EA PRATIQUE DES APOTRES
et le baptême, lui appartiennent à jamais et sont membres de son corps mystique1, alors même qu'ils cesseraient de recevoir l'influx vital de l'Esprit-Saint qui est l'àme de ce corps. Saint Paul ne connaît que deux manières de quitter ce corps : l'apostasie volontaire, et l'excommunication plus ou moins rigoureuse prononcée par l'autorité ecclésiastique. D'autre part, il n'a jamais détaché ses yeux de l'idéal très pur vers lequel l'Église fait profession de tendre et qu'elle ne réalisera pleinement que dans le ciel. Cet idéal atteint sa plus haute splendeur dans les épîtres de la captivité, où Paul invite les époux chrétiens à régler leur amour mutuel sur l'exemple de l'amour voué par le Christ à cette « Église glorieuse qui n'a ni tache ni ride ni rien de tel, mais qui est sainte et immaculée »2. Or ce n'est point là, dans l'enseignement de l'Apotre, une profonde nouveauté. Dès les premières épîtres, l'accession au christianisme est décrite comme une insertion au Christ, qui requiert une vie sainte3; car tous les fidèles ne font qu'un dans le Christ, ils ont revêtu le Christ, ils ont contracté individuellement l'obligation de se respecter euxmêmes, comme les temples de l'Esprit-Saint4. Paul n'a donc jamais cessé d'associer dans sa pensée l'idéal d'une pureté sans tache avec les constatations douloureuses de l'expérience quotidienne. Son ecclésiologie porte simultanément empreints ces deux caractères : un véritable réalisme et un sincère idéalisme moral. Trop réaliste pour méconnaître dans le chrétien une fois incorporé au Christ un membre du Christ, membre atrophié peut-être, ou membre mort, mais non pas détaché du tronc avant le jour où lui-même s'en retranche par l'infidélité volontaire ou mérite d'en être retranché par mesure violente, saint Paul pousse cette conception jusqu'à ses dernières conséquences. C'est ainsi que, même dans l'infidèle uni à un fidèle par les liens du mariage, il reconnaît comme un prolongement du corps du Christ, avec une certaine participation de sa sainteté; dans les enfants issus