Cf. canon d'Elvire
i. Cf. saint Ctpribn, Ep. ad Antonianum, lv, 23, p. 641, 19-6'*2. 2.
mières années du iv° siècle, trouvait là naturellement à s'exercer1.
Du point où nous sommes parvenus, l'évolution de la discipline pénitentielle depuis la persécution de Dèce jusqu'à la paix de l'Église peut être assez facilement ressaisie.
On ne voit pas que l'Église grecque — et moins encore l'Église syriaque — ait jamais refusé ni la réconciliation ni la communion eucharistique aux fidèles qui, eu danger de mort, donnaient de vrais gages de pénitence. Au contraire, l'Église latine refusa quelquefois l'une et l'autre à certaines catégories de pécheurs. Ce n'est pas quelle les tint pour désespérés, mais elle laissait la pénitence faire son œuvre, n'osant pas cautionner une conversion rendue plus suspecte par la gravité de la faute. Au cours du ive siècle, elle se relâchera progressivement de cette règle.
En 385, le pape Sirice, écrivant à Himère évêque de Tarragone2, indiquait la ligne de conduite à tenir à l'égard des relaps, pour qui le recours à la pénitence publique était fermé : on se garderait bien de les abandonner sans espoir; on les admettrait même à la célébration des saints mystères ; ils y assisteraient, mêlés aux rangs des fidèles, mais sans participer à l'Eucharistie. La communion leur serait rendue en danger de mort, à titre de viatique.
Vingt ans plus tard, nous rencontrons un document plus important encore : c'est la lettre célèbre adressée par le pape Innocent Ier à Exupère de Toulouse 3. Bien placé pour embrasser du regard la tradition de l'Église occidentale, le pape nous apprend quelles phases elle a traversées; en même temps, et sans le savoir, il nous apprend quand cessa la diver-
1. Liber Pontificalis. éd. Duchesne, t. I, p. 75. 164; de plus, p. 166 n. 10; 167 n. 5. — Sur L'origine des prêtres pénitenciers, intéressant échange de vues entre M. Vacandard, BCF., t. XLII, p. 361-386 et Msr Batiffol, ibid., p. 449-456, 1905. Avec Mer BatifTol, je crois au bienfondé de la tradition qui fait remonter assez haut dans le me siècle la participation de quelques prêtres à l'administration de la pénitence.
2. Saint Sirice Ier, Ad Himerium Tarraconenscm, Ep., i, 5, 6 (10 feb. 385), PL., XIII, 1137 AB.
3. Saint Innocent Ier, Ad Exsuperium Tolosanum, Ep., vi (20 feb. 405), PL., XX, 495; DB., 95.
KGLISES D'OCCIDENT. -{SI
site, entre L'Église occidentale et L'Église orientale dans le traitement des moribonds : ce fut vers le temps du concile de Nicée, à une époque où il n'y avait plus ni persécution ni lapsi.
On a demande quelle conduite tenir envers ceux qui, baptisés, après une vie entière adonnée à L'incontinence, demandent, en présence de la mort, à la fois pénitence et retour à la communion. Dans ces cas, la pratique ancienne était dure: la pratique nouvelle, sous I intluence de la miséricorde, s'est adoucie. Anciennement on accordait la pénitence, mais on refusait la communion. En ces temps de persécutions fréquentes, on ne voulait pas. par la facilite de la communion, exposer à l'apostasie des hommes qui se seraient tenus assurés de leur réconciliation. Il y avait donc lieu de refuser la communion; on accordait la pénitence pour ne pas tout refuser absolument, et l'on mettait à la rémission des conditions plus dures, eu égard au lemps. Mais depuis que Notre-Seigneur a rendu la paix a ses Eglises, et que l'erreur a disparu, on a cru devoir, eu égard à la miséricorde du Seigneur, accorder la communion aux moribonds, comme viatique pour le dernier voyage, afin aussi de ne pas paraître imiter la dureté impitoyable de l'hérétique Novatien, qui refuse le pardon. On accordera donc, avec la pénitence, une communion suprême, afin que ces pécheurs, par la permission de notre Sauveur, soient du moins à leur dernière heure sauvés de la perte éternelle.
Rien de plus lumineux que ces paroles : elles éclairent d'abord la période contemporaine des dernières persécutions, c'est-à-dire celle-là même que nous venons d'étudier, et elles nous découvrent précisément ce que les documents conciliaires laissaient dans l'ombre : le traitement des fidèles exclus de la communion eucharistique in extremis. Le refus de communion avait sa raison dètre, dans la nécessité de frapper les imaginations et d'arrêter ceux qui auraient pu être tentés de jouer avec l'apostasie. L'admission à la pénitence avait aussi sa raison d'être : pourvoir au salut de l'àme et l'arracher au désespoir. Pour atteindre ce but, il fallait bien que cette admission à la pénitence eût, dans la pensée de l'Kglise, une réelle valeur, qu'elle fût, par une voie laborieuse, un réel acheminement au pardon, duriorem remissionem. — En second lieu, ces mêmes paroles éclairent la période postérieure aux persécutions, c'est-à-dire les trois derniers quarts du quatrième siècle, et elles nous montrent l'Église latine accordant la paix et la communion eucharistique au pénitent moribond.
C'est bien en effet la communion eucharistique dont on les munit comme d'un viatique : comrminionem abeuntibus... propter Domini misericordiam, quasi viaticum profecturis. L'assertion d'Innocent Ier, en sa partie rétrospective, cadre exactement avec les canons d'Elvire, monument d'une discipline en vigueur cent ans plus tôt : ulterius his non esse dandam comrminionem, ne illusisse de dominica communionc videantur. On voit enfin que le désir de bien marquer la différence entre les catholiques et les novatiens — qui faisaient profession de décourager la pénitence — ne fut pas étranger à ce changement.
Vingt-trois ans plus tard, le pape Gélestin Ier, écrivant aux évèques des provinces de Vienne et de Narbonne, revient sur la question de l'absolution des moribonds1 : c'est pour condamner, comme une impiété horrible, la rigueur de ceux qui désespèrent de la miséricorde divine, et affirmer le droit de ces pénitents à l'assistance de l'Église. Saint Léon le Grand y insistera encore2.
Si, au déclin du ve siècle, Fauste de Riez déclare qu'on ne peut faire aucun fonds sur ces pénitences tardives3, il traduit peut-être une constatation d^xpérience humaine, mais non les pensées divines qui réglaient la conduite des vrais pasteurs.
Ce que, deux siècles plus tôt, un saint Cyprien faisait spontanément sous l'inspiration de son zèle, achevait de devenirune loi universelle de l'Église. La difficulté est grande pour nous de suivre la distinction entre ces deux réalités que les siècles précédents avaient disjointes : l'admission à la pénitence et la réconciliation effective. Autrefois, un temps plus ou moins long s'écoulait normalement entre l'une et l'autre ; désormais l'intervalle sera plus facilement supprimé; l'identification même sera préparée par l'identité du rite. Entre l'imposition des mains par laquelle s'ouvrait l'exomologèse publique, et l'imposition des mains par laquelle elle se ter-
1. Saint Célesïin Ier, Ad episcopos provinciarum Viennensis et Narbonensis, 3 (26 iul. 428), PL., LVI, 577 B-578 A; DB., 111.
2. Saint Lkon, Ep., cvm, Ad Theodorum Foroiuliensem, PL., LIV, 1011-1014.