HERMAS ET SAINT EPIPHANE
A propos des hérétiques novatiens, qui n'admettaient pas de pénitence ecclésiastique après le baptême, saint Épiphane expose la doctrine catholique de la pénitence, en des termes qui souvent rappellent Hermas1. Nous reproduirons ci-dessous quelques passages dont le parallélisme avec le IVe commandement du Pasteur est remarquable; ils donnent lieu aux observations suivantes :
1° Comme Hermas, Épiphane commence par affirmer qu'il n'y a pour le chrétien qu'une pénitence, celle préparatoire au baptême. Puis, comme Hermas, il se ravise; considérant dune part la miséricorde de Dieu, d'autre part la faiblesse de l'homme, il affirme, d'après la doctrine de vérité, l'efficacité d'une seconde pénitence pour ceux qui tombent après le baptême. La première et meilleure pénitence est TeXe(a p.e- ~âvoia, TCpwTv; tj.îTâvcia, Tcpw-rr, xXîjciç, -pwTr, ïaaiç ; la seconde est proprement È-âvoccç, •^z.-y.yA'/.v.z, Bemépa vCkfpiç, [Asxavotaç x,Xîjcrtç. Embrassée généreusement, elle mérite d'ailleurs de s'appeler TeXeia [xexavaa. Comme Hermas encore, Épiphane désigne par le nom d'Èv/.pxTsia la pratique rigoureuse de la loi chrétienne, qui demeure accessible au fidèle, même après qu'il est déchu de l'honneur virginal d'une vie sans tache (xapôsvia). Comme Hermas encore, et plus que lui, s'il affirme que la pénitence, embrassée pour une fois après le baptême, peut guérir des fautes sans nombre, il laisse dans l'ombre le sort réservé à ceux qui retomberaient après le recours à cette seconde pénitence.
1. Saint Épiphane. Ilaer., ux, PC, XLI, 1017-1038. — Comparer surtout Hermas, M and., iv, 3. Sup., p. 68 sqq.
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1 n se distingue d'Hermas es marquant plus expressément que l'Église a L'administration do cette seconde pénitence <■! qu'il lui appartient d'y admettre les pécheurs. 11 s'en distingue encore par les nouvelles précisions de langage qui soulignent le parallélisme de l'une et de l'autre pénitence. On trouve notamment chez lui ce qu'on ne trouvait pas chez Hermas, le mot y.'/Sr-:: désignant L'appel divin à la seconde pénitence.
A deux -arclc* et demi de distance, les deux auteurs se rencontrent donc sur un très grand nombre de détails; la conformité de leurs descriptions est un témoignage éclatant de la continuité de l'institution qu'ils ont saisie à deux stades fort distants de son histoire. En particulier, le mouvement delà pensée, au début du développement d'Épiphane, parait reproduire fort exactement le mouvement de la pensée d'Hermas, dans un passage longuement étudié ci-dessus. Kpiphane commence par dire que les catholiques, aussi bien que les Novatiens, n'enseignent qu'une pénitence, celle qui prépare au baptême; et il ajoute aussitôt que ces mêmes catholiques admettent, pour ceux qui viennent à tomber, une pénitence. C'est exactement ce que faisait le Pasteur en déclarant se ranger à l'avis de certains maîtres qui enseiit une -t-ule pénitence, préparatoire au baptême, et ajoutant immédiatement après que, pour ceux qui viennent à tomber. Dieu a établi une seconde pénitence. Il est parfaitement évident qu'on ne trouve pas chez Épiphane trace de deux courants d'idées divisant les catholiques; on ne la trouve pas davantage chez Hermas.
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6, p. 1028 A : Oute oùv ÈrcayyEXXôjjtEOa èXsuOEpt'av zavTdîtaat toiç [aetJc to [jiKTia[xa Tiapa^s^Twxo'atv, où'te à^ayopsûoptEv tÎ]v aÙTT|V auTÔiv Çwr]'v. 0eÔç yàp IXe^p-wv Èctti xa\ otxn'ppiwv, xai ISwxs toÎç [j.ETavoouatv srdvoSov. Kal to fièv
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7, p. 1029 B : 'AXXà xai ot àrco tou Sttoyfxou jrapaîtEjirtoxtSfsç, xa\ aÙTol làv ÈvÔEt'ÇwvTat TeXEtav Trjv [îETavotav, èv aotxxio xat anoStô xaOsaGÉvTEç xai xXaûaavTEç IvtÔTztov Kuptou, ôuvaTOç ÈaTtv 6 EÙEpyÉTrjç xa\ aÙTol»; IXE^aat. Où yap Tt çauXov ytVETat onzo jj.ETavot'aç. AÉ/ETat ouv toÙç [xETavooùvTa; ô Kùptoj xat rj aÙTOu "ExxX/jata.
9, p. 1032 C : 'E71E1S7] 8è fJ0£t to SXov X6ytov, 8ti jj.Exà ty)v xrptixTjv [lETavotav xat aETa ttjv 7îowTr)v xX^atv xat t'aatv, wç eitieiv, au[x6'a(v£t t^ àvGpa>^;6Tr)Tt 7:oXXa 7iapa^Ttô[j.aTa, -âXtv Xéyef AvdaTa, 1X81 au, rEptaTEpà jj.ou [Cant., Il, 13)' ÔEÙTEpov rauTrjv xaXEt, xa\ oùy a7ia^* to Se OEÛTEpov oùx Vaov tw 7tpa>Ta). Orjal yàp iv Trj zpoTÉpa xXrjaEt outco;' AvdaTa, rj nX/jatov ;j.ou, xaX^j [xou, îtEptaTEpd [J.ou (Cant., il, 10)" Tô jxèv rcpwTov, AvdaTa, eXOé- xat oùx eItce- Kal IX8È au. Ka\ to OEÛTEpov npoaT(0r]ai to ap8pov, t'va osfÇrj xXîjatv OEuxÉpav 7iapT]XXaypLévr]v [J-ETà Tr,v xp&rrp . . .
10, p. 1033 A : 'Ev... tw [aéXXovti atwvt, ;j.£Ta Tr,v àv0ptj[)7:ou ànraXXay^v, où vYiaTEfa; j:opta[jLÔ;, où [XExavotaç xX^atç, oùx £X£/)[xoaùvr)ç È^tûEtÇtç. ..
Le parallélisme du développement, chez Hermas et chez Épiphane, ne saurait être l'effet du hasard, mais bien la trace d'un enseignement stéréotypé. Nous avions déjà signalé un phénomène semblable h propos de Clément d'Alexandrie, puis à propos de Tertullien, et indiqué les conclusions qui en ressortent pour l'exégèse du Pasteur. La lecture d'Épiphane apporte à ces conclusions une confirmation aussi remarquable qu'inattendue.