‹ L'édit de CallisteChapitre 153 sur 252 · In Ps.; xxxyii, Hom., n, 6, PG., XII · texte numérisé non relu

In Ps.; xxxyii, Hom., n, 6, PG., XII

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telle nature qu'il y ; • ï t lieu de l'exposer et de le traiter devant toute l'Eglise, pour l'édification du prochain et votre propre soulagement. ( ir cela demande mûre réflexion et les lumières d'un habile praticien...

Ce médecin prudent et expérimenté n'est évidemment pas le premier venu, mais un professionnel de la thérapeutique spirituelle, dûment patenté par l'Église. Et Ton voit que dès lors, dans les milieux où parlait Origène, l'évêque n'avait plus le monopole des soins à donner aux âmes, puisque colles-ci ont le choix entre plusieurs médecins1.

Le commentaire sur saint Matthieu explique2 la différence du traitement dû aux fautes les plus graves, par lesquelles le pécheur est, de plein droit, exclu de la communion chrétienne, et aux fautes plus légères, qui donnent lieu à des avertissements réitérés. Dans le traitement des unes comme des autres, l'Église intervient, soit pour retrancher le membre corrompu, soit pour appuyer l'admonestation fraternelle. L'exégète se préoccupe d'éviter les écueils opposés du laxisme et du rigorisme. D'une part, il maintient qu'il y a des cas où l'Église hiérarchique se doit à elle-même de sévir; d'autre part, il ne veut pas qu'elle engage son autorité en des questions secondaires.

Si votre frère a péché contre vous, allez, reprenez-le entre vous et lui seul. Tel qui s'attache à cette parole, en considérant l'incomparable charité de Jésus, dira que, le texte ne mettant pas de différence entre les péchés, c'est faire à la bonté de Jésus une injure gratuite que de sous-entendre que cela s'applique seulement aux moindres péchés. Tel autre, qui s'attache également à cette parole, sans rien sous-entendre de tel et sans vouloir que cela s'applique à tous les péchés, dira que celui qui tombe dans ces grands péchés n'est pas un frère, encore qu'on lui donne parfois ce nom, comme fait l'Apôtre

1. Voir encore In Luc, Hom., x\n. PC, XIII. 1846 A : « Si... revelaverimus peccata nostra non solum Deo, sed et lus qui possunt mederi vulneribus nostris atque peccatis, delebuntur peccata nostra ■ il. eo ».

2. In Matt. (xvin, 15-17), t. XIII, 30, PC, XIII, 1173-1177. — Une doctrine semblable est développée In Ezech. (xiv, 8), Hom., m, s. /'(r.. XIII, 694 C-695 A. Celui-là mérite d'être retranché du peuple «le Dieu, qui se montre rebelle à toute correction : Si non obed'wrii sermonibus commonitionù, sed in delicto perseveraverit. Mais le commentaire sur saint Matthieu présente plus de nuances.

il Cor., v, 11 i : Si quelqu'un de ceux qui sont appelés frères est impudique, ou avare, ou idolâtre, etc., ne mangez même pas avec lui. Car un idolâtre, un impudique, un avare, n'est pas un frère; si avec quelqu'un de ces vices il porte le nom du Christ et se fait appeler frère, au fond il n'en a pas le droit. Le premier, en considération de l'éminente bonté du Christ, a encouragé la perversion ' en affirmant que cette parole d'indulgence s'applique à toute sorte de péchés, y compris le meurtre, l'empoisonnement, l'infanticide, ou autres crimes semblables; l'autre, au contraire, par sa distinction entre le vrai frère et le soi-disant frère, pourrait donner lieu de tenir pour païen et publicain celui qui ne se serait pas converti après avertissement, même pour les moindres des fautes humaines, pour des fautes non mortelles, comme parle le livre des Nombres (xvm, 22). Or ceci paraît bien dur : car sans doute on trouverait difficilement un homme qui n'ait jamais encouru trois réprimandes pour le même genre de faute, soit injure à l'égard du prochain, comme en arrache la colère, soit excès de boire, soit mensonge ou parole oiseuse ou autres fautes communes. Vous demanderez si quelque observation n'a pas échappé à ce propos, soit à ceux qui en considération de la bonté du Christ donnent le pardon même aux grands pécheurs, soit à ceux qui, même pour des fautes légères, voudraient voir traiter le coupable comme païen et publicain et qui, après trois peccadilles,

1. "Qçnzp oùv cpavxaafa -ou £iç u;:sp6oX7]v Xpiaxou ijîiTpiSîjç atpoppt.àç nap£ty£v 6 èjù -avxô; a;j.apt7)|xaToç XÉytuv xi xoiauxa EtpïjaOai... — La traduction bénédictine a complètement erré sur le sens de ce passage. Elle porte : Quemadmodum igitur qui talia de omni peccato dicta esse pronuntiat, occasionem pracbuit cur summam Christi patientiam et procrastinationem animo comprehenderemus . Et Huet n'a pas mieux rencontré dans sa note ainsi conçue : Loco xou, lege xrjç. 'ErirpiS^ç autem, si modo locus sanus est, usurpatum puto pro ota-pi6^ç, quamquam nullo auctore. Qui meliora proferet, magnam a me inibit gratiam. En réalité, lr:tTpi6r[ est une expression chère à Origène, pour désigner l'abus criminel de la miséricorde divine. Voir notamment Wiy. 'ApxSv, III, 1, 11, éd. Koetschau, p. 213, 5-8, ou PC, XL 268 B : IïoXX<£xt? tôjv ypïjaiêjv Sei-ox&v çaax6vxwv tou Sià xrjv yp^axoT^xa xoù u.axpo9up.îav î^ixptoopLÉvotç ouéxaiç xô- èyco az novqpbv È^oirjaa, /.ai èyoi aot alxioç yÉyova xiov xt-jÀizoôxwv àjj.apxri[j.dtxwv, — et In Ierem.. Nom., xn, 5, éd. Kloster- MANN, p. 92, OU PC, XIII, 385 B : Oûxcoç ô 0eôç èàv çsîarjxat xou ajxapxw- Xou xa\ IXerJar] aùxôv, xat otxxEtprjarj w; ;j.t; xoXdaai aùxov, x(ç oùx £-txpt6rJ<j£xat; xfç twv :paûX«v xat ô;à xouç cpo'Souç xGiv xoXaax^pt'wv 7:auo;j.£Viov xwv àaapxraxxwv oux t7:ixpt6rîa£Tat, où yît'pwv larat; — On sait que l'adjectif àiîîxpijcro? est fréquent chez les comiques pour désigner un coquin, un roué. Aristophane, Acharn., 557; Plut., 275. Le texte d'Origène n'appelle aucune correction; mais il faut construire : wo-îp ouv cpavxaai'a xou eîç C/T:£p6oXr)v Xpiaxou, ô Xéywv x* xotauxa EÎprjaôaii^ iravxbç àp.apxrîp.axo;, -zzi:-/y> àçopaàç lniTpi6%... Comparer Contra Celsum. IV, 70, éd. Koetschau, p. 339, 23 : i'va piT) jtapaxoâaaç nç xou Xcyo[jivou InixptSrjç EÛ'pfl à?opar;v. — Pour plus amples détails sur ce point de lexicographie, voir notre note dans RSFi., t. II, juillet 1911, p. 397-400.

le ^liassent de l'Eglise. Ce qui, à mon 3éns, a échappé aux ans et aux autres, le voici. Cette parole : Vous avez gagné votre frère, Le Verbe l'a appliquée à celui-là seul qui se serait rendu à La première réprimande, il ne l'a pas répétée pour le cas d'une faute renouvelée deux ou trois fois et suivie d'autant de réprimandes, mais il a laisse en suspens le membre do phrase correspondant à : Vous avez gagné votre frère, quand il s'est agi d'une seconde ou d'une troisième réprimande. Donc ce pécheur-là n'est ni tout à fait gagné, ni tout à fait perdu et digne de châtiment. Considérez donc attentivement cette première sentence : S'il vous écoute, vous avez gagné votre frère, et celle qui lui fait suite : S'il ne vous écoute pas, prenez avec vous une ou deux personnes, afin (/tic tout se règle si/r la parole de drue ou de trois témoins. Après donc que tout aura été réglé sur la parole de deux ou de trois témoins, qu'adviendra-t-il de celui qui aura été repris? il nous l'a laissé à penser. Et il reprend : SU ne les écoute pas, — évidemment ces témoins de renfort, — dites-le à l'Eglise. Il n'a pas • lit ce qui adviendrait de celui qui n'aurait pas écouté l'Eglise, mais il nous a enseigné que celui-là devait être dorénavant, pour qui l'aurait repris trois fois sans être écouté, comme un païen et un publicain. D'où l'on peut conclure qu'il n'est ni tout à fait gagné ni t«>ut a fait perdu. Quant à ce qui adviendra de celui qui aura résisté a une première réprimande et pour qui il aura fallu des témoins, ou qui même aura refusé d'écouter les témoins et qu'il aura fallu mener devant l'Eglise, Dieu le sait; nous ne l'expliquerons pas, selon cette parole [Matt., Vil, Il : Ne jugez pas, pour n'être pas jugés, jusqu'à ce que vienne le Seigneur qui illuminera les mystères des ténèbres et manifestera les desseins des cœurs>... Il faut se souvenir de cette parole {Matt., xvm, 14) : C'est la volonté de mon Père qui est aux cieux que pas un de ces petits ne se perde.

Après s'être étendu sur le mode de la rétribution, Origène conclut par une parole d'espérance adressée à tous, quelles que soient leurs fautes : ils ne perdront rien à en limiter le nombre ; au contraire ils s'assureront par là de précieux avantages :

On pourrait imaginer encore bien des modes de rétribution. A y réfléchir, nous verrons qu'il esl expédient de se repentir après n'importe combien de péehés ; d'où l'on peut tirer deux avantages : d'abord de n'être pas châtié pour un plus grand nombre de péchés, puis de se réserver quelque espoir fondé sur les mérites à venir, quand même on aurait commis précédemment d'innombrables péchés, car il est incroyable qu'il soit tenu compte à L'homme du mal qu'il a l'ait, et que le bien qu'il aura fait ensuite lui soit compté pour rien ; ainsi que peuvent l'apprendre d'Ezéchiel ceux qui s'appliquent à recueillir des maximes sur ce sujet.

Comment doncs'aifranchir du péché? Par le recours à ceux

qui détiennent ici-bas le pouvoir des clefs, c'est-à-dire à Pierre et aux évêques qui participent ici-bas à la dignité de Pierre1. A vrai dire, ceux-là seuls peuvent s'assurer qu'ils rendent sur terre des sentences ratifiées au ciel, qui reproduisent vraiment en leur personne le caractère de Pierre, c'est-à-dire les évêques dignes de ce nom, sur lesquels repose véritablement l'Église du Christ. La pensée d'Origène s'enveloppe ici de réserves, dans lesquelles nous discernons vraisemblablement le souvenir amer de certains démêlés personnels avec l'autorité ecclésiastique. Il prévoit le cas d'un évêque prévaricateur, dont les sentences ne seraient pas ratifiées au ciel, parce qu'elles ne seraient pas justes; mais il affirme ici même, avec la plus grande énergie, la prérogative de Pierre et son pouvoir discrétionnaire sur les pécheurs les plus endurcis. L'évêque doit reprendre, et au besoin sévir2. Ceux-là seuls n'auront point de part aux pardons, qui résistent à une triple admonestation, c'est-à-dire les incorrigibles.

Origène a donc rencontré — tout au moins cru rencontrer — des prêtres prévaricateurs. Il les juge sévèrement et leur impute la perdition de ceux qui, par leur faute, demeurent dans le péché. D'ailleurs son langage n'est pas parfaitement clair. Faut-il croire qu'à ses yeux le prêtre prévaricateur est par là même dépourvu du pouvoir de pardonner? Certaines de ses paroles le donneraient à entendre, et de fait on l'a souvent entendu ainsi3. Je ne crois pas pourtant que cette interprétation s'impose. Ce qui ressort clairement des textes, c'est que le prêtre sera d'autant plus puissant intercesseur en faveur du pénitent, que lui-même sera plus uni à Dieu. Il n'est pas indifférent d'observer que cette idée est plus profondément empreinte dans les écrits de la dernière période :

1. In Matt. (xvm, 18), t. XIII, 31, PC, XIII, 1180-1181 A; cf. In Matt. (xvi, 19), t. XII, 14, ibid., 1012 A-1016 A.

2. In Ios., Nom., xxi, 1, PC, XII, 928 C-929 B; In Mt. (xx), t. XVI, 8, PG., XIII, 1396.

3. Ainsi K. Holl, Enthusiasmus und Bussgewalt, p. 231 sqq. — M.Poschmann ne recule pas devant cette opinion extrême, op. laud.. p. 51 sqq.

nous avons été amené à citer les commentaires sur Josué, sur le psaume xxxvn et sur saint Matthieu, tous postérieurs à l'année 240.

A considérer l'ensemble de la doctrine d'Origène, on voit que, dans sa pensée, la rémission des pèches est doublement conditionnée : chez le pécheur par la valeur de l'expiation et chez le prêtre par la sainteté personnelle. Plus la faute sera grave, plus sa rémission exigera d'expiation de la part du pécheur, de sainteté clans le prêtre.

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