LA DOCTRINE DU TRAITÉ DE ORATIONE
Nous revenons enfin au traité De oratione, pour le relire en profitant de toutes les lumières acquises. Commençons par reproduire in extenso le texte le plus controversé l.
Celui qui est inspiré par Jésus, comme les Apôtres, et qu'on peut reconnaître à ses fruits, parce que, ayant reçu l'Esprit-Saint et étant devenu spirituel, il obéit à l'impulsion de l'Esprit, comme un fils de Dieu, pour se conduire en tout selon la raison, celui-là remet ce que Dieu remet et retient les péchés inguérissables; comme les prophètes employaient leur parole au service de Dieu pour exprimer non leurs propres pensées mais les pensées suggérées par la volonté divine, de même il s'emploie au service de Dieu, à qui seul il appartient de remettre les péchés. L'évangile selon saint Jean s'exprime ainsi, au sujet de la rémission des péchés par les Apôtres (Io., xx, 22-23) : Recevez l'Esprit-Saint : ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur sont remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur sont retenus. A prendre ces mots sans discernement, on pourrait. être tenté de reprocher aux Apôtres de n'avoir pas remis les péchés à tous, afin qu'ils leur fussent remis, mais de les avoir retenus à quelques-uns. afin qu'ils leur fussent également retenus par Dieu. Mais la Loi nous fournit un exemple utile pour comprendre la rémission des péchés accordée aux hommes par Dieu au moyen du ministère des hommes. Les prêtres de la Loi ont défense d'offrir un sacrifice pour certains péchés, afin qu'ils soient remis à ceux pour qui l'on offrirait le sacrifice. Et le prêtre autorisé à faire l'offrande pour certains manquements involontaires n'est pas pour cela autorisé à offrir en faveur de l'adultère, de l'homicide volontaire, et de toute sorte de faute grave l'holocauste pour le péché. Ainsi les Apôtres et les successeurs des
1. De orations, 28, 8-10; éd. Koetschau, p. 380, 8-381, 22, PC, XI, 528-, 529.
Apôtres, prêtres selon le grand prêtre (Jésus-Christ), ayant reçu la science de la thérapeutique divine, savent, instruits par l'Esprit, pour quels péchés il faut offrir des sacrifices et quand et de quelle manière; ils savent également pour quels péchés il ne le faut pas. Le prêtre Héli, sachant que ses fils Ophni et Phinéès ont péché, se reconnaît impuissant à leur procurer le pardon; il y renonce et en fait l'aveu, disant (I Sam., n, 25) : Si un homme pèche contre un homme, on intercédera pour lui; mais s'il pèche contre Dieu, qui intercédera pour lui?
Je ne sais comment quelques-uns s'arrogeant une puissance plus que sacerdotale, encore qu'ils manquent peut-être- de science sacerdotale, se vantent de pouvoir remettre les péchés d'idolâtrie, d'adultère et de fornication, comme si la prière qu'ils prononcent "sur les coupables suffisait à remettre même le péché mortel. C'est qu'ils ne lisent pas ce qui est écrit : Il y a tel péché qui va jusqu'à la mort; pour celui-là je ne dis pas de prier...
Les prêtres auxquels Origène adresse une si dure leçon étaient évidemment loin de réaliser le type de l'homme spirituel, esquissé un peu plus haut dans le même ouvrage l; ce n'étaient point des saints, comme Paul ou Pierre, qualifiés pour aider les hommes en les rendant dignes d'éprouver l'effet du pouvoir qu'ils ont reçu pour remettre les péchés.
Rendre les /tommes dignes d'éprouver l'effet du pouvoir qu'il a reçu pour remettre les péchés, voilà , selon le De oratione, un article essentiel du programme imposé au prêtre ministre de la pénitence. Il s'applique exactement à la page que nous étudions.
Origène y parle de péchés inguérissables — toc àvux-a twv â;^apTYj[j.aTo)v. — Quels péchés il entend par là, nous le savons, car il donne des exemples : pour l'Ancienne Loi, l'adultère, l'homicide el d'autres péchés encore; pour la Nouvelle Loi, l'idolâtrie, l'adultère et la fornication. Mais pas plus ici qu'en tout autre passage de ses œuvres, il ne donne à entendre que ces péchés sont simplement inguérissables : avant d'admettre qu'il en est ainsi, il faudrait aveir épuisé les
1. De oratione, 14,2; 6, éd. Koetschau, p. 330, 15; 333, 14-16, PG., XI, 460 B. 464 C : Oî ^veu^aux-cù E?vai PouXo'jjlsvoi... Tyjv oè Sérjatv ;a6vov àyfoiç, et tiç eups9sîr) IlauXoç r] IIïtcs;, "va wyikfoMiw 7)[xàî, àljîou; îcoiouvxe; toD' tux.eÎ'v t% ôeôopLÉvrji; aùroTç IÇouafa; rcpbç xb àaapT7J(j.aTa àcptéva'.. — Sur les controverses relatives au sens de ce texte, voir H. Delehayiî, Analecta Bollandiana, t. XXVIII, 1909, p. 183.
ORIGBNE II LBS PBCHBS IRRÉMISSIBLES. 285
autres hypothèses possibles. Or les autres œuvres d'Origène
nous fournissent une hypothèse applicable ici : c'est que ces péchés sont inguérissables à considérer la malice des pécheurs qui refusent de faire pénitence ou la légèreté «les prêtres qui négligent de les y disposer.
Le prêtre rempli de l'Esprit-Saint règle sa conduite sur la volonté de Dieu; et c'est pourquoi il prononce des sentences efficaces, soit qu'il absolve, soit qu'il condamne : à<p£iq<jiv à àiv ùzft 3 0ebç v.yJ. v.ty.--.;. :z y.'/iy.-.y. tÔV y.\).y.zrrt\).y.-urt . Le prêtre dépourvu de cet Esprit ne se met pas en peine d'entrer dans les vues de Dieu, il procède sans discernement — iôaaavtffTox; — et c'est ce qui rendra souvent ses sentences inefficaces. Pour expliquer ce fait, il n'est pas nécessaire d'admettre une limitation essentielle de son pouvoir d'absoudre : il suffit — et c'est à quoi le contexte invite — d'admettre qu'il manque de ce tact surnaturel nécessaire pour se conformer aux intentions de Dieu sur les âmes.
Qu'est-ce qu'Origène reproche, en somme, à ces prêtres qui entreprennent au delà de leur pouvoir? De prétendre qu'il leur suffit de réciter une formule de prière sur le pécheur pour remettre même les péchés les plus graves, ûç Stà xf,q £j-/^ç 2J7wv -zpl TÛv -y.j-y. teToXpYirjxoTWV XuojiévYjç y.y). x'qq rcpoç Oàvaxov y.[j.y.z-iy.:. Ces prêtres dispensaient les grands pécheurs de la pénitence canonique et de toute expiation spéciale ; ils les traitaient comme n'ayant sur la conscience que des fautes de fragilité. Par là, ils les exposaient à faire peu de cas même des fautes les plus graves, et peut-être donnaient-ils lieu de croire que la prière sacerdotale opérait comme une sorte de rite magique, sans exiger aucune disposition intérieure. L'ancienne Loi maintenait avec beaucoup de rigueur la distinction des péchés pour lesquels le sacrifice est recevable et de ceux pour lesquels il ne l'est pas1. Pareillement la
1. Origène mentionne en particulier l'impiété d'Ophni et de Phinéès I Sam., ii), pour qui leur père Héli ne pouvait sacrifier. Lui-même i niait atténué ailleurs cette sévérité, si l'on était en droit de lui attribuer un fragment exégétique recueilli par Gaxlandi et reproduit PC, XVII. jO C. Mais ces fragments sont très suspects. Voir les prolégomènes de Klosteamann, éditeur des Commentaires sur les Rois, p. xux.
Loi nouvelle invite à discerner des péchés auxquels le sacrifice rédempteur du Christ est applicable, et d'autres auxquels il ne l'est pas — non en ce sens que la vertu de la Rédemption serait limitée, mais seulement en ce sens que, pour se l'assimiler, le pécheur doit proportionner la satisfaction à l'offense, que les péchés les plus graves exigent une pénitence plus sérieuse, et que le ministre du pardon doit, au préalable, assurer la réalité de cette pénitence. Il ne s'agit pas, en effet, de savoir si la vertu du sang rédempteur s'étend à tous les péchés — toute l'œuvre d'Origène proteste contre un tel doute, — mais seulement de savoir si le pécheur est actuellement disposé à en recevoir le fruit, ce qui est d'autant plus douteux qu'il a chargé sa conscience de fautes plus graves.
C'est là une doctrine commune. Qu'Origène demande à être entendu ainsi, cela résulte, non pas de quelques textes isolés, mais de sa conception même du pardon divin, conception profonde et impérieuse, puisqu'elle règle non seulement la conduite de l'homme préposé à l'administration de la pénitence, mais celle même de Dieu dans ses relations avec le pécheur. Nous en demanderons l'expression à l'un de ses écrits les plus anciens, et précisément contemporain du pape Calliste, ou de très peu postérieur, le Periarchon, où il explique en ces termes la raison d'être des délais de la justice divine et le rôle providentiel de la souffrance dans l'œuvre de la conversion des âmes l :
Il arrive que tel est réservé au jugement divin ; Dieu patiente sur certains pécheurs, non sans raison, mais en considération de leur intérêt : il importe à l'immortalité de leur âme, à leur éternité, qu'on ne leur procure pas trop tôt le salut, mais qu'on les y achemine lentement à travers bien des souffrances. De même en effet que des médecins, pouvant guérir promptement un malade, s'ils soupçonnent un germe fatal caché dans son corps, travaillent contre la guérison afin de procurer une guérison plus sûre, persuadés que mieux vaut maintenir longtemps le malade avec ses tumeurs et sa souffrance pour lui assurer un rétablissement durable, que de lui procurer aussitôt une apparence de santé, suivie de rechute, parce que cette guérison brusquée ne dure pas, de même Dieu, connaissant les secrets du cœur et prévoyant l'avenir, use de patience ; il permet quelquefois même cer-
1. Periavchon, III, 1, 13 (12), éd. Koetschau, p. 217, 4-218, 11, PC, XI, 273.
tains événements extérieurs pour faire éclater au dehors le mal secret atin d'en délivrer la victime imprudente du péché : que ce mal vienne à la surface, et le pécheur le vomira ; au prix d'une aggravation passagère de souffrance, il pourra ultérieurement arriver à la purification de ses vices et se rétablir. Dieu use d'économie envers les âmes, en vue non pas des quelque cinquante ans' de la vie présente, mais de l'éternité...
Cette économie patiente, que Dieu lui-même observe dans le traitement des âmes, s'impose à plus forte raison aux ministres humains de la pénitence, et l'on ne doit pas s'étonner qu'il ne soit pas loisible à l'homme de devancer l'heure de Dieu. Tel est le principe très ferme et très simple dont nous retrouvons l'application à chaque page de nos textes. Il revient à satiété dans ce très important chapitre i du IIIe livre du Periarchon, tout entier consacré à la question du libre arbitre. Citons encore l :
Nous disions en examinant l'histoire de Pharaon que parfois une cure trop rapide n'est pas salutaire aux malades, qui, tombés par leur faute dans quelque grave maladie, s'en verraient facilement délivrés ; car traitant comme négligeable un mal aisément guérissable, et ne se tenant pas en garde contre les rechutes, ils y retomberont. C'est pourquoi envers de tels hommes le L)ieu éternel, qui connaît les cœurs et sait toutes choses avant qu'elles n'arrivent, diffère par bonté un secours trop prompt et, pour ainsi dire, les assiste d'autant plus efficacement qu'il les délaisse pour leur bien. Tel était sans doute le cas de ces infidèles dont nous parlons : le Sauveur, prévoyant qu'ils ne seraient pas fermes dans leur conversion s'ils accueillaient trop vite la parole, ne permit pas qu'ils entendissent trop distinctement les enseignements les plus profonds : de peur que, trop vite convertis et guéris par le pardon, traitant les blessures de leurs vices comme légères et aisément guérissables, ils n'y retombassent bientôt ...
A la distinction gnostique des hommes spirituels (icveufiiatixo() ou terrestres (^oïxoi), prédestinés par leur nature même soit au salut soit à la damnation, Origène oppose longuement la conception catholique, fondant sur l'usage du libre arbitre, aidé de la grâce, la différenciation des destinées2. Il va
1. Periarchon, III, 1, 17 (16), Koetsciiau, p. 225, 14-226, 4, PC, XI,
2. Periarchon, III, 1, 21-24 (20-22), Koetschau, p. 225-244, PC, XI. 293-302. La doctrine origéniste des existences successives et de la rénovation finale (âwoxaTàsraatç) représente l'épanouissement
même si loin dans cette voie que, pour rendre raison de la diversité native des âmes, il introduit l'hypothèse inadmissible de la préexistence et des mérites ou des démérites acquis dans une vie antérieure : de là viendrait que les uns seront en cette vie vases d'honneur, les autres vases d'iniquité, selon le mot de l'Apôtre [Rom., ix, 21). Il ajoute même qu'il n'y a là rien de définitif et que, par un usage différent du libre arbitre, les vases d'honneur pourront redevenir vases d'iniquité, les vases d'iniquité redevenir vases d'honneur dans une autre existence. Tant il poursuit intrépidement sa conception d'une Providence pétrissant et repétrissant les âmes au cours d'une série indéfinie de siècles, pour inculquer tour à tour l'idée qu'il n'y a point ici-bas de nature inguérissable, et l'idée que le temps est un facteur essentiel de la régénération.
A peu près contemporains du Periarchon, les premiers livres du commentaire sur l'évangile de saint Jean doivent aussi être consultés sur les positions théologiques de ces débuts. Nous possédons les livres I et II, avec quelques lambeaux des livres IV et Y. Ils ne touchent qu'incidemment à la rémission des péchés. On n'y trouve pas un mot qui tende à limiter la juridiction de l'Église ou qui révèle un conflit quelconque avec la hiérarchie. D'ailleurs nous y avons signalé la notion très compréhensive du péché contre le Saint-Esprit, qui circule à travers tous les écrits postérieurs, et qui a pour Origène la même amplitude que la notion de péché inguérissable.
La doctrine des péchés irrémissibles, telle que nous la rencontrons dans le De oratione, est si peu anormale dans l'œuvre d'Origène qu'elle constitue l'une des bases de son enseignement sur la pénitence. Elle est au fond de sa théorie générale sur les péchés des baptisés, tous irrémissibles en
d'une idée dont seul le germe catholique nous occupe ici. Voir notamment Periarchon, I, 6, 1-3; III, 1, 23 (22); 6, 6; 6, 9, éd. Koetschai , p. 79-84; 241; 287. 288; 290; PC, XI, 165-169; 300; 338. 339; 341. In Ioan. (i, 1), 1. I, 16, Preuschen, p. 20,12, PC, XIV, 49 C. — Cf. F. Prat, Origène. p. 105-107 (Paris, 1907) ; J. Dems, La philosophie d'Origène, eh. vu, Paris, 1884; Freppel, Origène, t. II, cli. xxii-xxm, Paris, 1868.
ORIGÈNE Kl l.I'.s PÉCHÉS IRRÉMISSIBLES. 289
droit, à titre do péchés contre le Saint-Esprit. Nous en avons ,1, i cité plusieurs exemples '. Mais aucun n'a ici plus de valeur que celui fourni p&vVExhortatio ad martyrium1 , tout ;i fait contemporaine du De oralione. On y lit en propres termes qu'il n'y a pas de rémission des péchés eiT dehors du baptême et que la loi évangélique ne permet pas un second baptême dans l'eau et le feu : reste le baptême de sang, privilège d'un petit nombre. Une assertion aussi catégorique doit ouvrir les yeux de ceux que le tour paradoxal du De oralione, c. 28, déconcerte au point de leur faire oublier la doctrine constante de l'auteur. Il est pourtant si éloigné de vouloir, dans cette page de VExhortatio ad martyrium, désespérer les pécheurs, qu'après avoir rappelé les sacrifices de l'Ancienne Loi, il montre à côté de Jésus-Christ, pontife suprême et victime de la Loi nouvelle, tous les martyrs unissant leur sacrifice à son sacrifice et leur intercession à son intercession pour la rémission des péchés. Investi par sa confession héroïque d'une sorte de sacerdoce, le martyr réalise l'idéal du prêtre médiateur. Il serait intéressant de rechercher à ce propos dans quelle mesure Origène assimile les privilèges des martyrs ou des confesseurs à ceux de la hiérarchie. Cette assimilation, que l'on a souvent cru reconnaître dans des domaines d'où nous la croyons tout à fait absente 3, est sans doute beaucoup moins éloignée de la pensée d'Origène, aussi bien que de son maître Clément. Les deux illustres Alexandrins n'insisteraient pas tant sur le rôle éminent du gnostique, sur la nécessité pour le prêtre d'être un homme de Dieu, un spirituel, s'ils avaient eu des idées entièrement nettes sur la distinction entre le pouvoir d'ordre et le rôle des charismes personnels '*. Mais cette recherche nous détournerait de notre sujet.
Origène aune si haute idée de l'institution baptismale que la rémission des péchés commis après le baptême lui parait, en comparaison, à peine digne du nom de rémission : c'est
I. Voir ci-dessus, p. 275 sqq. — 2. Exhortatio ad martyrium, 30. — 3. Voir ci-dessus, ch. VIII, p. 244 sqq.
i. Voir Clément, Quis clives salvetur, 34. 35, et passim.
l'édit de callistk. 19
plutôt un laborieux règlement de comptes. Telle il nous Ta présentée dans le De oratione; telle nous allons la reconnaître dans plusieurs ouvrages, différents de date et d'inspiration.
La quinzième homélie sur le Lévitique 1 affirme d'une part que nul péché ne saurait être remis sans pénitence, et d'autre part distingue les fautes mortelles, pour lesquelles l'Église accorde une fois dans la vie la pénitence publique, des fautes légères et quotidiennes dont on peut obtenir indéfiniment le pardon :
Il peut arriver même à celui qui aura bien édifié et se sera construit une demeure dans le ciel par de bonnes actions, une bonne vie, une bonne foi, de contracter la dette de quelque péché : si le cruel usurier le force de vendre sa demeure et d'aliéner le fruit de ses travaux, la piété et la clémence du Législateur viennent à son aide en lui procurant le moyen de se racheter dans un certain temps. Si toutefois, dit l'Ecriture, votre main trouve de quoi rendre. Et que rendre? Assurément la pénitence, amassée par les larmes et acquise par le travail des mains, c'est-à-dire par des bonnes œuvres
Il y a d'autres maisons que l'on peut toujours récupérer si l'on vient à les perdre : par exemple, si nous avons commis une faute qui n'est pas un crime mortel ni un blasphème de la foi enceinte par le mur du dogme ecclésiastique et apostolique, mais une faute de parole ou de conduite : c'est là vendre une maison des champs ou une propriété non enceinte de murs. Or pareille vente, pareille faute, est toujours réparable; toujours il vous est permis d'en faire pénitence. Pour les fautes plus graves seulement, la pénitence ne se réitère pas ; mais pour ces fautes communes où nous tombons fréquemment, on peut toujours en faire pénitence et constamment en obtenir le pardon.
Ces paroles très précises confirment nos conclusions précédentes et fixent sur des points importants la pensée d'Origène. Il y a donc des fautes constamment réparables par la pénitence : ce sont les fautes communes, que la fragilité humaine ne saurait éviter longtemps. Pour celles-là, l'indulgence divine est inépuisable 2. Il y a d'autres fautes plus graves, pour lesquelles le pardon est mis à plus haut prix : il faudra passer par la pénitence publique; encore n'y est-on admis qu'une