BA.INT CYPRIEN KT LK PAPE SAINT CORNEILLE
La paix est rendue à L'Église, l'évèque revoit son troupeau. Il s'empresse de rendre grâces à Dieu et salue les glorieux confesseurs, dont la persécution a fait éclater la foi héroïque. Foi digne de tout éloge, soit quelle ait ose s'affirmer dans les tourments, soit encore qu'elle ait préféré se mettre à couvert par une prudente retraite, qui était déjà un hommage de fidélité à Dieu. Hélas! il y a une ombre à cette lumière : l'Église pleure sur des défections. Dieu a voulu éprouver les siens. (Juelques-uns s'oubliaient dans le soin d'accroître leur patrimoine et dans beaucoup d'occupations vaines, sinon coupables. Une si terrible leçon a dessillé bien des yeux. Au premier assaut de la persécution, nombre de fidèles ont faibli. Plusieurs ont volé aux autels des idoles; quelques-uns môme se sont faits les pourvoyeurs de l'apostasie. Ceux-là n'ont pas d'excuse : ils pouvaient tout au moins fuir. Il faut l'avouer : pour beaucoup, le grand mal a été un attachement excessif aux biens de ce monde. D'autres ont succombe à la rigueur des tourments : ils sont plus excusables, et tel d'entre eux a trouvé grâce devant Dieu, ainsi Gastus et Emile, retournés au combat et morts dans les flammes. Mais que dire de ceux qui ont couru à l'apostasie? A ceux-là il faut un remède énergique : le prêtre serait bien mal avisé qui leur dissimulerait la grièveté de leur faute : tel un médecin qui tromperait un malade sur son état, et, pour ne pas entendre ses cris, s'abstiendrait de porter le fer dans la plaie. Hélas! plusieurs ont donné ce triste spectacle, d'une complaisance infidèle à Dieu, pernicieuse aux âmes, trompeuse et complice de sacrilège. Ennemis de la pénitence, fléaux des âmes. Que nul ne se flatte, que nul ne s'illusionne1. Il n'appartient qu'à Dieu de
1. De lapsis. 17-ls. p. 2i*J, L7-250, 22 : « Xeino se fallut . nemo d< cipiat. Solus Dominus misereri potest. Veniam peccatis quae in ipsum commissa sunt solus potest illo largiri qui peccata nostra portavit, qui pro nobis doluit. quint Iléus tradidit pro peccatis nostris. Homo Deo maior non potest esse, née remittere aut donare indulgenlia sua serras potest qu<«l in Dominum delicto graviore eommissum est. oeadhuc lapso et hoc accédât ad crimen, si nesciat esse praedictum [1er., \\\\. 5) : Maledictus /m/no qui spem habet in hominem. Dominas orandus est, Dominos aostra satisfactione placandus est qui negantem negare se <li.\it. qui omne iudicium de Pâtre solus accepit.
326 l'édit de CALL1STE.
faire miséricorde, comme lui seul a expié pour nous. Sans doute, les mérites des martyrs et les œuvres des justes sont d'un grand prix : on s'en apercevra au jour du jugement, à la fin de ce siècle et du monde, quand le Christ réunira tout son peuple devant son tribunal. Mais celui qui s'imagine pouvoir donner hâtivement et à tous le pardon des péchés, et qui ose violer les commandements du Seigneur, loin de rendre service aux pécheurs, celui-là ne peut que leur nuire. C'est provoquer la colère que d'enfreindre la sentence, et, au lieu de recourir à la miséricorde, de la braver. Les âmes des martyrs, sous l'autel de Dieu, redisent (Apoc, vi, 10) : Seigneur, saint et véridiqne, quand donc jugerez-vous enfin et venger ez-vous notre sang des habitants de la terre? Cependant il leur faut attendre l'heure de la justice. Et un homme se croirait permis de la devancer? Un martyr parle : on doit avoir égard à sa parole si elle est juste, légitime, si elle n'entend pas forcer, contre Dieu même, la main du prêtre : à cette condition, le prêtre pourra condescendre. Encore faut-il savoir tout d'abord si le martyr est autorisé par Dieu à formuler cette demande. Il y a prière et prière : Dieu n'exauce pas toute demande indifféremment. Croit-on qu'il fera céder l'Évangile même devant les martyrs de l'Évangile1? Les menaces de l'Ancien Testament demeurent et ne permettent aucun espoir à l'orgueil impénitent-. N'avons-nous pas sous
Credimus quidem posse apud iudicem plurimum martyrum mérita ei opéra iustorum, sed cura iudicii dies venerit, cura post occasum saeculi huius etmundiante tribunal Ghristi populus eius adstiterit. 18 Ceterum si quis praepostera festinatione temerarius remissionem peccatorum dare se cunctis putat posse aut audet Domini praecepta rescindere, non tantum nihil prodest, sed et obest lapsis. Provocasse est iram non servasse sententiam, nec misericordiam prius Domini •lepreeandam putare, sed contempto Domino de sua facilitate praesumere... Mandant aliquid martyres fieri : si iusta, si licita. si non contra ipsum Dominum a Dei sacerdote facienda, sit obtempérant) s i'acilis et prona consensio, si petentis fuerit religiosa moderatio. Mandant aliquid martyres fieri : si scripta non sunt in Domini lege quae mandant, ante est ut sciamus illos de Domino inpetrasse quod postulant, tune facere quod mandant. Neque enim statim videri potest divina maiestate concessum quod fuerit humana pollicitatione promissum. »
1. De lapsis, 20. — 2. De lapsis. 21. — Ez., xlii, 24 sq. ; Is., lix, 1 sq.