Voir ci-dessus, p
On remarquera le mot publicationem [dedecoris\ : c'est le même par lequel Tertullien (Paen., 10/ désignait plus haut l'humiliation publique de la pénitence. L'Église montaniste n'a point de pardon pour ce coupable, néanmoins elle ne lui déconseille pas les protestations extérieures de repentir, car son humiliation, inutile devant les hommes, jjeut plaider sa grâce devant Dieu :
Pud., 3, 5 : Adsistit enïm pro foribus eius. et de notae suae exemplo ceteros admonet, et lacrimas fratrum sibi quoque advocat et redit plus utique negotiata, compassionem se, quam communicationem.
Nous ne saurions entendre autrement qu'au sens propre ces mots : adsistit pro foribus, d'ailleurs parfaitement d'accord avec ceux qu'on a rencontrés plus haut :foris..., limitent liminis figimus. Voici qui paraîtra plus précis encore :
Pud.. 4. 5 : Reliquas autem libidinum furias impias et in corpora et in sexus ultra iura naturae, non modo limine, verum omni Ecclesiae tecto submovemus, quia non sunt delicta, sed monstra.
Les montanistes distinguaient donc des degrés dans la luxure : l'adultère ne devait pas franchir le seuil de l'église, mais l'impudique adonné à certains vices monstrueux ne pouvait même être admis dans le vestibule. M. Koch reconnaît qu'on ne doit pas tourner en métaphore ces mots nettement opposés entre eux : limine — omni ecclesiae tecto. Constatons après lui que, tandis que certains pécheurs ne devaient pas même approcher de l'église montaniste, d'autres s'arrêtaient au seuil, et là se soumettaient à Ye.xomologesis. La description de cette exomologesis est de tous points conforme à celle des catholiques :
Pud., 5, 14 : Adsistit idololatres, adsistit homicida, in medio eorum adsistit et moechus. Pariter de paenitentiae offîcio sedent in sacco et cinere inhorrescunt, eodem fletu ingeraiseunt, eisdem precibus ambiunt. eisdem genibus exorant, eandem invocant matrem.
Mais tandis que l'Église catholique laissait l'impudique pénitent s'approcher des fidèles pour solliciter le secours de leurs prières, les montanistes voulaient qu'on le tint toujours à distance :
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Pud., 13, 7 . Et tu quidem paenitentiam moechi ad exorandam fraternitatem in Ecclesiam inducens, conciliciatum et concineratum cum dedecore et horrore compositum prosternis in médium ante viduas, ante presbyteros , omnium lacrimas invadentem, omnium vestigia lambentem, omnium i^onua detinentem.
.Nous reviendrons plus loin sur cette mise en scène, que Tertullien ne veut pas souffrir dans l'église. Achevons d'abord de recueillir les renseignements qu'il nous donne dans ce même traité.
Il refait à sa manière l'histoire de l'incestueux de Corinthe, et suppose que saint Paul a écrit aux fidèles de cette Eglise, non pour les engager à rejeter l'impudique, ce qu'ils ont dû déjà faire, mais pour les exhorter à prier Dieu, afin qu'il délivre l'Église et le monde d'un tel fléau (I Cor., v). Si on lui montre dans une autre épitre le même pécheur absous par l'Apôtre (II Cor., n, 5), il proteste contre une interprétation qui fait injure à saint Paul, en le soupçonnant d'absoudre si légèrement celui qu'il avait si justement frappé ; l'expression dont il se sert — postliminium ecclesiasticae pacis — est en relation manifeste avec la loi qui arrêtait le pécheur au seuil de l'église, in limine ecclesiae :
Pud., 14, 16 : Ad quem lugerent? Utique ad Dominum, ut quo modo auferatur de medio eorum, non utique ut extra Ecclesiam detur. Hoc enim non a Deo postularetur quod erat in praesidentis ofïicio, sed ut prr mortem hanc quoque communem et propriam carnis ipsius, quae iam cadaver corruptivum esset etimmunditia irrecuperabili tabiosum, plonius de Ecclesiadeberetauferri... 15, 2 : Qualeest..., ut cura maxime incesto fornicatori postliminium largitus ecclesiasticae pacis, statim ingesserit de aversatione immunditiarum, de amputatione macularum, de exhortatione sanctimoniarum, quasi nihil contrarium paulo ante decreverit?
Il y a lieu de remarquer l'équivalence que Tertullien établit '•ntre la réconciliation du coupable et sa réunion effective aux autres membres de l'Église. Pud., 22 : pacem ecclesiasticam... ut in ecclesiam redeant; — équivalence qui n'est pas une preuve, mais pourtant un indice entre autres de cette séparation que l'ancienne discipline maintenait entre les pénitents et les autres fidèles.
Tirons de ces faits quelques conclusions.
Nous avons trouvé la pénitence publique en usage chez les catholiques et chez les montanistes. Plus rigoureuse et plus désolante chez ces derniers, on ne voit pas pourtant qu'elle fût autre, quant à ses conditions générales. Si les pénitents étaient exclus de la participation à l'Eucharistie, rien pourtant n'autorise à dire qu'ils fussent exclus du service eucharistique, mais des textes certains nous les montrent relégués à un rang d'ignominie, et ces mêmes textes nous invitent à chercher leur place au fond de l'église, derrière les fidèles, près de la porte; ce qui n'a rien que de très vraisemblable a priori. Dût notre exégèse paraître bien matérielle, nous avouerons que cette idée très simple nous parait fournir l'interprétation de beaucoup la plus naturelle, non seulement de Tertullien, mais des autres Pères latins qui ont parié de la pénitence publique.
Il n'entre pas dans notre plan de passer en revue tous les textes relatifs à la condition des pénitents dans l'Église occidentale, mais nous mettrons sous les yeux du lecteur quelques citations choisies, qui permettent de suivre à travers le ih% le ive et le ve siècles la trace d'une même institution ecclésiastique, réellement semblable à elle-même.
Pour caractériser la situation de ceux que le schisme ou l'hérésie retient hors de l'Église, saint Gyprien emploie souvent l'adverbe foris qui, dans ce cas, est sous sa plume une simple métaphore. Ainsi Ep., lv, 24, p. 642, 6 ; 29, p. 647, 18 ; Ep., lix, 5, p. 672, 9; Ep., lxi, 4, p. 698, 3; Ep., lxviii,2, p. 745, 9. Mais voici d'autres exemples où la métaphore prend un sens beaucoup plus satisfaisant si Ton la commente par les rites extérieurs de la pénitence. Il s'agit de pécheurs qui demandent à rentrer dans l'Église ; Novatien écrit :
Ep., xxx, 6, p. 554, 16 : Puisent sane ad fores, sed non utique coufringant. Adeant ad limen Ecclesiae, sed non utique transiliant. Castrorum caelestium excubent portis, sed armati modestia qua intellegant se desertores fuisse.
Et saint Cyprien :
Ep., i-\\. 5, p. 725, 14 : Domini misericordiam deprecantes ad