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LA PRATIQUE DES APOTRES

Ion cœur n'est pas droit devant Dieu. Repens-toi de celte faute et prie le Seigneur qu'il daigne te pardonner cette pensée de ton cœur, car je vois que tu es dans le fiel amer et dans les liens d'iniquité. » L'apôtre, bien instruit des pensées de son Maître, engage le coupable à se tourner vers Dieu pour implorer son pardon : Dieu vient en aide au pécheur qui prie. Paroles deux fois instructives, et par l'affirmation du droit exclusif de Dieu à remettre l'offense et par celle des conditions que doit remplir le candidat au pardon. On ne saurait trop méditer les deux articles de ce programme, énoncés par celui-là même que l'Évangile désigne comme le principal ministre des pardons dispensés au nom du Christ.

L'avertissement donné par l'apôtre ne semble pas avoir, pour cette fois, porté ses fruits : il n'existe aucun indice que le pécheur se soit amendé. Le souvenir très authentique de Simon de Samarie devait ultérieurement servir de point d'attache à toute une littérature apocryphe où on le voit maintenir son personnage d'hérésiarque. Une légende, répandue dès le troisième siècle, le montre à Rome devant Néron, luttant de puissance et de prestige avec les apôtres Pierre et Paul. Il offre de s'élever dans les airs et, de fait, soutenu par les démons, il commence à voler. Mais Pierre commande aux démons : le magicien tombe et se broie contre le sol. Toujours est-il que la légende même rend témoignage de la croyance primitive du christianisme touchant le pouvoir confié aux apôtres. Le pouvoir de délier avec discernement a pour corrélatif nécessaire le pouvoir de lier : seul pouvoir dont saint Pierre use à l'égard de Simon.

D'ailleurs, sans dépasser les premières pages des Actes des Apôtres, nous aurions pu constater déjà un exemple terrifiant. Au temps de ce bienheureux communisme que rendit possible, pour un jour, le détachement des premiers chrétiens, deux époux, Ananie et Sapphire, avaient vendu leur champ, soi-disant pour en consacrer le prix aux besoins de leurs frères1. Mais ils mentirent sur le prix, et on connaît la

J. Act., v. 1 sq<|.

suite. L'un après l'autre, ils tombèrent aux pieds des apôtres qu'ils avaient cru tromper impunément. Les deux époux, subitement liés dans la mort, manifestent l'un des aspects de la prérogative apostolique. L'autre aspect se manifeste dans les paroles d'espoir données par saint Pierre au Samaritain.

C'est encore une parole d'espoir qui retentit dans la première épitre de saint Pierre, parmi des appels réitérés à une vie meilleure, appels d'où semble bien résulter qu'il y avait dès lors dans l'Église quelques abus. « Soyez tempérants; soyez sobres; soyez vigilants », redit l'apôtre1. Parmi ces invitations, il ajoute2 : « Par-dessus tout, aimez-vous grandement les uns les autres : car l'amour couvre une multitude de péchés. » Et dans la deuxième, adressée3 « à ceux qui ont eu part avec nous à la même foi, dans la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ », après avoir flétri4 « les docteurs de mensonge qui introduisent des sectes de perdition,... attirant sur eux-mêmes une prompte perdition et entraînant plusieurs dans la voie du désordre », après avoir marqué5 que si, « ayant fuites souillures du monde pour s'attacher à la connaissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, on s'y laisse ensuite vaincre et engager de nouveau, on est plus à plaindre qu'au commencement, car mieux voudrait n'avoir pas connu la voie de la justice que, l'ayant connue, se détourner de la doctrine sainte... », après avoir réveillé les âmes par la perspective du divin jugement, il ajoute1' : « Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de sa promesse, comme quelques-uns le pensent, mais il patiente à cause de vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent, mais que tous viennent à pénitence. » Tel est le mot d'ordre consolant de l'apôtre saint Pierre.

Saint Paul rencontra, lui aussi, dans l'Église, le relâchement et le vice. Les deux épitres aux Corinthiens en font foi. Dans la première, nous le voyons s'indigner7 qu'un pécheur

1. I Petr., iv, 7 ; v, 8. — 2. Ibid., iv, 8. — 3. II Petr., i, 1. — 4. Ibid., h i. 5. Ibid., ii, 20-22. — 6. Ibid., m, 9. — 7. I Cor., v, 1-13.

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scandaleux, notoirement coupable d'inceste, n'ait pas encore été retranché de la communauté chrétienne, et qu'on ait attendu pour cette exécution la sentence que lui-même porte sans hésiter. Dans la seconde, il revient à plusieurs reprises sur la question de la pénitence ', et se préoccupe d'obtenir de ces fidèles un amendement dont le besoin se faisait grandement sentir, car il y avait, parait-il, dans l'Église de Corinthe, bien des dissensions entre frères, outre les désordres de mœurs. Le ministère de réconciliation dont les Apôtres, euxmêmes réconciliés à Dieu, sont devenus les bérauts et des agents2, c'est avant tout le baptême. Néanmoins, dans le même contexte, saint Paul presse des baptisés de se prêter à une , nouvelle réconciliation, et il semble bien que c'est toujours en vertu du même mandat, dont la portée n'a pas de limites. Une tradition patristique, dont nous pouvons remonter la chaîne jusqu'au commencement du troisième siècle, affirme que l'incestueux excommunié dans la première épitre apparaît réconcilié dans la seconde3. Tertullien qui, le premier, nous révèle l'existence de cette tradition, ne la mentionne que pour la combattre4, et il donne de son sentiment des raisons qui, bien qu'alléguées pour le besoin d'une mauvaise cause, ne sont pas dénuées de toute valeur. Néanmoins, les Pères qui ont repris après lui l'examen de ce problème historique, se sont prononcés unanimement contre Tertullien"1. Ils pensent que l'incestueux de Corinthe fut effectivement réintégré dans l'Église par saint Paul, et leur sentiment, s'il ne s'impose pas à notre croyance — car il n'a pas un caractère dogmatique — , est pourtant très fortement motivé. Il demeure incontestable que, parmi les fautes pour lesquelles l'apôtre exhortait les fidèles de Corinthe à la pénitence, figuraient des

1. Notamment II Cor., v, 20 : Aso'fXÉÔa 0;:lpXpiaToij, ■/.■/-■xùA-^-.i tÇêeâi; vu, 9-10; xn, 21.

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