MINISTÈRE ECCLÉSIASTIQUE DE LA RÉCONCILIATION
Le rôle dévolu à l'Église dans la réconciliation du pécheur résulte surtout de la compénétration intime, dans les mêmes textes, des deux idées de pardon divin et de ministère ecclésiastique. Comme ces textes sont nombreux et assez étendus, la démonstration est extrêmement forte; car on ne saurait arriver, quoi qu'où fasse, à dissocier les deux éléments, de manière à isoler l'idée d'un pardon conféré immédiatement par Dieu. Nos citations précédentes en ont déjà fourni l'expérience. Les échantillons que nous produirons maintenant ne sont nullement destinés à épuiser la preuve, mais seulement à en faire entrevoir la valeur.
La dixième homélie sur les Nombres développe longuement cette idée, que les hommes appelés saints ici-bas ne sont point pour cela exempts de péché. Leur sainteté est toute relative ; elle consiste dans une consécration effective de leur vie à Dieu, qui les préserve des fautes les plus lourdes et les établit dans un état de tendance active à la perfection et de progrès spirituel. La grande différence entre ceux qui sont appelés saints et ceux qui ne le sont pas, c'est que ces derniers ne font pas pénitence de leurs fautes, dont ils ont à peine conscience; les saints connaissent leurs fautes et recourent au pontife pour en être purifiés. Cette notion, empruntée à l'ancienne Loi, demeure sous la nouvelle1.
1. InNum. (xvim, Hom., x, 1, PC, XII, 637 B-638 A : « Idcirco ergo caute et significanter sermo Legis désignât quia pontifices et sacerdotes non quorumcumque sed sanctorum tantummodo sumant peccata : sanctus enim est qui percatum suum per pontificem curât. » Cf. In Ps., xxxvn, Nom., i, 1, PO., XII, 1369 C-1372 C.
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La huitième homélie sur Je Lévitique spécifie que même les péchés capitaux des fidèles, ces péchés que Ion appelle proprement péchés contre Dieu, peuvent être remis par L'intervention de L'Église, à qui le pécheur en fera l'aveu1.
La deuxième homélie sur les Juges rappelle le châtiment de ces Israélites qui, pour avoir honoré Baal et Astarté, lurent livrés par le Seigneur aux mains de leurs ennemis; Origène, appliquant cet enseignement aux chrétiens, ajoute2 :
N us, pour qui ces choses ont été écrites, nous devons savoir que si nous pillions contre le Seigneur, si nous suivons l'attrait de notre âme et adorons les passions de notre chair comme Dieu, nous sommes livrés nous aussi et abandonnés par l'autorité apostolique aux mains du diable. Ecoutez l'Apôtre lui-même disant il Cor., v, 5i : J'ai livré cet homme à Satan pour la mort de la chair, afin que l'esprit soi; sauvé. Vous voyez donc que Dieu a livré les coupables aux mains de leurs ennemis par ses apôtres; mais encore, par ceux qui sont à la tête des Eglises et ont le pouvoir non seulement de délier mais de lier, les pécheurs sont livrés à la mort de la chair, lorsque pour leurs péchés ils sont séparés du corps du Christ.
Poursuivant son développement, l'exégète montre que cet abandon à Satan peut se faire de deux manières : visiblement par le ministère de l'Église, et invisiblement par Dieu, qui livre à Satan le pécheur secret. D'ailleurs cet abandon, accompli par le ministère de l'Église, n'est pas définitif, selon le dessein de Dieu, qui veut l'amendement et la réconciliation • lu pécheur. C'est l'idée développée dans ce fragment sur Jérémie3 :
Jérusalem, comme on l'a dit souvent, représente l'Eglise, cité de Dieu, construite de pierres précieuses; le pécheur en est chassé et livré a Nabuchodonosor, à Sal Paul dit de l'incestueux (I Cor.,
v, 5i qu'il a livré cet homme à la mort de la chair, afin (/ne l'esprit s >it sauvé, et dans la première épître à Timolhée, il dit des blasphémateurs (I Tim., i, 20 : Je les ai ^atan. afin qu'ils apprennent
1 In l.ev. ixiiii, Nom., vin. 10. !'<',.. XII. 502 B : « Vult ergO lex divina peccatorem non solum vestimenta non assuere, sed et caput n 'n contegere : ut, si quod est capitis delictum, i. e. si in Deum aliquid commissum est, si in fide peccatum est. ne aaec quidem habeantur obtecta, sed omnibus publicentur. ut interventu et correptione omnium emendetur et veniam mereatur. »