In Ezech. (xiv, 8), Hom., m, 8. PC, XfTf, 694-0-693 A
fait des choses dairmables, il mérite d'être retranché du peuple de Dieu, déraciné, livré à Satan. Et dans la vie présente on peut, si l'on sort du peuple de Dieu, y rentrer par la pénitence ; mais une fois déraciné de ce peuple dont nous lisons dans une parabole [Mt., xxn) qu'un homme vint prendre place sans avoir la robe nuptiale, et que le père de famille lui dit : Mon ami, comment étes-vous entré sans avoir la robe nuptiale? sur quoi il commanda à ses serviteurs de lui lier les pieds et les mains et de le jeter dans les ténèbres extérieures, — il est bien difficile de revenir à sa première place.
Impossible de méconnaître le sens de cette page : c'est bien de la réhabilitation, dès cette vie, du pécheur livré à Satan, qu'il est ici question. Donc, sans préjudice de cette restitution finale, qu'Origène se prend quelquefois à rêver et dont la réalisation échappe au cadre de la vie présente, il admet ici-bas une réhabilitation, laborieuse sans doute, mais toujours ouverte à la pénitence.
La réhabilitation dès cette vie, pour l'impudique consumé par la douleur de sa faute, est notamment dans la perspective d'une homélie sur le vingtième chapitre de Jérémie, où nous trouvons cette peinture saisissante ] :
Qui mérite de concevoir dès maintenant ce feu [de la pénitence] en son cœur? Pour qu'il ne le conçoive pas en vain, je vais vous montrer qui a ce feu dans son cœur. Représentez-vous deux pécheurs, coupables du même péché, l'infecte et impure fornication, et de ces deux pécheurs, l'un sans regret, sans douleur, sans remords, semblable à cette femme impudique dont le livre des Proverbes (xxx, 20) dit qu'après s'être lavée elle déclare n'avoir rien fait de mal; l'autre, après sa chute, incapable de la dissimuler, châtié dans sa conscience, torturé dans son cœur, ne pouvant ni manger ni boire, jeûnant non par choix, mais par la douleur cuisante de son repentir. Représentez-vous cet homme, tout le long du jour, sombre, abattu, agité, rugissant dans le gémissement de son cœur, ayant devant les yeux son péché qui l'accuse constamment. Voyez-le châtié, non pas un jour ni une nuit, mais longtemps. Qui des deux préférez -vous? Qui des deux vous semble pouvoir compter sur Dieu? Celui qui. ayant péché, ne s'en soucie plus et en prend son parti, parce qu'il s'est donné sans retour au vice? ou celui qui, après une seule faute, se dérobe et gémit? Assurément, celui-ci peut avoir meilleure confiance, car plus il est brûlé par le feu de la douleur, plus il obtient miséricorde. Le temps du châtiment lui est mesuré : c'est le temps même de la douleur qu'il ressent après son péché. Le
1. In Ierem. (xx, 9), Hom., xx, 9, Klostermanx, p. 191-192; xix, 9, PC, XIII. 521.
ORIGEKB et les péchés IRRÉMISSIBLES. 271
temps de ce châtiment qu'il subit ici-bas, lui est utile : c'est pourquoi I tien ;i fait en sorte de le châtier; et quand la douleur a rempli son œuvre, quand Dieu voit la mesure comble, il dit : Affermissez sur lui la charité.
Kupwraxe s;.r y.'j-.T) xyi-r^. C'est le mot de saint Paul (II Cor., u, 8), qu'Origène l'apporte à l'incestueux de Corinthe. Nous l'avons déjà rencontré dans une de ces homélies sur les Psaumes xxxvi et xxxvii, qui nous montrent fréquemment les hommes constitués par Dieu ministres du châtiment et guides de la pénitence. Il faut revenir à cette même homélie, pour y voir le ministère du prêtre caractérisé comme le ministère du Pasteur dans le livre d'Hermas. Voici en quels termes Origène prend position à l'égard de ce livre discuté ' :
Tous les évêques, les prêtres, les diacres, nous instruisent; pour nous instruire, ils emploient des réprimandes et des paroles dures. Tantôt nous sommes instruits par des gouverneurs et des tuteurs, ce sont les anges chargés de la conduite et du gouvernement de nos .'mus, tel cet ange de la pénitence, préposé au châtiment, dont parle le Pasteur — à supposer qu'on reçoive ce livre (parmi les Ecritures)...
Tantôt le père de famille lui-même prend en main le châtiment du pécheur, quand la mesure des péchés est comble.
Si l'on veut absolument qu'Origène ait fait front avec Tertullien et Hippolyte contre Calliste, du moins ne saurait-on contester qu'il garda une autonomie très complète et ne se lit pas faute de donner à l'un et à l'autre des démentis éclatants sur le terrain de l'exégèse scripturaire. Nous l'avons vu admettre, contrairement à la thèse du De pudicitia, que l'incestueux de Corinthe fut réconcilié par saint Paul. Nous venons de le voir souscrire aux thèses cautionnées par Hermas et, contrairement au De pudicitia, laisser au moins en suspens la question de la canonicité du Pasteur. Il serait d'ailleurs piquant de prendre une à une les nouveautés exégétiques du De pudicitia ; il en est peu dont on ne puisse montrer la contradictoire chez Origène. L'expérience pourrait se répéter sur les Philosophwncna. On sait qu'Hippolyte reprochait à Calliste 2 de se retrancher derrière ce mot de