‹ L'édit de CallisteChapitre 166 sur 252 · Ep., xxxi · texte numérisé non relu

Ep., xxxi

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de les avoir appliqués sans faiblesse1. Ceux-là méritent un double éloge qui, non contents d'obéir à Dieu, seul juge des consciences, veulent encore s'assurer l'approbation de leurs frères. Cyprien a donné <e grand exemple, comme il convenait à son caractère, comme il importait pour raffermissement de la discipline commune. Est-il d'ailleurs rien de plus avantageux en temps de paix: et rien de plus nécessaire devant l'ennemi persécuteur, que de maintenir la juste sévérité du gouvernement divin-? Cette conviction n'est pas, dans le clergé romain, de fraîche date ni suggérée par les récentes épreuves : c'est une tradition d'antique sévérité, d'antique foi, d'antique discipline, enracinée dans cette Église dont l'Apôtre disait que sa foi est annoncée par le monde entier; tradition glorieuse, dont on ne peut déchoir sans crime. Contre ceux dont l'apostasie s'est couverte d'un certificat complaisant, et plus encore contre ceux qui ont souillé leurs Ames, leurs mains et leurs bouches par des sacrifices idolâtriques, Rome s'est déjà prononcée3 : ce n'est pas elle qui

1. Ep., x\\. 1. — La lettre est expressément attribuée à Novatien par Cyprien, Ep., lv. 5, p. 627, 7.

2. lîp.. \\\. 2, p. 549, 17-550, 13 : « Quid enim magis aut in paee lam aptum aut in belle- persecutionis tam necessarium quam debitam severitatem divini vigoris tenere? Quam qui remiserit, instabili rerum cursu erret semper necesse est... Nec hoc nobis nunc nuper consilium cogitatum est nec haec apud nos adversus inprobos modo supervenerunt repentina subsidia, sed antiqua haec apud nos sev.'ritas. antiqua fides, disciplina legitur antiqua, quoniam nec tantas de nobis laudes Apostolus protulit dîcendo \Jiom., î, 8) quia tides vestra praedicatur in toto mundo, nisi iam exinde vigor iste radiées fidei de temporibus illis mutuatus fuisset. quarum laudum et gloriae degenerem fuisse maximum crimen est. »

:;. Ep., \x\. 3, p. 550, 21-551, 26 : « Hoc nos non falso dicere superiores nostrae litterae probaverunt, in quibus vobis sententiam dilucida expositione prolulimus adversus eos qui se ipsos infidèles inlicita nefariorum îibellorurn professions prodidorant... Necnon etiam contra illos quoque qui inlicitis sacriliciis manus suas atque ora polluerant pollutis ante mentibus propriis, unde etiam sunt ipsae manus atque ora polluta, fidem nostram consensumque monstravimus. Absit enim ab Ecclesia romana vigorem suum tam profana facilitate dimitt.'re et nervos severitatis eversa fidei mair-stale dissolvere, ut cum adhue non tantum iaceant sed et cadant eversorum fiatrum ruinae, properata nimis remédia communicationum atique aon profutura praestentur, et nova per misericordiam faisan vulnera veteribus

prendra l'initiative d'énerver le gouvernement ecclésiastique par une indulgence profane. Or ne serait-ce pas vouloir consommer des ruines déjà lamentables, que de brusquer la réconciliation, d'ajouter, par une commisération mal entendue, à des plaies encore béantes de nouvelles plaies, et de ravir à des infortunés l'unique recours de la pénitence? Quelle guérison espérer si le médecin, au lieu de panser la plaie, se contente de la bander sommairement, pour y enfermer le mal, et empêche le temps de faire son œuvre? Ce n'est pas là un traitement, mais un homicide. A Rome on prend au sérieux l'Évangile. Cyprien pourra lire, dans la lettre que lui écrivent les glorieux confesseurs, qu'ils ont repoussé toute requête indiscrète en faveur des lapsi{, avec d'autant plus de fermeté qu'eux-mêmes avaient livré leurs membres aux bourreaux. Il pourra lire encore, dans la lettre de l'Église de Rome aux chrétiens de Sicile2, comment elle entend la fermeté chrétienne. Toutefois, Rome ne veut rien précipiter en attendant d'avoir pu donner à l'évèque d'illustre mémoire, Fabien, un successeur qui traitera en toute autorité et sagesse la cause des lapsi. Mais elle approuve entièrement la conduite de Cyprien, qui a voulu réserver cette question jusqu'à la paix de l'Église. C'est en présence de l'épiscopat réuni, des prêtres, diacres, confesseurs et laïques fidèles, qu'il convient de l'examiner : il serait odieux de vouloir faire peser sur une seule tête la responsabilité des mesures de rigueur, et imprudent de vouloir relever tant de ruines morales sans le concours de toute l'Église. Présentement, on ne peut que demander à Dieu, pour les lapsi, une pénitence réelle et la patience nécessaire^. Qu'ils n'ajoutent pas aux épreuves extérieures

transgressioni.s vulneribus imprimantur, ut miseris ad eversionem maiorem eripiatur et paenitentia. Ubi enira poterit indulgentiae medicina procedere, si eliam ipse medicus intercepta paenitentia indulget periculis, si tantummodo operit vulnus nec sinit necessaria temporis remédia obducere cicatricem? Hoc non est curare, sed si dicere verum volumus. o<videre. »

1. Ep., xxx, 4. — Comparer le langage des confesseurs, Ep., xxxi, 6-8. — Cyprien citera lui-même Ep., xxx. 5. dans sa lettre à Antonianus, Ep., lv, 5. — 2. Ep., xxx, 5.

3. Ep.. xxx, 6; notamment p. 554. 14-17 : « Maxime enim illis con-

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de l'Église une sédition intérieure; qu'ils réparent leur faute par l'humilité, qu'ils frappent à la porte, mais ne se permettent pas de l'enfoncer. Leur place est au seuil de l'Église : qu'ils ne le franchissent pas. Leurs larmes et leurs gémissements seront la recommandation la plus efficace. S'ils se rendent parfaitement justice, ils hésiteront même à demander leur réhabilitation1 ; du moins apporteront-ils à leur demande toute la discrétion, toute la soumission que doit inspirer la pensée du jugement divin. Laissant donc en suspens la question d'ensemble, le clergé romain-, après avoir pris conseil

gruit verecundia quorum in delictis damnatur mens inverecunda. Puisent sane fores, sed non utique confringant. Adeant ad lirnen Ecclesiae, sed non utique transiliant. »

1. Ep., \\\, 7, p. 555, 4-10 : « Immo si dedecoris admissi magnitudinem perhorrescunt , si pectoris et conscientiae suae letalem plagam et sinuosi vulneris altos recessus vere medica manu tractant, erubescant et petere : nisi quia maioris est rursum et periculi et pudoris auxilium pacis non petisse. Sed hoc totum in sacramento, sed in ipsius postulationis lege temporis facto temperamento, sed postulatione demissa, sed prece subdita. » — L'emploi du mot sacramentum est ici très remarquable. C'est, à notre connaissance, la première fois qu'il se rencontre sous la plume d'un écrivain ecclésiastique pour désigner la discipline de la pénitence. D'ailleurs nous sommes encore très loin de l'acception technique de sacrement. Il n'y a ici qu'une allusion assez vague aux lois posées par l'Eglise. Rapprocher De catholicae Ecclesiae unitate, 4. 6. 7. 15. 19, pp. 213, 11; 215, 7; 215, II: 224, 12; 227, 19. Quant à temperamenlum, le sens exact est ici discrétion, réserve. C'est le même sens que l'on retrouve au paragraphe suivant dans l'expression lapsorum curam mediocriter temperandam. qui ne vise nullement un adoucissement de la discipline, comme l'a cru Ywk. KGAU.s t. I, p. I GO, Paderborn. 1897. Ce contresens a été relevé par le H. P. Stupler, ZSKT., L907, p. 597-598.

2. Ep., \\\. .s p. 555. 22-550. 15 : « Cuius temperamenti moderamen nos hic tenere quaerentes, diu et quidem inulti et quidem cum quibusdam episcopis vicinis nobis et adpropinquantibus et quos ex aliis provinciis longe positis persecutionis istius ardor deiecerat, ante constitutionem episcopi nihil innovandum putavimus, sed lapsorum curam mediocriter temperandam esse credidimus, ut intérim dum '■piscopus dari a Deo nobis sustinetur, in suspenso eorum qui moras possunt dilationis sustinere causa teneatur, eorum autem quorum vitae suae finem urgens exitus dilationem non potest ferre, acta paeaitentia et professa fréquenter suorura detestatione factorum. si lacrimis, si gemitibus, si fletibus dolentes ac vere paenitentes anirai signa prodiderunt. cum spes vivendi secundum hominem nulla substilerit. ita demum cante el sollicite subveniri, Deo ipso sciente quid de talibus facial et qunliler iudicii sui examinai pondent, nobis

d'évèques voisins et d'autres d'évèques encore, amenés de loin par la persécution, s'est abstenu de rien innover, réservant au futur évêque le soin de statuer définitivement sur le sort des lapsi. Mais eu égard à la nécessité pressante des moribonds qui ne peuvent pas attendre, il admet que, s'ils ont fait pénitence et donné des marques répétées de conversion, on peut les assister sous toute réserve : Dieu sait ce qu'il fera de ces pénitents !

Le ton de cette lettre est notablement plus sévère, moins abandonné, moins évangélique que le ton des lettres adressées par saint Cyprien à ses ouailles ; l'approbation donnée à la conduite de l'évêque s'enveloppe de formules diplomatiques où perce une affectation de sévérité et comme une sorte de regret de pardonner ; le contraste est sensible avec ces accents partis du cœur, auxquels Cyprien nous avait habitués. Mais enfin, l'approbation est réelle sur tous les points, maigré un souci évident de ne pas engager l'avenir1.

Dans la seconde lettre, qui parait bien de la même plume"', le clergé romain exprime à Cyprien la sympathie due à son courage, en même temps que son indignation contre les entreprises qu'il lui faut réprimer. A quoi pensent ces téméraires qui, en pleine persécution de l'Église, revendiquent

tamen anxie curantibus ut nec pronam nostram inprobi homines laudent facilitatem nec vere paenitentes accusent nostram quasi duram erudelitatem. »

1. M. G. H. Turner, Studies in early Church History, p. 119, trouve dans cette lettre « the uncompromising exclusion of ail the lapsed from any hope of restoration to Church communion ». Que ce fût dès lors chez Novatien une « idée de derrière la tète », je ne suis pas éloigné de le croire; mais il s'était bien gardé de l'exprimer trop crûment, et l'analyse de cette même lettre par M. Turner, p. 115, marquait très justement cette réserve : « Xo readmissions will be granted to the lapsed at Rome... until the persécution has ceased. »

2. L'identité du rédacteur pour ces deux pièces, vraisemblable a priori, est suffisamment garantie par leurs caractères littéraires. Je relèverai seulement un détail de style assez suggestif. On lit Ep., xx\, 2. p. 549, 17. 18 : « Quid enim magis aut in pace tam aptum aut in bello persecutionis tam necessarium » ; 4, p. 552, 8 : « Cum nulli magis tam congruens esset »; et Ep., xxxvi, 2, p. 573, 26 : « Ut merito nulli magis tam sit competens. » Cet emploi anormal de magis tam paraît bien un trait personnel.

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leur propre paix comme un droil1? Ne se condamnent-ils pas eux-mêmes en revendiquant ce que, d'autre part, ils assurent déjà tenir? Et que n'attendent-ils le jugement de ceux qui, seuls, peuvent leur donner la paix, des évêques? Comment accordent-ils leurs prétentions avec l'Évangile? et avec les exemples des anciens martyrs? Mais, il faut l'espérer, le temps aura raison de ces révoltes. Déjà Cyprien a fait justice de Privât de Lambèse2, un intrigant qui a voulu mettre Rome dans ses intérêts. Mais Rome sait à quoi s'en tenir sur le compte de Privât, dont l'émissaire était déjà percé à jour avant que Cyprien l'eût dénoncé.

A considérer l'ensemble de cette correspondance, qui appartient à la vacance du siège apostolique, nous y voyons marqués deux courants de doctrine. Un premier courant, localisé en Afrique, est représenté par ces prêtres qui pratiquaient, sans hésitation ni mesure, la réconciliation des lapsi, sur la recommandation des confesseurs. Un autre courant, de doctrine plus ferme, règne à la fois en Afrique et à Rome. Il ne semble pas possible de le dédoubler, caries différences de langage que nous avons relevées, entre saint Cyprien et ses correspondants romains, n'atteignent pas le fond des choses, au moins de façon appréciable : par la plume habile de Novatien, le clergé de Rome souligne l'antique sévérité de la tradition romaine et enveloppe son approbation de précautions infinies; mais, en somme, il ne manifeste ni éloignement ni surprise devant les deux articles principaux du prog; anime exposé par Cyprien : à l'égard des lapsi en général, attitude réservée, mais encourageante pour tous ceux qui donnent de

1. Ep., xxxvi, !, p. 573, 3-11 : Quos quidero satia miratisumus ad hoc asque prosilire voluisse u! tam urgenter et tain immaturo atque acerbo tempore, in tam ingenti et immenso crimine atque delicto

m sibi non adpeterent quam vindicarent, immo iam el in caelis habere se dicerent. Qui si habeni. quid petunt quod tenent? Si autem non habere illos probatur hoc ipso quod pelunt, eur non iudicium eorura sustinenl a quibua pefendam pacem, quam utique non habent, putaverunt? Quod si aliunde praerogativam communicationis habere se credunt, ''11111 Evangelio illam conferre conentur.

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