‹ L'édit de CallisteChapitre 157 sur 252 · In Matt. (xviii), t. XIII, 30, PC, XIII, 1173 sqq · texte numérisé non relu

In Matt. (xviii), t. XIII, 30, PC, XIII, 1173 sqq

2. C. Celsum, III, 51 et 71, textes cités ci-dessus, p. 255 et 263.

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dre, l'histoire des lapsi au temps de Dèce en fournira «l 'autres exemples. Cette imprudence de certains prêtres ou de certains évoques, réconciliant inconsidérément toute sorte de pénitents, rend parfaitement compte du langage d'Origène dans le De oratione. Encore convient-il d'ajouter que, pour faire entendre sa protestation, il ne se place pas sur le terrain du droit positif, mais plus haut, sur le terrain des principes. Une atmosphère d'erreur, répandue autour de ce texte inoffensif, explique seule que l'on ait pu traiter la pensée d'Oiigène comme celle d'un canonistc. Canoniste, il l'est aussi peu que possible, mais bien moraliste et penseur. L'idée des purifications nécessaires de l'âme et des épreuves prolongées qu'elles exigent, appartient au fonds le plus authentique de sa doctrine. C'est elle qui se représente ici, dans un contexte qui a pu faire illusion, néanmoins reconnaissable pour qui a fréquenté Origène ailleurs qu'en des passages détachés. Cette considération très simple doit faire écarter l'hypothèse d'une sorte de bloc erratique, dans une œuvre animée d'un tout autre esprit '.

1. On a donné de ce même passage, De oratione 28, plusieurs autres interprétations, que le R. P. Stufler rappelle et discute, article cité. p. 218-220. Selon Redepexmng (Origenes. t. II, p. 416, Bonn. 1841), Origène viserait simplement l'indiscrétion de certains confesseurs de la foi, qui, ainsi qu'il est arrivé en d'autres temps. auraient fait sonner trop haut le mérite de leur confession et prétendu se poser en arbitres de la pénitence. — Selon Vincenzi (Origenes ab impietatis et liaereseos nota vindicatus, t. II, p. 472 sq., Romae. 1864), aiyouatv wç ouvâpsvot... àcpuvat ne renfermerait pas un démenti a l'adresse des prétentions excessives de certains prêtres, mais seulement un blâme à l'adresse de leur vanité dans l'exercice d'un pouvoir d'ailleurs réel; &ç devrait se prendre au sens causal, et l'on entendrait, non « ils se vantent (injustement) de pouvoir absoudre », mais « ils s'enorgueillissent de pouvoir (réellement) absoudre ». — Selon d'autres encore, tiveç désignerait certains simples prêtres qui, en se faisant forts d'absoudre les cas réservés, auraient entrepris sur le privilège des évêques. — Il ne semble pas qu'aucune des hypoth'

- trouve un fondement sérieux dans le texte; celle de Redopenning pourrait d'ailleurs se concilier avec celle que nous défendons, mais il faudrait la justifier par témoignages positifs. L'intérêt île ces diverses tentatives nous semble purement historique; au contraire, l'œuvre d'< Irigène, considérée dans son ensemble et a la lumière d'une chronologie rigoureuse, fournit un principe adéquat de' solution.

Concluons.

Origène a constamment professé croire à la vertu de la pénitence pour la rémission de tous les péchés, ainsi qu'au droit de l'Église sur l'administration de la pénitence. Il insiste d'ailleurs souvent sur le sérieux nécessaire à la pénitence et sur la gravité du ministère sacerdotal ; il le fait même en des termes qu'il suffît d'isoler pour y trouver un sens très différent de sa pensée véritable. Le De oratione ne fait point exception à cette loi : le tour particulier du développement a pu induire en erreur les lecteurs qui faisaient abstraction de toute ambiance ; mais relu à la lumière de l'œuvre entière d'Origène, ce développement ne présente rien qu'il n'ait affirmé toujours et parfois en termes plus forts. Il faut avoir le courage de dénoncer l'erreur, si brillante qu'ait été la fortune des théories par elle engendrées.

Impossible de partager sa vie en deux périodes, l'une où il aurait connu des péchés irrémissibles, l'autre où il n'en aurait plus connu. C'est du commencement à la fin qu'on peut suivre l'affirmation parallèle de deux idées en apparence contradictoires : la rémission offerte à tous les péchés, et le caractère proprement irrémissible de toute faute grave commise après le baptême. Comment se résout la contradiction, nous croyons l'avoir assez expliqué.

Quant à l'hypothèse d'un conflit entre Origène et le pape Calliste sur la question de la pénitence, elle nous parait de tous points imaginaire, pour les raisons suivantes :

1° Les seuls écrits d'Origène que l'on puisse avec probabilité dater du pontificat de Calliste ou d'un pontificat voisin, sont manifestement animés d'un esprit tout contraire.

2° Le seul écrit où l'on a cru trouver la trace de ce prétendu conflit, n'est pas contemporain du pape Calliste, mais de son deuxième successeur, à moins que ce ne soit du quatrième1.

3° Ce même écrit, lu à la lumière de l'œuvre entière d'Origène, prend un sens tout différent, qui supprime l'hypothèse du conflit.

I. En disant : du quatrième, je fais allusion à la chronologie divergente proposée — non sans réserves — par Fu\k et par Msr Batiffol. Ci-dessus, p. 254.

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V Les écrits où l'on a rencontré, non plus La trace de ce conflit, mais la trace d'un esprit qui lui fournirait un cadre vraisemblable, appartiennent réellement au pontificat du quatrième successeur de Calliste.

11 y eut pourtant conflit entre ce quatrième successeur de Calliste, le pape Fabien, et Origène. sur un tout autre terrain, et il faut rappeler ce fait, pour achever de dissiper tout malentendu.

Nous savons par le témoignage d'Eusèbe et de saint Jérôme1 qu'Urigène écrivit au pape Fabien pour rétracter certains passages de ses œuvres et protester contre l'indiscrétion de son ami Ambroise, qui avait livré au public des écrits 'confidentiels. Mais le traité De ôratione ne répond pas à ce signalement, et nous n'avons aucune raison de croire que la lettre à Fabien abordait la question de la pénitence.

C'est donc tout à fait à tort, croyons-nous, que l'on mêlerait Origène à l'histoire de ledit de Calliste. Il a sans doute maintes fois anathématisé le vice impur; il l'a souvent associé dans ses anathèmes à d'autres péchés graves, notamment à l'idolâtrie et à l'homicide; mais l'intention qu'on lui prête, de protester contre l'acte du pontife romain, ne se trahit nulle part dans son œuvre. Cette œuvre n'est sans doute pas tout à fait exempte de personnalités, même de personnalités blessantes pour certains chefs d'Églises; mais aucune de ces personnalités ne rappelle distinctement l'édit de Calliste, ni la personne de ce pape. L'exégèse d'Origène se meut dans une région incomparablement plus sereine que celle du De /j//'licitia,et n'a rien de commun avec le violent réquisitoire des Philosôphwnena. Il semble bien avoir connu llippolyte, et il y a des raisons sérieuses de croire qu'il a lu tel écrit de Tertullien; mais le fait d'une alliance effective par lui con-

1. Saint Jérôme, /;'/>.. lxxxiv, LO, Ad Pammachium, PL.. XXII, 7."(| : ,( ipse Origenes in epistola quam scripsît ad Fabianura Romanae urltis episcopum paenitentiam agitcur talia scripserit et causas temeritatis in Ambrosium refert, quod secreto édita in publicum protu-

lerît. » ËUSÈBB, HE., VI, 36, \ : Yzioi'. Zï y.tX <t>ao'.av(~>... -::': -r^ /.%-.'

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clue soit avec le schisme romain, soit avec l'hérésie africaine, n'est ni démontrable, ni vraisemblable. Il insiste très fort sur l'inégale gravité des péchés, et sur la nécessité de maintenir une certaine proportion entre la faute et la pénitence ; mais il n'est nullement opposé en principe à la réconciliation des impudiques, non plus que des idolâtres et des homicides. Loin d'apporter un renfort à la thèse des trois péchés irrémissibles, l'œuvre théologique de ce grand homme dépose très nettement en faveur des vues catholiques et traditionnelles sur la pénitence. Un peu d'ordre et d'attention doit faire justice de cette légende tenace.

S'il fallait une confirmation à cette enquête poursuivie à travers l'œuvre d'Origène, nous la trouverions dans l'œuvre de ses disciples. En effet, Origène vécut assez longtemps pour voir la persécution de Dèce ; il en éprouva même les rigueurs, et montra un courage supérieur à la torture. A côté de lui, tous n'imitèrent pas cet héroïsme; nombreux furent les laps/ qui, au lendemain de la crise, implorèrent leur réconciliation. L'Eglise fut maternelle : après quelque hésitation, les évêques d'Occident et d'Orient s'accordèrent sur une ligne de conduite ferme et prudente. Cette histoire, éclairée pour nous par la correspondance de saint Cyprien quant à l'Occident, parcelle de saint Denys d'Alexandrie quant à l'Orient, se déroula durant les dernières années d'Origène. On ne voit pas que le vieux martyr se soit redressé pour jeter l'anathème à ceux qui usaient d'indulgence envers les apostats. Au contraire, on peut se convaincre, en étudiant la question des lapsi, que Denys d'Alexandrie fut un partisan décidé du pardon. Des indices non équivoques permettent de porter le même jugement sur saint Grégoire Thaumaturge et sur saint Firmilien. Donc ces trois grands disciples d'Origène s'accordèrent, de son vivant même, à tenir pour rémissible ce péché d'apostasie qu'Origène jugeait grave entre tous. Cette contreépreuve a bien sa valeur. La meilleure confirmation de son propre jugement est le jugement des héritiers les plus fidèles de sa pensée.

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