LA PRATIQUE DES APOTHES
se laisse surprendre en quelque faute, vous, les spirituels, redressez-le en esprit de douceur, veillant sur vous-mêmes de peur d'entrer, vous aussi, en tentation. » C'est, dans l'épitre aux Romains, cet appel énergique aux œuvres de lumière ' : « Voici l'heure de nous réveiller de notre sommeil : car notre salut est plus près que lors de notre accession à la foi. La nuit est avancée, le jour approche. Rejetons les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière. Marchons comme en plein jour honnêtement, éloignés des excès de la table et du vin, de la luxure et du libertinage, de la discorde et de la jalousie : revêtez-vous du Seigneur Jésus- Christ, ne songez point à pourvoir aux convoitises de la chair. » C'est, dans la première épitre aux Thessaloniciens, cet avertissement aux frères2 : « Nous vous en prions, reprenez les indisciplinés, consolez les pusillanimes, soutenez les faibles, usez de patience envers tous. » Ces paroles suivent de près une exhortation à la pratique des vertus chrétiennes 3, notamment de la* continence, et tirent de là un sens assez clair. La première épitre à Timothée rappelle, par l'énergie des condamnations prononcées contre le vice, les anathèmes de la première épitre aux Corinthiens. L'apôtre nomme 4 deux coupables qui ont fait naufrage dans la foi : Hyménée et Alexandre : il les a livrés à Satan, c'est-à-dire retranchés de l'Église, pour leur apprendre à ne pas blasphémer. Il flétrit', comme mortes dès cette vie, les veuves adonnées au plaisir. Il dénonce1' le scandale de ces femmes qui ont violé leur foi engagée au Christ. En général, il recommande d'infliger aux coupables une réprimande publique, pour inspirer à tous une crainte salutaire. Il défend à Tévêque d'imposer les mains précipitamment à personne, pour ne pas charger sa conscience des péchés d'autrui; et bien que l'exégèse la plus commune entende cette parole de l'imposition des mains qui fait les prêtres, on ne peut contester la réelle probabilité d'une exégèse, ancienne elle aussi, qui l'entend de l'imposition des mains pour la réconciliation des pénitents". Le
1. Rom., xm, 11-14. — 2. I Thés., v, 14. — 3. I Thés., iv, 3-7. — '». I Tint., i, 20. —5. I Tint., v, 6. — 6. I Tint., v, 11.
7. I Ton., v, 20-22 : Toi»; àpiapt^vovTar èvoiziov ?:âv:ojv IXey/j, fva xal o;.
précepte de la correction fraternelle reparaît ' dans la seconde épitre à Timothée, dans l'épître à Tite. Le serviteur de Dieu doit reprendre avec douceur, dans l'espoir que Dieu donnera aux coupables de se convertir à la connaissance de la vérité, de venir à résipiscence et d'échapper aux filets où le diable les détenait captifs. Seuls, les incorrigibles seront abandonnés à leur sens pervers.
Il importe beaucoup de remarquer que les épitres les plus récentes ne nous apprennent rien de très nouveau sur l'expérience apostolique de saint Paul. Les scandales dénoncés peu après l'an 50 par les épîtres aux Corinthiens ne sont pas moindres que les scandales dénoncés quelque douze ans plus tard par les épîtres à Timothée. L'Apôtre ne se faisait donc pas illusion sur la condition fragile de l'humanité même régénérée dans le Christ ; néanmoins il ne cesse pas de considérer les chrétiens coupables comme des chrétiens en droit et en fait : tous ceux qui ont été insérés au Christ par la foi
Xotra\ cpo'Sov I^wctiv... Xetpa; tay^éwç [i7)§Evi è-ixfÔa, [J./)oè xotvojvsi «(laptîatç àXXoxpfat;. — 11 faudrait d'abord savoir qui sont les àjj.apTâvovccç du verset 20. D'après l'exégèse la plus commune, ce seraient des prêtres délinquants, car on lit au verset 19 : Kaxà 7ip£a6uxÉpoo xarriyoptav \ir\ ^apa- ÔÉ-/OU, èxibç d jjL7j kx\ Sûo t) -rptwv u-apiûptov. Le contexte renferme d'ailleurs d'autres allusions au clergé. Dès lors n^fôeai; /stpwv du verset 22 est vraisemblablement le rite d'une ordination sacerdotale, comme il l'est certainement I Tim., iv, 14 et II Tit»., i, 6. — Mais d'autre part, ce même chapitre v s'occupe de diverses catégories de personnes, en dehors du clergé; les àp.apxd[vGVTs; pouvaient bien être des pécheurs quelconques et l'ê^i'Ôsau y stpwv le rite de leur réconciliation. Il est vrai que de ce rite, accompli sur les pénitents, le N. T. n'offre pas d'autre exemple; mais on en trouve à profusion au me siècle, et sûrement l'usage en est beaucoup plus ancien. Le xotvwvsîv ap.apTiatç àXXoTpt'cu; s'explique bien d'une connivence quelconque avec des pécheurs ; cf. I Cor., v, 6-11; II Cor., vi, 14; II Ioan., 11; Apoc, xvm, 4, et notre texte a été, dès une époque très ancienne, entendu de la réconciliation des pécheurs. Voir Tertuluen, De pudicitia, 18, 9 ; saint Cyprien, Ep., lxvii, 9, etc.. — Le R.P. Galtier vient de défendre cette exégèse : La réconciliation des pécheurs dans saint Paul, RSR., t. III, p. 448- 460, 1912. Il conclut ainsi : « Des trois grandes impositions des mains pratiquées par l'antiquité chrétienne, aucune n'était inconnue de l'âge apostolique : comme on trouve ailleurs celle de la tradition du Saint- Esprit et celle de l'ordination, on aurait également ici celle de la réconciliation des pécheurs. »