‹ L'édit de CallisteChapitre 221 sur 252 · I.I.S DERN1BH8 NÛVATIENS · texte numérisé non relu

I.I.S DERN1BH8 NÛVATIENS

L'Église : et enseigna qu'on peul les effacer par une conversion sincère; tombé à son lour, comme Saiil, comme Judas, devenu loup ravissant, il a t« >ut oublié : les menaces de Dieu contre les mauvais pasteurs (Zeêch., \i, W : Ez.} \\\iv, :{. 4. 10. 11. 1G), et l'exemple évangélique du bon Pasteur-, avec toutes les paraboles de miséricorde (Le, \\). Dieu daigne préserver les siens d'un si funeste exemple et leur inspirer les sentirnenls d'une vraie pénitence '!

Ces auathémes scripturaires , dont l'écho se prolongera durant deux siècles, donnent la note exacte de la réprobation soulevée en Occident par le schisme novatien. Encore que leur attribution à saint Cyprien soit sûrement fausse, elle répond bien au sentiment des plus nobles consciences de ce temps. VAd Novatianum traduira encore la pensée de l'Église quand éclatera dans l'Afrique latine le schisme de Donat.

Le groupe donatiste qui, à cinquante ans de distance, reprit à son compte une partie du programme novatien, et surexcita les espérances de la secte, eut des sévérités spéciales pour les apostats ou traditeurs des choses saintes, mais non pas une doctrine cohérente en matière de pénitence. D'ailleurs circonscrit quant au lieu, avili par toute sorte d'excès, ce schisme ne fut qu'une crise particulièrement morbide dans le rêve ecclésiologique souvent repris depuis Montan. Le mouvement novatien proprement dit était destiné à un plus long avenir, aussi bien qu'à une diffusion plus universelle.

Au déclin du iv' siècle, saint Pacien, évêque de Barcelone, écrit au novatien Sympronianus trois lettres qui nous sont parvenues. L'attaque u'a pas changé; malgré les efforts de la secte pour renouveler son armement et se couvrir d'autorités nouvelles, il sufht de la ramener à son origine pour la trouver vulnérable comme au premier jour. A titre d'exemple, nous analyserons la troisième lettre à Sympronianus4.

Pas de pénitence après le baptême; l'Église ne peut pardonner une faute mortelle, ou plutôt elle-même se tue en

I. Ad Novatianum, 14. — '1. Ad Novatianum, lô. — 3. Ad Nova* lianum, l*i-lx.

t. Bain! Pacii .. Ad Sympronianum, l7.p}>. ni. Contra tractatus Novatianorum. PL., XIII, 1 06:!- 1082.

prétendant recevoir les pécheurs. C'est toute la thèse novatienne1. Qui l'a formulée? Novatien. Une grande autorité! Passe encore si c'était un homme sans reproche, s'il n'avait jamais prêté l'oreille à Novat, jamais abandonné l'Église, s'il avait été élu par les évêques, consacré selon la loi ordinaire, s'il avait pris possession d'une chaire vacante dans l'Église... Faute de pouvoir produire de semblables litres, on en appelle à la sainteté de l'Église, proclamée tant de fois dans l'Écriture2 (I Tim., m, 15; Eph., v, 30. 27; Ps., xliv, 10; cxxvh, 3; Cant., vi, 7. 8; Eph., h, 20); à la renaissance baptismale ; aux enseignements de l'Apôtre sur le corps mystique du Christ (I Cor., xn, lk; II Tim., n, 20; etc.). Les catholiques savent tout cela3; Novatien le savait aussi quand il écrivait cette lettre où il admet si nettement, au nom du presbytérat romain, la réconciliation des lapsi en danger de mort. On connaît d'ailleurs les origines de cette hérésie4 : l'élection de Corneille, les intrigues de Novat, l'ambition, soudain démasquée, de Novatien. Est-ce de par l'Évangile qu'on espère défendre cet homme0? Mais les évêques remettent les péchés de par l'Évangile. Loin de faire double emploi avec le baptême, cette seconde rémission s'en distingue par l'effort qu'elle exige du pécheur. Ce n'est pas un encouragement au péché, mais un remède. Pierre a bien renié son maître ; Thomas a perdu la foi : tant il est vrai qu'un chrétien peut avoir besoin de pardon après le baptême ! Le Seigneur y a pourvu ; le pouvoir de lier et de délier n'est pas restreint aux besoins des catéchumènes. L'Église a mission de pardonner au nom de Dieu. Les paraboles de miséricorde — brebis errante, drachme perdue, enfant prodigue, — selon l'exégèse novatienne, ne conviendraient pas au peuple chrétien. Cette exégèse est gratuite, condamnée par tout le Nouveau Testament. De tous les pénitents — et non pas des seuls martyrs — il est écrit {Mt., v, 5) : >< Bienheureux ceux qui pleurent! » Si les novatiens invoquent la sentence du Seigneur contre le blasphème du Saint-Esprit, ils se montrent

1. Pacien, Ep., m. 1. — 2. Pacie\, Ep., m. 2-4. — 3. Pacie.v Ep., ni, 5. — 4. Pacien, Ep., ni. 6. — 5. Pacien, Ep., m, 7-16.

il S DERNIERS NOVATIBN8. 389

l>ien mal inspirés, car en es «plant du pardon ce seul péché,

le Seigneur affirme qu'il y a un pardon pour tous les autres. Au reste, cette sentence vise seulement les péchés où l'on persévère. Dieu en veut au scandale; il n'en veut pas aux vrais pénitents. Et l'Apôtre1, après avoir, dans sa première épitrc aux Corinthiens, excommunié le pécheur incestueux, l'absout dans la seconde. Ce ne sont pas les catholiques qui compromettent la loi divine, mais bien les novatiens. Dieu est miséricordieux et maître de la miséricorde. Voilà ce qu'ils ont grand tort d'oublier. Ils invoquent l'autorité de saint Cyprien2 : que ne le lisent-ils davantage! ils y trouveraient la condamnation de leur dureté envers les lapsi. Cyprien rappelle que Moïse et Noé et Daniel et Job prièrent en vain : cela prouve seulement que ceux pour qui ils priaient s'opiniàtrèrent dans le mal. Mais Cyprien lui-même, dans le, De lapsis et dansFépître Ad Antonianum, témoigne hautement en faveur du pardon des péchés. Ils invoquent aussi Tertullien; mais Tertullien témoigne, lui aussi, dans un écrit catholique, en faveur du pardon des péchés par l'Église. Il y a place dans l'Église pour les mérites les plus divers3, y compris celui de la pénitence. Ce n'est pas en vain que le Christ a souft'ert pour les pécheurs : il ne souhaite rien tant que d'ouvrir l'Église à tous ceux qu'il a rachetés de son sang.

Vers le même temps, à Constantinople, saint Grégoire de Nazianze, prêchant sur le baptême, se souvient qu'il compte des schismatiques parmi ses auditeurs ' :

Xovatien n'a pas admis à la réconciliation ceux qui étaient tombés dans la persécution. Et pourquoi? S'ils étaient impénitents, il a bien fait. Moi non plus, je n'admets pas ceux qui refusent de fléchir ou ne le font pas dignement ou n'apportent pas une réparation proportionnée à leur faute; ceux que j'admets, je leur assigne la place qui leur convient. Mais s il refuse d'admettre des hommes consumés de larmes, je ne l'imiterai pas. Quelle loi me proposerais-je? La dureté île Xovatien, qui a laissé impunie la cupidité, cette autre idolâtrie, et :i '•ondamné si sévèrement ï'impudicité, comme s'il était sans chair

l. Paobn, /:'/'.. m. 17-21. -J. Pacien, /:'/>., m, 22-24. —3. Pacien, t. [>.. m, 25-27.

4. Baint Grégoire m Nazianze, Or., xxxix. 19. In sancta lumina, l'G.. XXX Vf. ::." BC.

et sans corps? Répondez. M'en croyez-vous? En ce cas, venez, joignez-vous à nous autres hommes. Glorifions ensemble le Seigneur- Que nul de vous ne présume assez de lui-même pour oser dire : « Ne me touchez pas. car je suis pur, et qui me ressemble? » Faites-nous plutôt part de cette splendeur! Mais vous ne me croyez pas? En ce cas, nous pleurerons sur vous.

L'orateur poursuit, en sadressantà l'auditoire catholique :

Laissons-les : s'ils le veulent, qu'ils suivent notre voie, celle du Christ; sinon, qu'ils suivent leur propre voie. Ils risquent fort d'aboutir à un baptême de feu, c'est-à-dire à 1 enfer.

Au nom de Nectaire, successeur de saint Grégoire sur le siège de Constantinople, se rattache le souvenir d'un changement assez considérable dans l'administration de la pénitence. A la suite d'un scandale, Nectaire supprima dans son Église le prêtre pénitencier, et son exemple fut imité par les pasteurs des Églises voisines. Les historiens, qui rapportent ce fait1, en prennent occasion de noter que, seule entre les diverses communions chrétiennes, la secte novatienne était dépourvue de prêtre pénitencier, sa tendance originelle allant contre le principe même de l'institution. Ils ajoutent que la mesure prise par Nectaire, en privant les consciences d'un guide souvent écouté, amena un fléchissement dans la pratique du devoir chrétien. On peut bien les en croire. D'ailleurs on croira plus difficilement que la même cause ait produit, sur des terrains voisins, des effets contraires, et qu'en faisant table rase de toute organisation pénitentielle, le schisme novatien ait conquis le monopole de la vertu. Mais ce qu'il importe surtout de noter, c'est l'opposition qui, sur ce point, existait

1. Socrate, HE., V. 19. PG., LXVII, 613 A-620 A; Sozomène, HE., VII, 16, PG., LXVII, 1457 D-1464 A. — Ce n'est pas ici le lieu de discuter la portée de cette réforme, qui, dans la sphère assez restreinte où elle se produisit, n'eut certainement pas pour effet de supprimer toute administration de la pénitence. L'interprétation la plus judicieuse nous paraît avoir été donnée par Tillemont. Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des si.v premiers siècles, éd. de Venise, t. X, p. 232-234. 1732. La réforme dé Nectaire eut lieu vers 391; saint Jean Chrysostome, monté sur le siège de Constantinople en 398, n'eut sûrement pas à y restaurer l'usage de la pénitence. Voir P. Galtier, Saint Jean Chrysostome et la confession, dans RSB... t. I, p. 209-240: 313-350. J9J0.

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entre la tradition de Novatien et la tradition de toutes les autres confessions chrétiennes, catholique et dissidentes.

Sans dépasser le iv° siècle, nous pourrions interroger encore, pour l'Église latine, saint Anibroise ' et l'auteur des Quaestiones Veteris et Novi Testamenti conservées sous le nom de saint Augustin-; pour l'Église grecque, saint Épiphane ;: pour l'Église syriaque, saint Aphraate * : ces témoins, entre autres, répéteraient ce que nous pouvons tenir pour conclusion acquise : l'attitude prise par Novatien dans la question delà pénitence comportait une véritable rupture avec la tradition catholique.

Cette rupture se manifeste surtout dans la négation radicale du pouvoir de lier et de délier. Quelle qu'ait pu être sur ce point la position personnelle de Novatien — qu'il n'est pas très facile de définir, — on ne peut nullement douter que cette négation radicale n'ait été formulée par la secte. Elle constituait T Église novatienne non seulement à l'état de schisme, mais à l'état d'hérésie.

Au péché d'idolâtrie, déclaré le premier irrémissible par la secte intransigeante, s'ajoutèrent naturellement l'impudicité et l'homicide \ Ces négations donnèrent lieu à l'Église

1. Saint Ambroise, De paenitentia, I, 2. 5. PL., XVI. 4*57 AB ; I, 3. 10. ib.. 469 BC.

2. Pseudo-Augustin, Quaestiones VNT., 102, PL., XXXIV, 2303- 2313. — On s'accorde généralement à reconnaître dans l'auteur de • es Quaestiones l'auteur même de VAmbrosinster. écrivant à Rome entre 370 et 375. Voir Souti:r, .1 stndy of Ambrosiaster, Cambridge, 1905. — IIarwck. Der pseudoaugustinische Traktat contra Novatianum, Mûnchen, 1898.

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