Tertullien, De pudicitia
2. Concile d'Ancyre (314), can. 21. 22. 23, ap. Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima Collectio, t. II, p. 520, ou Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. I, p. 322-324, Paris, 1907.
3. Canon d'Elvire, 63, Mansi, t. II, p. 16 B; Canon d'Ancyre, 21, ib., p. 520; Origène, In Mt., t. XIII, 30, PG., XIII, 1173 B; Lactance, Divin. Inst., VI, 20, PL., VI, 708-709.
i. Philosophumena, IX, 12, p. 445, 11 : 'Opaxe eîç Sarjv à<J=6;iav l'fùyr^vi 6 dtvofjioç tAOï/dav xai ;p6vov Iv xw aùxCi otoàax.'.ov. 5. Voir ci-dessus, ch. VI.
ciliation ecclésiastique des pécheurs et n'excluant aucune catégorie. Ces assertions, nous les avons recueillies notamment chez Tertullien catholique, chez Clément d'Alexandrie, chez Denys de Corinthe, chez Hermas, donc en des Églises très distantes les unes des autres et très représentatives, en divers temps et de la part d'auteurs qui ne se sont pas concertés. Une exception ne peut être admise qu'autant qu'on la prouverait, et seulement si ces auteurs en ont réservé la possibilité. Ils ne la réservent point. Leurs assertions visent au contraire tous les péchés, d'autant plus qu'ils sont plus énormes. S'il y avait un péché tellement énorme qu'il restât nécessairement hors des prises de l'assertion générale, il fallait le donner à entendre, en désignant ce péché, soit en sa propre espèce, soit au moins par un terme générique. Ils ne le font pas. La seule désignation générique où l'on pourrait essayer de ranger des péchés irrémissibles devant l'Église, est celle de péché contre Dieu l. Nous avons rencontré plus haut cetlc expression, et nous avons expliqué comment elle convient premièrement à l'idolâtrie, secondairement à l'impudicité, enfin, d'une certaine manière, à l'homicide. Mais l'argument qu'on en voudrait tirer pour montrer l'homicide exclu des pardons de l'Église, porte trop loin et conséquemment ne porte pas du tout : car il se trouve que saint Cyprien, qui s'attache plus que personne à cette formule, ne tient pour irrémissible devant l'Église ni l'idolâtrie, ni l'impudicité. Ajoutons : ni l'homicide. Car l'unique texte où Ton a cru parfois lire le contraire 2 ne renferme rien de tel. Expliquant l'oraison dominicale, Cyprien est amené à recommander le pardon des injures, et pour en faire sentir la nécessité, il rappelle, après la parole de saint Paul sur l'impuissance du martyre même à suppléer la charité, la parole de saint Jean, comparant la haine à l'homicide; il conclut très légitimement qu'on ne peut entrer au ciel avec la haine au cœur, non plus qu'avec
1. Saint Cyprien, Testimoniorum ad Quirinum, III, 28, p. 142, 6-7 : « Non posse in Ecclesia remitti ei qui in Deum deliquerit. » Voir cidessus, ch. X, p. 312.
2. Voir Me1- Batiffol, L'Eglise naissante et le catholicisme, p. 413,
TRAITEMENT DE I.HOMICIDi:. .y)'.)
une volonté homicide1. Dans ce développement moral, qui d'ailleurs n'est point particulier à saint Cyprien, on ne trouve ni une allusion à la discipline de l'Église, ni un pénitent; la question du traitement ecclésiastique de l'homicide n'est pas même touchée.
Au reste, nous ne sommes pas réduits à ces sweeping assertions par lesquelles les anciens Pères offrent sommairement le pardon à tous les péchés, ni à des raisons purement négatives : il ne manque pas non plus de textes précis et positifs, qui sont, tout au moins, de nature à faire réfléchir. Nous avons cité en son lieu'2 certain passage d'Hermas où figurent, confondus parmi les blasphémateurs et les apostats, des chrétiens traîtres aux serviteurs de Dieu. L'expression est claire dans la langue de la vieille Église : il s'agit des lâches qui, en temps de persécution, livraient leurs frères aux inquisiteurs ou aux bourreaux. L'Église ne les tenait pas pour innocents du crime d'homicide : un canon d'Elvire en fait foi3. Hermas nous dit à deux reprises que ces pécheurs sont désespérés. Mais il faut bien entendre son langage : pour lui, un pécheur désespéré est tout simplement un pécheur qui ne se convertira pas. Et de fait, parmi ces traîtres coupables d'un forfait noir entre tous, nous trouvons les propres enfants d'Hermas qui, après
1. Saint Cyprien, De dominica oratione, 24, p. 285. 16-21 : « Discordajas et dissidens et pacem eu m fratribus non habens, secundum quod beatus apostolus et Scriptura sancta testatur, nec si pro nomine i ccisus fuerit, crimen dissensionis fraternae poterit evadere, quia, sicut scriptum est, qui frai rem suum odit, homicida est (I Io.. m. 15), nec ad regnum [eaelorum] pervenit aut cura Deo vivit homicida. » — Comparer De catliolicae Ecclesiae unitate, 13. li.
1. Hermas, Sim., VIII, 6, 4 : OStoé eîciv oc ijioarciTai xal ^pooàica tîj;
ExxXt)<t(<xç xaî fJXaaÇYjjAïfaaVTes bi txî": apaprfatç ocÙtwv riv Kyptov, ïti oï xaî
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3. Conc. d'Elvire (vers 300), can. 73. Mansi, t. II, p. 17 D : « Delator si quis exstiterit fidelis et per delationem eius aliquis fuerit proscriptus vel interfectus, placuit eum née in finem accipere communionem; si levior causa fuerit, intra quinquennium accipere poterit communionem; si catechumenus fuerit, post quinquennii (empora admittetur ad baptismum. »
l'édit de cai.liste. 23
avoir trahi leurs parents, font pénitence et obtiennent leur pardon '. Est-ce tout simplement parce que la trahison n'avait pas atteint son effet suprême, par la mort de ceux qu'ils avaient trahis? Non. Cette circonstance extérieur eatténuait aux yeux des hommes la gravité du crime, elle ne l'atténuait pas devant Dieu juge des consciences, et l'on sait que, selon la pensée d'Hermas, le seul obstacle au pardon divin est l'endurcissement du cœur. Il reste donc que l'intention homicide des enfants d'Hermas n'est pas frappée d'une sentence inexorable : la prière et la pénitence d'Hermas ont obtenu aux coupables de rentrer dans la paix de l'Église et dans la voie du salut 2. La Didascalie des Apôtres, codifiant, au milieu du 111e siècle, la tradition des Églises de Syrie, s'occupe d'autres pécheurs, eux aussi homicides par l'intention, et voici la ligne de conduite qu'elle trace aux évêques 3 :
Si donc votre jugement est sans acception de personnes, ô évêques, considérez celui qui accuse son frère : si c'est un frère trompeur, qui porte l'accusation par jalousie ou envie, pour troubler l'Eglise de Dieu, et pour faire mourir celui qu'il accuse, en le faisant chasser de l'Église et jeter au supplice du feu, jugez-le durement, parce qu'il a amené le mal sur son frère; car, dans sa pensée, s'il avait pu l'emporter dans l'esprit du juge, il tuait son frère par le feu. Il est écrit que Si quelqu'un répand le sang d'un homme, son sang sera répandu en place de celui qu'il a versé (Gen., ix, 6). Si donc il se trouve quelqu'un de ce genre, chassez-le de l'Église comme un meurtrier avec grande réprimande. Après un certain temps, s'il témoigne se repentir, admonestez-le, chargez-le d'une dure discipline, puis imposez-lui les mains et recevez-le dans l'jdiglise. Mais veillez sur celui qui est ainsi et soyez attentifs à ce qu'il ne trouble plus personne autre.
Si telle était la mesure du châtiment pour un crime abominable, il faut avouer que les Églises d'Orient ne répugnaient pas absolument à réintégrer certains homicides dans la communion des fidèles.
1. Hermas, Vis., il, 2, 2 : Tb arcépjxa apu, cEp;j.à", rjôéTYjaav eÎ; tôv 6eov xal èSXaacpTiij.Yiaav eîç xbv Kûptov xal 7ipo£5cuxav tou: yovsîç aùxâiv iv -ov7jp''a [J-sy^Àrj xaï -/jxouaav 7tooo6xai yov&dv xal Jipoô6vTc: o\>/. c'icpîÀïjOrjoav, à).Àà I'ti ;:poaê'0r1xav touç àfxaptîaiç aùitov Ta; àsEÀya'aç >cal aufAÇupiAob; 7:ov7]p(a:. xai outcoç Ink^aSrjaav al avortai aùxwv.