‹ L'édit de CallisteChapitre 223 sur 252 · Socrate, ///:.. fV. 28, PC, LXVII, 537A-541A · texte numérisé non relu

Socrate, ///:.. fV. 28, PC, LXVII, 537A-541A

présence : l'un et l'autre adversaire en appelait à l'Écriture sainte : on prit parti pour l'un ou pour l'autre, chacun au gré de ses préjugés. Les consciences tarées trouvaient dans la décision de Corneille toute facilité pour pécher à l'avenir. Cependant les Phrygiens donnaient l'exemple de la réserve. Socrate fait grand éloge de ce peuple. Moins irascible que les Scythes et les Thraces, moins passionnés que les Orientaux, les Phrygiens et les Paphlagoniens jouissent, nous dit-il, d'un heureux équilibre de qualités. Ils jurent peu; ils n'ont pas le goût des courses de chevaux ni des théâtres; leurs mœurs sont sévères. La doctrine de Novatien s'acclimata chez eux tout naturellement. En Occident, les conquêtes de Novatien s'expliquent par des causes semblables; mais surtout par les égards qu'il affichait pour la tradition occidentale. Car c'est en dépit de ses recommandations expresses qu'après lui une fraction de ses disciples abandonna, dans la question pascale, l'observance romaine pour embrasser, au synode de Paze, l'observance quartodécimane : encore cette fraction des novatiens asiatiques ne comprenait-elle pas les meilleures têtes du parti. Telle est, dans ses grandes lignes, la version de Socrate. Il omet de nous dire que la diffusion de la secte novatienne en Phrygie était due en grande partie à l'accession des groupes montanistes, recrues toutes préparées qu'elle s'assimila rapidement; c'est pourtant là une des causes de sa prédilection pour la nation phrygienne. Par ailleurs, l'image qu'il nous présente répond assez mal à celle qu'ont tracée de la secte les Pères du 111e et du iv° siècle, qui l'avaient connue au cours de son développement.

A la fin du v" siècle, alors que le novatianisme n'était plus guère qu'un souvenir, le pape Gélase rappelait incidemment les positions acquises. Il citait le texte évangélique relatif au péché contre le Saint-Esprit (Mt., xn, 32) et en faisait l'application aux Ariens, Eunomiens, Macédoniens et autres hérétiques obstinés dans leur erreur. Il citait encore le texte joannique relatif au péché jusqu'à la mort (I To., v, 16. 17); mais c'était pour préciser la portée de ces anathèmes : on Les encourt autant qu'on persévère dans le péché; on cesse de

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les encourir en renonçant au péché1, la parole du Seigneur ae Bouffira aucune exception ^.'//., ivm, 18» : Tout ce que ri, us aurez délié sur terre sera délié dans le ciel. C'est le pardon offert à TOUT pécheur repentant, sans préjudice de la condamnation prononcée contre le pécheur opiniâtre. Tel était, sur cette question tant débattue, le dernier mot de l'Église romaine.

I. Sain! Gblase, Tomua de anathematia vinculo, •>. /V... LIX, 105; />/>.. 165 : i In quibuscumque omnia sunt, <|nantacumque sint et qualiacumque sint; veraci Dihilominus eorum mauente sententia qua iiiiii(|iiain solvendus esse denuntiatur in eorum tenore consistons, non etîam ab hoc eodem post re •

La conclusion de cette étude ramène sous nos yeux le point de départ de la doctrine ecclésiastique sur la rémission des péchés, et nous invite à chercher dans l'évolution organique de cette doctrine l'explication des faits saillants que présente au m0 siècle l'histoire de la pénitence.

Tout autre est la voie où beaucoup de chercheurs se sont engagés. Dans la synthèse ébauchée il y a trois siècles et qui a reçu de nos jours un couronnement imprévu grâce à Y Histoire des dogmes de M. Harnack, on a cru nécessaire d'attribuer à ces faits saillants la valeur de véritables coups d'état. Comme d'ailleurs il apparaissait qu'une construction aussi systématique se heurte à un grand nombre de faits; comme de plus elle est, dans sa pleine rigueur, difficile à accommoder avec la dootrine catholique, on a essayé divers amendements. C'a été une des idées directrices de Funk et de son école de détendre les liens qui rattachent la doctrine primitive de la pénitence à lecclésiologie primitive, et d'imaginer une réconciliation avec Dieu, indépendante de la réconciliation ecclésiastique. On a cru par là tout sauver, et la synthèse préconçue et les exigences de l'histoire et celles de la foi.

Le succès a-t-il répondu à l'effort? Il est permis d'en douter, car ce que réclame l'histoire, et la foi avec elle, c'est une synthèse où l'idée d'Église tienne la place qui lui est due, au cœur même de la doctrine pénitentielle. Il nous reste à exposer cette dernière considération, pour justifier notre réserve soit à l'égard de la synthèse de Harnack soit à l'égard de celle de Funk.

Tout d'abord les faits saillants de l'histoire du mc siècle, qui forment l'armature de la synthèse de Harnack, ne sem-

bleui pas avoir eu dans la réalité l'importance qu'on a pu être tenté de leur attribuer, dans le recul de l'histoire. On n'aurait pas eu cette tentation si notre ignorance de la vie primitive des Églises était moins profonde. Avouons cette ignorance. Néanmoins assez de traits de lumière sillonnent la nuit pour nous avertir de veiller et nous mettre en défiance contre les systématisations natives.

Puis, l'histoire des deux premiers siècles, interrogée loyalement, invite non pas à atténuer, mais au contraire à souligner avec beaucoup d'énergie cette solidarité de l'ecclésiologie et de la discipline pénitentiellc, qui ne fut en aucun temps plus étroite, encore qu'elle se présente alors sous un aspect qui n'est pas celui des temps ultérieurs.

Aussi les travailleurs qui, moins épris de constructions élégantes, se sont contentés d'enregistrer les faits, de les classer sans hâte, se souvenant d'ailleurs que la pensée vivante de l'Église plong-e ses racines dans le passé, et jugeant que les écrits des Pères du iv° siècle peuvent encore fournir de bonnes indications pour restituer l'œuvre doctrinale du m\ nous paraissent avoir fait meilleure et plus durable besogne.

Quelques mots sur chacun de ces1 points.

Sur quoi repose la synthèse de Harnack? D'abord sur la conception artificielle de l'Église primitive des saints, puis sur trois faits mal observés. La conception de l'Église primitive des saints nous parait artificielle, car si les écrits du Nouveau Testament et les premiers Pères présentent à maintes reprises l'idéal d'une Église sans tache, ils présentent aussi, à côté de cet idéal, la réalité très actuelle d'une Église en travail perpétuel de réforme intérieure, de purification individuelle et de laborieux enfantement des saints. Qu'il suffise de rappeler, après les évangiles, les épitres aux Corinthiens, l'épitre aux Hébreux, la première épitre de saint Jean, l'Apocalypse, la lettre de saint Clément de Rome, les paraboles d'Hermas, Denys de Corinthe. Les faits mal observés — il ne faut pas hésiter à leur donner ce nom — sont : l'initiative du

pape Calliste relative à l'impudicité, l'initiative du clergé contemporain de Corneille relative à l'idolâtrie, enfin l'initiative prise, on ne sait quand, par on ne sait qui, en faveur de l'homicide. Sur l'initiative de Calliste, nous avons entendu deux témoins passionnés et discordants : si l'on doit admettre sur la foi de Tertullien et d'flippolyte qu'il y eut une intervention de Calliste en faveur des impudiques, les mêmes témoins ne doivent être accueillis qu'avec une extrême défiance quant aux caractères de cette intervention. L'autorité d'Origène doit être écartée, soit comme étrangère à l'histoire de Calliste, soit comme ne signifiant pas ce qu'on lui fait parfois signifier. L'initiative des contemporains de Corneille en faveur des apostats est réelle, mais moins profonde qu'on ne l'a dit souvent : Rome, Cartilage, Alexandrie, ne firent qu'appliquer aux besoins présents des principes anciens, sans avoir à les découvrir et sans que rien autorise à regarder cette application comme inédite. L'initiative en faveur des homicides, introduite surtout par besoin de symétrie, est beaucoup plus insaisissable, puisqu'on n'en peut assigner ni la date ni l'auteur; d'ailleurs elle cadre mal avec plusieurs faits certains.

Pour appuyer son système, M. Harnack montrait le pape Calliste déchaînant par son fameux édit, une coalition des meilleurs théologiens : à Rome le schisme d'Hippolyte, à Carthage la protestation violente de Tertullien, à Alexandrie l'opposition énergique d'Origène. Que reste-t-il de cette construction hardie?

Hippolyte n'avait pas attendu l'édit de Calliste pour faire schisme. Nous savons, par son propre témoignage, que son schisme remontait au début de ce pontificat et qu'il avait eu pour origine un conflit d'influence. Une fois hors de l'Église, Hippolyte devait naturellement prendre en mauvaise part tout ce qui se faisait dans l'Église, surtout par l'initiative de son rival. Nous ignorons néanmoins si l'édit de Calliste provoqua une recrudescence de son opposition. Tout ce que nous savons, c'est que, sous l'un des pontificats suivants, Hippolyte exhala son ressentiment dans un volume diffamatoire, où il entasse nombre de griefs, les uns d'ordre doctrinal, les autres

d'ordre disciplinaire; La question de La pénitence \ vienl ;'< -on rang1.

Tertullien, entré depuis nombre d'années dans Les \ oies de L'hérésie montaniste, avait déjà notifié sa rupture avec L'Église, en mainte occasion : sur la question du voile'des femmes, sur l.i question des secondes noces, sur La question de l'attitude à prendre devant 1rs persécuteurs, sur la question du jeune, sur (laudes encore. Il Le fit une l'ois de plus, et avec plus d'éclat, sur la question de la réconciliation des impudiques.

Origène, attaché à L'Église par le fond de son âme, et très énergique à revendiquer le droit de la hiérarchie pour la rémission de tous les péchés, se vit amené, au plus tôt sous le deuxième successeur de Calliste, à blâmer la légèreté de certains prêtres qui, sans avoir égard à la gravité des péchés, réconciliaient inconsidérément toute sorte de pécheurs, au grand détriment du sérieux de la pénitence. Ce texte, à peu près unique en son genre, mal compris et antidaté, a donné naissance à une légende. Il suffit de lui rendre son vrai sens et sa vraie date pour se convaincre qu'il n'a pas le moindre rapport avec l'édit de Caliiste. Nous ignorons si Origène entendit jamais parler de cet édit. .

En somme, de ces trois théologiens, les deux premiers, séparés antérieurement de l'Église pour des raisons étrangères à la question de la pénitence, trouvèrent seulement dans l'acte de Calliste un nouveau sujet d'opposition. Tertullien protesta >ui-le-champ, Hippolyte après des années. Origène ne semble pas s'en être occupé jamais.

Nous avons donc quelque droit de parler de conception artificielle et de faits mal observés. On peut d'ailleurs y opposer un grand nombre d'observations précises. Ce sont d'abord, avant le m' siècle, les déclarations générales de la Didachè, de saint Clément de Rome, de saint Ignace d'Antioche, d'Hermas. de saint Denysde Corinthe, de saint Justin. de saint Irénée, de Clément d'Alexandrie. Déclarations telles qu'on »'ii peu! émettre dans un temps où l'on ne se met pas en peine d'exceptions possibles et où L'idée d'en réserver le principe ne se présente pas a L'esprit* Quelques-unes de ces déclarations visent des espèces concrètes et n'insinuent pis

que, pour réconcilier de grands pécheurs, il ait fallu déroger à une discipline commune. C'est ensuite, après le début du ine siècle, une série de témoignages très significatifs. Témoignage de Tertullien. principal soutien de l'opinion adverse : doublement concluant par la portée illimitée de ses déclarations au temps de son catholicisme et par le soin qu'il prend de détruire ces mêmes déclarations au temps de son montanisme. Témoignage d'Hippolyte, qui accuse bien Calliste d'avoir donné, quant à la réconciliation des impudiques, un déplorable exemple, mais avoue des faits qui ruinent les autres parties du système. Témoignage d'Origène, dont l'œuvre tout entière dépose contre l'idée de la réserve absolue des trois cas. Témoignage des grands origénistes, Denys d'Alexandrie, Grégoire le thaumaturge, Firmilien de Césarée, sur ce point fidèles échos de leur maître. Témoignage des clercs romains au temps de Dèce, de Novatien lui-même avant sa chute, de saint Cyprien et du pape Corneille : les deux Églises réunies de Rome et de Carthage renferment, avant l'origine du schisme novatien, quelques laxistes, qui causeront de grands troubles; on n'y voit pas poindre un seul rigoriste qui considère les lapsi comme condamnés d'avance. On s'étonne qu'une pareille masse de témoignages n'ait pas eu raison du système. En vérité, cette bâtisse ne tient pas debout, de quelques amendements qu'on puisse l'étayer.

D'où procède la synthèse de Funk? D'une conception particulière et, à notre avis, inadéquate de la rémission des péchés, dans ses relations avec le ministère sacerdotal. Cette rémission peut en effet se manifester sous deux formes : ou sous forme d'absolution actuellement prononcée par le prêtre, ou sous forme de communion ecclésiastique restituée au pénitent. Brièvement, on pourrait dire l'aspect judiciaire et l'aspect social de la réconciliation. L'un et l'autre aspect est marqué dans le Nouveau Testament; ils sont solidaires l'un de l'autre, mais la description peut faire abstraction de l'un pour s'attacher à l'autre. C'est ce qu'on observe au cours des

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deux premiers siècles : Les Pères apostoliques el leurs successeurfl immédiats ne s'arrêtent pas au ministère du prêtre; à peine font-ils quelques allusions lointaines au pouvoir des clefs. Mais la communion avec L'Eglise les occupe au contraire beaucoup; ils y voient le signe sensible de' l'union à Dieu et à son Christ; la restauration de la communion ecclésiastique implique la paix faite avec E)ieu. Qu'il suffise de rappeler saint Clément de Rome, saint Ignace d'Antioche, Hermas. A ce stade primitif, Kunk a très justement remarqué l'effacement de la sentence sacerdotale; il en a trop vite conclu à l'abstention du ministère ecclésiastique. (Test, à notre avis, une grave erreur: la signification attachée par ces mêmes Pères à la communion ecclésiastique, jointe à leurs affirmations très nettes sur la hiérarchie, suppose une intervention très effective de la hiérarchie dans l'administration de la pénitence.

Cette conception inadéquate de la rémission .des péchés levait engendrer la théorie d'une réconciliation avec Dieu, normalement indépendante du ministère de l'Église, théorie qui n'a pas le moindre fondement dans l'Écriture et qui va directement à l'encontre de la doctrine catholique sur le pouvoir des clefs. Car si le recours immédiat à Dieu demeure toujours ouvert au pécheur pénitent, ce recours est soumis à certaines lois, dont la première est l'acceptation de la volonté du Christ, instituant son Église dispensatrice du pardon. Pour achever une telle théorie, deux voies seulement étaient ouvertes. Ou bien admettre le fonctionnement normal du ministère de la réconciliation en dehors de tout contrôle ou concession de l'Église. C'était manifestement trop antihistorique, non moins qu'anticatholique. Ou bien fonder la légitimité de ce fonctionnement sur une renonciation spontanée de l'Église à L'exercice de sa propre .juridiction, ce qui veut être plus catholique, mais n'est pas plus historique.

Voici, je crois, la forme la plus précise qui ait été donnée à l'idée d'une restriction librement posée par l'Église à l'exercice de sa propre juridiction. J'en emprunte l'expression ;i M Batiffol ' : « Il nous importe seulement que le principe soit

I BLE., \: p. 342.

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reconnu par les niontanistes et les catholiques, que l'Église a le pouvoir de remettre les péchés, quitte à n'en pas user. » Nous avons fait plus haut nos réserves sur cette assertion, en tant qu'elle croit traduire la pensée de Tertullien. Il faut maintenant la considérer en elle-même, comme un effort de conciliation entre un principe dogmatique certain — le pouvoir universel d'absoudre, revendiqué par l'Église — et une hypothèse historique — l'abstention régulière de l'Église à l'égard des trois cas dits réservés. — Il me semble que l'effort de conciliation échoue doublement, parce que le principe dogmatique demeure mal satisfait et parce que l'hypothèse historique demeure à l'état d'hypothèse. Le principe dogmatique demeure mal satisfait ; en effet à quoi bon un pouvoir enchaîné, ou un droit dont on s'interdit l'usage? L'hypothèse historique demeure à l'état d'hypothèse, car des preuves dont on a voulu l'étayer, il n'en est aucune qui résiste à l'examen. Cette hypothèse a bien été élevée à la hauteur d'un fait, par Tertullien, mais seulement pour l'Église du Paraclet, car c'est l'Église du Paraclet qui chez lui s'exprime ainsi : Potest Ecclesia donare delictum, sed non faciam, ne et alla délinquant. On n'en saurait rien conclure quant à l'Église catholique.

L'échec de ces diverses tentatives parait la décisive condamnation de l'hypothèse initiale.

Pour qui interroge la conscience de l'ancienne Église et cherche à démêler ce qu'elle contenait à l'état de donnée brute, nullement sophistiquée par les ébauches de synthèse dogmatique, mais comme le legs authentique des générations croyantes, saint Gyprien apparaît comme un témoin singulièrement qualifié, soit par sa droiture incontestable, soit par les limitations mêmes de sa science ecclésiastique. Ce n'était pas un théoricien du dogme : converti dans son âge mûr, il avait accueilli la catéchèse chrétienne avec une pieuse avidité, sans avoir le temps d'y mêler du sien, jusqu'au jour peu éloigné où il se trouva jeté, comme évêque, au milieu des luttes qui déchiraient l'Église d'Afrique. La générosité de son caractère a mis dans ses écrits l'empreinte d'une rare beauté morale, en même temps que son esprit de gouvernement et un certain chauvinisme africain bornaient son horizon à ces

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chrétientés au milieu desquelles sa foi avait pris racine. Si, pour accomplir son devoir d'év^que, il entretenait des relations incessantes avec Le siège de Pierre, i'évéque de Home lui apparaissait bien plutôt comme un frère entre tous digne de respect que comme le pasteur suprême, investi de pleins pouvoirs pour paitre agneaux et brebis. Aussi, en dépit de belles et catholiques déclarations sur l'unité de l'Église, devait-il rester toute sa vie prisonnier de vues quelque peu étroites. Ces dispositions mêmes garantissent la valeur de son témoignage, car ce qu'il nous dira touchant la constitution et les droits de l'Église, n'est pas ce qu'il a rêvé, mais bien plutôt ce qu'il connaît d'expérience pour l'avoir vécu. Or Cyprien est pénétré du caractère ecclésiastique du pouvoir de remettre les péchés; le monopole de l'Église en cette matière revêt à ses yeux le caractère d'une vérité primordiale, qu'il inculque sans se lasser, soit ex professo dans le traité De catholicae Ecclesiae unitate, soit dans les autres écrits contemporains de la querelle des lapsi. Rappelons seulement une de ces affirmations : nous l'emprunterons à un document grave entre tous, c'est la lettre synodale par laquelle, en l'année 25*2, le concile de Carthage, Cyprien en tète, fit part au pape Corneille de la résolution qu'il venait de prendre, de réconcilier d'urgence les sacrificati ' : « Il n'était pas possible, la bonté paternelle et la clémence de Dieu défendaient de fermer la porte de l'Église à ceux qui venaient y frapper, de repousser la détresse et les prières de ceux qui imploraient l'espérance du salut, et, à leur départ de ce monde, de les renvoyer au Seigneur sans leur accorder la communion et la paix, alors que le Seigneur a donné aux siens ce pouvoir et établi comme loi que ce qui aurait été lié sur terre serait aussi lié au ciel, mais que pourrait être délié au ciel ce qui aurait été préalablement délié ici, dans l'Église. » Qu'est-ce à dire,

1. Saint Cyprien. Ep.. i.vii, 1. p. 650, 20-651, 5 : < Xec enim fas eraJ aut permittebat patenta pietas et divina clemenlia Ecclesiam pqlsantibua cludi et dolentibus ac deprecantibus spei salutaris subsidium deneg-ari, ut de saeculo recedentes sine communicatione et par,' ad Dominum dimittercutur. quando permiseril ipse et legein dederit ut ligata in terris et in caelie ligata essent, solv] atitein - illic

quae hic prias in Bcclesia solverentur. »

sinon que, au jugement de l'épiscopat africain, l'Église aurait trahi son mandat en se désintéressant du sort éternel de ces pénitents, quand le Seigneur l'en a faite l'arbitre, et en les laissant mourir sans le réconfort d'une paix acquise en ce monde, gage de salut dans l'autre. Voilà ce qu'il y avait au fond de la conscience de l'Église d'Afrique, et l'étude qui précède a fourni la preuve qu'en cela l'Église d'Afrique ne devançait pas, tant s'en faut, les autres Églises, ni celle de Rome, ni celle d'Alexandrie.

Le me siècle nous a montré, non plus implicite dans la notion concrète de réconciliation ecclésiastique, mais explicite et proposée à l'état distinct, l'affirmation patristique du pouvoir des clefs. Il fallait que cette doctrine fût dès lors bien formée dans la conscience de l'Église, pour que Tertullien se vît amené à compter avec elle et à lui donner tant de relief, précisément dans les écrits où il bat en brèche la hiérarchie catholique. Donc, à n'en pas douter, ce n'est point là un produit factice des discussions récentes, mais un dogme que l'Église avait longtemps vécu avant d'être conduite à le formuler. L'exercice ordinaire du pouvoir des clefs étant admis par tous, les dénégations ne pouvaient se produire qu'en vue d'un cas extraordinaire, à l'égard d'un de ces péchés particulièrement graves devant lesquels les pasteurs de l'Église avaient dû hésiter bien des fois et sur le traitement desquels leur pratique avait dû osciller entre la sévérité et l'indulgence. Tel était bien le cas de ces péchés d'impudicité, objet pour la conscience chrétienne d'une spéciale réprobation. Étant donné qu'il y avait toujours eu, qu'il y aura toujours dans l'Église des esprits diversement enclins à la sévérité ou à l'indulgence, le conflit qui se produisit au temps de Calliste devait fatalement se produire tôt ou tard ; pour que l'écho nous en parvînt si distinct, il a fallu la verve et l'opiniâtreté de deux sectaires. Pour l'Église, ce fut un bienfait, car elle en prit occasion de tirer de plus en plus au jour un principe encore enveloppé, bien que touchant au roc même de l'Évangile. Les

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Pères qui, au m Biècle, affirmèrent La portée universelle du

pouvoir des (lofs, ne prétendaient pas l'avoir découverte. Ils se heurtèrent aux négations des rigoristes; mais nous «.avons combien peu ces dissidents étaient qualifiés pour parler au nom de L'antiquité chrétienne. Les Pères de Trente étaient en plein dans la vérité de l'histoire en rappelant le l'ait de l'institution du Christ '.

Tous les développements qui précèdent avaient pour point de départ un efîort en vue d'éclairer ledit de Galliste, dans sa genèse et dans sa portée. Au lieu de l'extraordinaire jaillissement de sève chrétienne qu'on a parfois imaginé, nous pensons que ce fut une poussée à peine plus sensible que bien d'autres, dans l'afflux perpétuel de vie qui monte au tronc séculaire de l'Église.

1. Concile de Trente, sess. xiv, cap. 1 et eau. 3, DB., 89't et 913.

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