‹ L'édit de CallisteChapitre 158 sur 252 · CHAPITRE \ LA RÉCONCILIATION DES • LAPS! » AU TEMPS DE DÈCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE \ LA RÉCONCILIATION DES • LAPS! » AU TEMPS DE DÈCE

On connaît déjà la théorie d'après laquelle, au milieu du m' siècle et à l'occasion de la persécution de Dèce, l'Eglise aurait, pour la première fois, fait fléchir la rigueur donl elle avait coutume d'user envers les apostats; elle aurait fait al. us un second pas dans la voie de l'indulgence pour les péchés graves, le premier pas ayant été fait trente ans plus t<'4 par le pape Calliste, qui admit aux pardons de l'Église les impudiques. La suite de notre étude nous amène à examiner le bien-fondé de cette opinion.

La littérature contemporaine de Dèce est assez abondante, mais de consultation relativement facile, car nous n'avons guère à nous éloigner de saint Cyprien '. Il nous faudra dis-

l. Sur la chronologie de la correspondance de saint Cyprien. on trouvera les conclusions acquises résumées chez Bardemiewer, Patrologifi, p. 172-3. l'reib. i. B., 1910, et Harnack, Chronologie der Allchrisilichen Lilteratur, t. II, p. 339-361, Leipzig, 1904. Voir aussi Hans Freihirr vOfl SoDEN, Die Cyprianiselie Bricfsanunlung, dans TU., XXV, 3, Leipzig, 1904. — Du même auteur, Die Prosopographiv des afrikanisclien lipiscopats zur Zeit Cyprians, Rome, 1909, 26 pp. in-s. précieux répertoire pour la connaissance des personnes.

Sur la question des lapsi, voir surtout R. P. Stcfler, Die Behandlung der Gefallrnen zur Zeit der decisrhm l'erfolgung, dan-- ZSKT., t. XXXI. 1907, p. 577-618; Einige Bemerkungcn zur Busslehre Cyprians, ibid.. t. XXXIII, 1909, p. 232-2'i7; Poschmanw, Zur Bussfragr in der cyprianischen Zeit, dans /.SA"/'., i. XXXVII, 1913, p. 25-54; 244-265; Allard, Histoire des persécutions pendant la pr<-mière moitié du III siècle, surtout eh. vin, § 3, Paris, 1886; Batiii"i Les origines de la pénitence , lu crise novatienne, dans lundi* d'histoire et de théologie positive3, [>. Lll-144, Paris, 1904; L'Eglise naissante et /<• catholicisme, ch. mu. Saint Cyprien a Rome, Paris, 1909 Brxst, Cyprian und das Papsttum, Mainz. 1912; Seitz, Cyprian uiul der rômische Primat, Regensburg, 1911; Habnack, articles Lapsi et Novatian dan^ RE. : C. II. Turner, S. Cyprian s. corresponde} dans Studiet in early Church history, Oxford, I'.iIl'. p. 97-131.

tinguer, quant à l'Occident, deux phases : la première répondant à la vacance du siège pontifical après le martyre du pape Fabien (20 janvier 250-mars 251), la seconde répondant au pontificat de Corneille (mars 251-juin 253;. En finissant, nous jetterons un rapide coup d'œil sur l'Orient.

La question des lapsi fait son apparition dans la correspondance de saint Gyprien avec une lettre écrite par le clergé de Rome, après la mort du pape Fabien, au clergé de Carthage, alors privé de son évêque. Cette lettre débute par une allusion plutôt sévère à la retraite de Cyprien, dont la nouvelle avait été portée en Italie par le sous- diacre Crementius. Cyprien s'est soustrait à la nécessité de confesser personnellement sa foi. Les prêtres de Rome, placés par les circonstances à la tête du troupeau, ont conscience du devoir qui leur incombe; ils ont à cœur de se montrer, non pas mercenaires, mais bons pasteurs. Leur lettre manifeste un double souci : affermir les fidèles et relever les apostats1. L'Église persé-

1. Ep., vm, 2-3, p. 487, 7-20 : « Ecclesia stat fortiter in fide, licet quidam, terrore ipso compulsi, sive quod essent insignes personae sive adprehensi timoré hominum, ruerunt : quos quidem separatos a nobis non dereliquimus, sed ipsos cohortati sumus et hortamur agere paenitentiam, si quo modo indulgentiam poterint recipere ab eo qui potest praestare, ne, si relicti fuerint a nobis, peiores efliciantur. Videtis ergo, fratres, quoniam et vos hoc facere debetis, ut etiam illi qui ceciderunt, hortatu vestro corrigentes animos eorum, si adprehensi fuerint iterato confiteantur, ut possint priorem errorem corrigere, et alia quae incumbunt vobis, quae etiam et ipsa subdidimus. ut si hi qui in hanc temptationem inciderunt coeperint adprehendi infirmitate et agant paenitentiam facti sui et desiderent communionem, utique subveniri eis débet... » — Ces paroles sont remarquables : hoc facere debetis... quae incumbunt vobis... subveniri débet. Elles prouvent que le clergé, même acéphale, de Rome n'hésite pas à prendre une position de commandement à l'égard du clergé désemparé de Carthage. Voilà un de ces faits dont M. Hugo Koch devrait bien rendre compte quand il vient nous apprendre [Cyprian und der Rômische Primat, Leipzig, 1910) que l'Afrique de saint Cyprien ne reconnaissait à Rome aucune sorte de primauté, en dehors de celle

ORIGINE l>K LA QUESTION DBS l.U'SI. 299

ciller lient bon, malgré la douleur de certaines défections éclatantes. 11 faut exhorter les lapsi à la pénitence, dans l'espoir qu'ils obtiendront grâce de Celui qui peut l'accorder. Car il est toujours en leur pouvoir de réparcrJeur faute par une confession de leur foi devant les magistrats; viennent-ils à tomber malades, on doit avoir égard à leur repentir, et leur accorder la communion. Cette ligne de conduite, arrêtée par un clergé acéphale, est notifiée sans hésitation à Cartilage, pour qu'on en fasse son profit.

Cependant la retraite de Cyprien n'avait pas eu le caractère que des relations incomplètes faisaient supposer à Rome. Personnage très en vue, à la tète de l'Église d'Afrique, nommément désigné par les haines païennes comme le grand soutien de la foi, réclamé au cirque et à l'amphithéâtre par ce cri Curieux : « Cyprien aux lions1! » il avait cru devoir disparaître un instant pour ne pas compromettre davantage les siens.

Les officiers de Dèce, qui avaient pour mot d'ordre de faire i\ai apostats plutôt que des martyrs-, ne semblent pas s'être préoccupés beaucoup de découvrir le lieu où il se cachait : on confisqua ses biens 3, d'ailleurs il continua de correspondre avec ses fidèles, les soutenant de ses encouragements et vivant par le cœur au milieu d'eux. Quand le sous-diacre Crementius rapporta de Rome deux lettres, l'une adressée au primat de Carthage et lui notifiant le glorieux martyre du pape Fabien, l'autre sans adresse ni signature, mais déconcertante par sa rédaction et sa tenue matérielle — c'est sans doute la lettre même que nous venons d'analyser, — il ne put en croire ses yeux et renvoya cette lettre à Rome pour avoir des explications 4. Déjà le sang chrétien avait coulé en Afrique. Le nom de Mappalicus fut des premiers inscrit au martyrologe ; Cyprien célèbre son triomphe, dans une admirai) le lettre aux martyrs et confesseurs '. Mais à la persécution

résultant rie la priorité chronologique d'investiture donnée par le Seigneur ;i Pierre.

I. Voir Ep., lix, 6, p. 673. — 2. Ep., i.vi, 2, p. 649, 20-22. — 3. Ep., i.vvi. i, p. 729, 15. — 4. Ep., i\.

."). Ep., \. — Sur l'acception et la distinction des mots confessor ot

venaient s'ajouter des désordres intérieurs qui excitaient toute la sollicitude de l'évêque. D'une part, certains confesseurs de la foi, dans l'exaltation du témoignage rendu à Dieu, oubliaient toute modestie et devenaient une cause de scandale '. D'autre part, il se trouvait des prêtres assez oublieux de ce qu'ils devaient à Dieu et à leur évèque pour entreprendre de réconcilier des apostats, sans exiger aucune pénitence, sans attendre l'exomologèse, ni l'imposition des mains de l'évêque et du clergé : ils les admettaient d'emblée à la communion eucharistique2. Les grands coupables en cela n'étaient pas ces apostats, dont l'empressement pouvait s'excuser, mais

martyr dans la langue de saint Cyprien, voir P. de Labriolle, Martyr et confesseur, dans BALAC, t. I, p. 50-53, 1911, et surtout J. Ernst, Der Begriff von Martyrium bei Cyprian, dans Historisches Jahrbuch, 1913, p. 328-353. Est confessor quiconque a rendu témoignage de sa foi, dans le danger; est martyr, au sens strict, qui est mort pour sa foi, au sens large, qui a enduré des tourments pour sa foi. Cette distinction résulte de textes tels que Ep.. lv, 5. p. 627. 8-9 : « Presbytero Moyse tune adhuc confessore nunc iam martyre subscribente. » Ep.. xii, 1, p. 503, 11-13 : « Cum voluntati et confessioni nostrae in carcere et vinculis accedit et moriendi terminus, consummata martyrii gloria est. » Ep., lxi, 4, p. 698, 2-3 : « Ad hoc vos fortasse revocavii (Deus), ne gloria esset occulta, si foris essent confessionis vestrae consummata martyria. » Ep., lxxvi, 1, p. 828, 6; x, 2, p. 492, 2; lxm, 7, p. 731, 15; xvn, 2, p. 522, 4; xix, 2, p. 525, 16; xxxvi, 2, p. 573, 20- 21. — Mappalicus figure au Kalendarium Carthaginense à la date du 18 avril (Ruinart, Acta sincera).

Page 1