faisons menteur et sa parole n'est pas en nous. Mes petits enfants, je vous écris ceci afin que vous ne péchiez point; que si quelqu'un vient à pécher, nous avons un avocat près du Père, Jésus-Christ le juste : il est victime de propitiation pour nos péchés, et non seulement pour nos péchés, mais encore pour ceux du monde entier. »

Il n'est que juste de balancer ces déclarations l'une par l'autre, et la seconde oblige de reconnaître qu'au sentiment de l'apôtre l'intercession du Christ s'étend à toute sorte de péchés, même commis par les fidèles. Si maintenant l'on cherche à rendre compte de cette rigueur extrême qui dénie à certains pécheurs le bénéfice des prières chrétiennes, il y a lieu de faire les observations suivantes. Tout d'abord, il s'agit de péchés particulièrement graves; tellement graves que, de leur nature, ils appellent la malédiction divine et que le pécheur n'aurait pas lieu de plainte s'il était, de ce chef, rejeté non seulement par l'Église en cette vie, mais

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