‹ L'édit de CallisteChapitre 213 sur 252 · Saint Athanase, Ep. ad Rufinianum, PG., XXVI · texte numérisé non relu

Saint Athanase, Ep. ad Rufinianum, PG., XXVI

églises d'orient-, 373

Saint Basile le Grand et son frère saint Grégoire de Nysse ont laissé le premier trois Épitres dites canoniques, le second une, où ils exposent à des évêques moins expérimentés la tradition des Églises d'Asie touchant la pénitence. Les trois épitres de saint Basile renferment en 8V canons la réponse à un questionnaire détaillé envoyé par Amphiloque évèque d'Iconium; Tépitre de saint Grégoire présente, sous une forme plus synthétique, une classification des péchés, avec indication des principales peines.

Voici quelques-uns des points touchés par saint Basile dans ses trois épitres adressées à Amphiloque1.

Les clercs tombés dans une faute mortelle seront dégradés de leur ordre, mais ne subiront pas, pour la même faute, d'autre peine, et pourront être admis à la communion laïque (can. 2. 32. 33. 55). Les hérétiques à l'article de la mort doivent être réconciliés s'ils donnent de vrais signes de pénitence (can. 5). Les vierges consacrées à Dieu, qui violent leurs engagements, ne seront pas tenues pour mariées; leur infidélité à Dieu est assimilée à un adultère (can. 6. ii. 60). Les impudiques de diverses catégories, les homicides, les idolâtres, doivent être exclus de l'Église; mais non sans espoir de retour. Certains impudiques, pénitents depuis trente années, ont largement droit à la réconciliation (can. 7) ; un grand nombre de canons fixent le terme de la réconciliation pour les divers cas d'impudicité (can. 22. ii. 58. 59. 62. 63. 75. 76. 77. 78. 79. 80). Pour l'apostasie, la pénitence durera autant que la vie; mais l'apostat pourra être réconcilié à la mort (can. 73). L'homicide volontaire est astreint à vingt-cinq ans de pénitence (can. 56) ; l'homicide involontaire à dix ans (can. 57; cf. 11). Les homicides commis à la guerre n'ont pas été traités parles anciens Pères comme de vrais homicides; néanmoins, à celui dont les mains ont versé le sang, Basile conseillerait volontiers de se tenir durant trois ans éloigné de la sainte table (can. 13). Celui qui a porté les armes contre les brigands sera lui-même excommunié ; on ne nous

l. Saint Basile, Epistolae canonivae ad Amphilochium, Ep., ci.xxxvm. cic. ccxvn, PC, XXXII, 664-684; 715-732; 793-810.

374 t/édit de calliste.

dit pas pour combien de temps (can. 55). Une femme qui a pratiqué l'avortement fera dix ans de pénitence (can. 2) ; une mère qui abandonne son fruit est regardée comme coupable d'homicide (can. 33. 52).

Malgré le soin de tarifer en quelque sorte la pénitence, Basile revient à plusieurs reprises sur cette idée que l'on ne saurait établir en cette matière des règles inflexibles et qu'à la discrétion du ministre de la pénitence incombe le soin d'interpréter les desseins de la grâce divine, surtout en abrégeant ou prolongeant l'épreuve selon les dispositions du pécheur (can. 2. 3ï. 5i. 74. 84). L'essentiel est, dans tous les cas, d'assurer de dignes fruits de pénitence.

Dans son épitre canonique à Letoius évèque de Mélitène1, saint Grégoire de Nysse indique une classification des péchés fondée sur la distinction des trois puissances de l'àme : raison, appétit concupiscible, appétit irascible.

Les fautes qui procèdent de la raison sont les plus graves de toutes, parce qu'elles impliquent plus de connaissance. L'idolâtrie en est le type. Renier la foi du Christ pour passer soit au judaïsme, soit à l'idolâtrie, soit au manichéisme, est un crime pour lequel ce n'est pas trop d'une vie de pénitence. Ces apostats demeureront excommuniés toute leur vie; seulement à la mort on les fera participer aux saints mystères. Si, après avoir reçu cette grâce, ils se rétablissent, ils passeront néanmoins le reste de leur vie au rang des excommuniés. Toutefois la tradition des anciens Pères est plus bénigne à l'égard de ceux qui ont faibli au milieu des tourments : on se contente d'exiger d'eux la même pénitence que des fornicateurs (can. 1 et 2). Ceux qui se sont adonnés à la magie ou ont consulté les devins, seront interrogés soigneusement : s'ils ont réellement déserté la foi, ils seront assimilés aux apostats; s'ils n'ont cédé qu'à une violence physique ou morale, ils seront assimilés à ceux qui ont apostasie au milieu des tourments (can. 3). Quant aux fautes de la chair, quelques-uns ont appliqué à toutes sans distinction le même traitement. Grégoire n'ap-

1. Saint Grégoire de Nysse, Ep. canonica ad Letoium Melitine* episcopum, PC, XLV, p. 221-236.

églises d'obi ent. 375

prouve pas cette conduite. Il estime la fornication simple wopvefa) moins grave que l'adultère [pov/efa), lequel se complique d'une injustice à l'égard d'autrui, et que des fautes contre nature (bestialité, sodomie). Il y a d'ailleurs pénitents et pénitents : on usera de plus d'indulgence envers ceux qui viennent d'eux-mêmes confesser leur faute qu'envers ceux qui ont été pris eu tlagrant délit ou dénoncés par autrui. La peine canonique pour la fornication simple est : trois années d'exclusion complète de la prière; trois autres années au rang des écoutants ; trois années encore au rang des prosternés. Pour les fautes plus graves, la mesure est double. Une ferveur exceptionnelle peut donner au ministre de la pénitence lieu den abréger les dernières phases (can. 4).

Parmi les fautes qui procèdent de la colère, seul l'homicide a été anciennement l'objet d'une législation spéciale. A l'homicide volontaire on infligeait trois stations de sept ans chacune; à l'homicide involontaire, trois stations de trois ans. D'ailleurs l'homicide même involontaire rendait inhabile aux fonctions sacerdotales. La durée des stations pouvait être abaissée de neuf ans à huit ou à un temps plus court. Avant même l'expiration de ce temps, on ne laissait pas un malade mourir sans viatique can. 5).

La passion du lucre tient à la fois des trois catégories de péchés : on peut s'étonner que les Pères ne lui aient pas appliqué de traitement spécial. Grégoire n'en prendra pas l'initiative. Mais il appellera l'attention sur quelques-uns des crimes auxquels cette passion peut entraîner. Le vol à main armée est assimilable à l'homicide (can. 6). Le pillage des tombeaux, s'il va jusqu'à profaner la cendre des morts, mérite le traitement appliqué à la fornication (can. 7). Le vol sacrilège, puni sous la Loi ancienne à l'égal de l'homicide, n'est plus même puni, sous la Loi nouvelle, à l'égal de la fornication (can. 8). Au reste, le ministre de la pénitence doit tout peser : la rémission des péchés est moins attachée à la longueur du temps qu'au sérieux de la conversion.

Ainsi, dans la discipline orientale, la rigueur se tempère toujours d'indulgence.

LA DISCIPLINE DES ÉGLISES D'OCCIDENT AUX IIIe ET IVe SIÈCLES.

Cependant, à une date où l'Orient ouvrait largement aux pécheurs les voies du pardon, certains conciles d'Occident témoignent d'une discipline beaucoup plus rigoureuse et moins évoluée. C'est le cas du concile espagnol d'Elvire (peu après 300) et du concile d'Arles, réuni à propos des Donatistes(3H).

A Elvire ' furent promulgués 81 canons dont la sévérité rappelle les mauvais jours du Montanisme et du Novatianisme. On prescrit de refuser la communion 2, même à l'article de la mort, à vingt catégories de pécheurs, savoir : les adultes baptisés qui ont sacrifié aux idoles (can. 1); les fidèles baptisés qui, ayant accepté les fonctions de flamines, ont accompli des sacrifices idolàtriques et donné des jeux publics, encourant la double responsabilité de l'idolâtrie et de l'homicide, ou même la triple responsabilité de l'idolâtrie, de l'homicide et de l'immoralité (can. 2) ; de même, les flamines qui, s'étant abstenus de sacrifices idolàtriques et ayant fait pénitence pour le reste, ont commis ensuite des actes immoraux (can. 3); ceux qui ont causé la mort d'autrui par maléfices (can. 6) ; les impudiques relaps après une première péni-

Page 1