‹ L'édit de CallisteChapitre 228 sur 252 · I.IMKN ECCLESIAE · texte numérisé non relu

I.IMKN ECCLESIAE

Ëcclesiam puisent, ni recipi illic possint ubi fuerunt et ad Christum r.deant a que recesserunt. — /:'/;.. lxviii. 1, p. 744, 10: ...Utservis Dei paenitentibus et ad Ëcclesiam lacrimis et gemitu etdolore pulsantibus divinae [>iot;iiis et lenitatis paternae solatia et subsidia cludantur.

L'exemple célèbre de saint Ambroise, arrêtant Théodose à la porte de la cathédrale de Milan, après le massacre de Thessalonique, montre bien que tout ne se réduit pas à une métaphore. Voici comme l'évêque parle à l'empereur :

/:'/<. i.i, 13, PL., XVI, 1163 A : Ollerre non audeo sacrificium, si volueris assis te re.

M. Koch nous dit ' que ce que saint Ambroise redoute, c'est de voir l'empereur s'approcher de l'Eucharistie avec une conscience souillée. Cette interprétation paraît cherchée bien loin : saint Ambroise ne parle que d'assistance au saint sacriiice. Il est vrai que cette assistance avait normalement pour corollaire la participation à l'Eucharistie, et l'évêque veut obtenir que l'empereur se mette au rang des pénitents, qui s'abstiennent de recevoir l'Eucharistie; ce point obtenu, il ne craindra plus d'offrir le saint sacrifice ; mais indépendamment de sa participation à l'Eucharistie, la seule présence du prince dans les rangs des fidèles constituait pour l'assemblée une souillure ; et telle pourrait bien être la vraie portée de la remontrance. Les historiens nous disent que Théodose obéit. Voici d'autres textes relatifs au même fait.

Rufin, HE., II. 18. PL., XXI, 525 B : Ob hoc cuni a sacerdotibus Ilaliae argueretur, agnovit delictum, culpamque cum lacrimis professus, publicam paenitentiam in conspectu totius Ecclesiae exegit, et in hoc sibi tempus adscriptum absque regali fastigio patienter implevit.

Paulin, Vita Ambros., 24, PL., XIV, 35 C : Quod factum ubi cognovit sacerdos, copiam imperatori ingrediendi Ëcclesiam denegavit, nec prius dignum iudicavit coetu Ecclesiae vel sacramentorum communione quam publicam ageret paenitentiam.

D'après M. Koch -, coetu ecclesiae et sacramentorum communione seraient une seule et même chose. Nous ne le croyons pas, tout en accordant que c'étaient choses corrélatives.

1. Koch, /.<•.. pp. 195-496. — 2. Koch, l. c, p. 198. l'édit de calliste.

418 L KDIT DE CALLISTE.

Saint Jérôme, Ep., lxxvii, 4, PL., XXII, 692 (pénitence de Fabiola) : Quis hoc crederet, ut post mc-rtem secundi viri in semetipsam reversa... saccum indueret, ut errorem publiée fateretur, et tota urbe spectante Romana ante diem Paschae in basilica quondam Laterani... in ordine paenitentium, episcopo presbyteris et omni populo collacrimantibus, sparsum erinem, ora lurida, sordidas manus, sordida colla subrriitteret?.. Non est ingressa Ecclesiam Domini, sed extra castra cum Maria sorore Moysis separata consedit. ut quam sacerdos eieeerat ipse revocaret.

Ne paraît-il pas infiniment plus naturel de conserver à ces mots : Non est ingressa... quam eieeerat sacerdos, leur sens propre, exempt de toute métaphore?

Saint Sirice, pape (384-399), à Himère de Tarragone. sur le traitement des relaps, Ep., i, 5, 6. PL., XIII, 1137 A : De quibus, quia iam suftugium non habent paenitendi, id duximus decernendum, ut sola intra Ecclesiam fidelibus oratione iungantur, sacrae mysteriorum celebritati, quamvis non mereantur. intersint, a dominicae autem mensae convivio segregentur.

Voici comment nous entendons cette décision. Les pécheurs dont il s'agit, retombés après une première pénitence, ne pouvaient, selon la discipline alors en vigueur, bénéficier d'un nouveau pardon, ni conséquemment participer à l'Eucharistie, sauf à l'article de la mort. Leur situation était doncfort triste. Pour l'adoucir dans la mesure du possible, Sirice décide qu'ils pourront, bien que non réconciliés, assister à la prière de l'Église, dans les rangs des fidèles [intra ecclesiam . sans d'ailleurs pouvoir communier. (Les pénitents y assistaient à un rang inférieur, extra ecclesiam; mais, à tout prendre, leur sort valait mieux, car ils avaient en perspective une réconciliation véritable .

Saint Augustin, Ep., cliii, 3, 7, Ad Marcellinum, PL., XXXIII, 656 : Caute salubriterque provisum... ut lotus illius humillimae paenitentiae semel in Ecclesia concedatur.

Sermo ccxxxn, 8, PL., XXXVIII, 1111 : Aliqui ipsi sibi paenitentiae locum petierunt; aliqui excommunicati a nobis in paenitentiae locum redacti sunt; et qui sibi petierunt, hoc volunt facere quod faciebant. et qui a nobis excommunicati in paenitentiae locum redacti sunt. nolunt inde surgere, quasi electus sit locus paenitentium. Qui débet esse locus humilitatis, fît locus iniquitatis.

Citons encore l'excommunication rigoureuse prononcée par

LIHEM BCCLESIAE. VI".!

le -2e Synode d'Arles (443 ou 152), canon 21, Mansi, t. VII,

KSI A :

P.HMiilrns quaecumque defuncto viro alii nubere praesumpserit, vel suspecta vel interdicta familiaritate cum extraneo vixerit, cum eodem ab Ecclesiae liminibus arceatur. Hoc etiam de *iro in paenitentia

posito placuil observari.

Il est possible qu'avec le temps, par une fiction .liturgique, on ait transporte du vestibule dans une autre partie de l'église le seuil que les pénitents ne devaient pas franchir. C'estce que donne à penser un passage de Sozomène1, qui remet sous nos yeux les rites émouvants de l'exomologèse, au milieu du v° siècle.

« Cet usage de la pénitence publique) est observé soigneusement par les Églises d'Occident, notamment par celle de Rome. Il y a un lieu bien apparent, destiné à ceux qui accomplissent leur pénitence : ils s'y tiennent, dans l'attitude de la confusion et du deuil. Après le service divin, durant lequel ils n'ont point participé aux saints mystères, ils se prosternent sur le sol en poussant des plaintes et des gémissements. L'évêque accourt au-devant d'eux, et se prosterne lui-même: la foule tout entière l'imite, et se prosterne avec de grands cris. Puis l'évêque, le premier, se lève, et invite les assistants à se lever; ayant prononcé sur les pécheurs repentants les prières convenables, il les renvoie. Chacun en son particulier s'applique à se mortifier par le jeûne, la privation de bains, l'abstinence et autres pratiques, durant le temps prescrit par l'évêque. Au jour fixe, ayant acquitté sa peine, le pécheur est relevé de sa faute et prend part à l'assemblée des fidèles. Telle est la coutume que les prêtres romains ont observée dès l'origine et observent encore aujourd'hui. »

Il faut lire dans le texte original la partie essentielle de cette description :

EvOd$; yà.j È'-/.5r(Ào; iortv '<> -ôkoç tôîv âv fA£T<xvofa oVTtoV" \z~.ii\ Se" xocTiMpsîç

l. SozoMèifE, HE., VII, 16, PC, LXVII, 1460-1461. — Déjà K. Holl. Enthusiasmus und Bussgewalt beim griechischen Mônchtum, p. 25.:. attirait l'attention sur ce texte, comme impliquant la présence des pénitents à la célébration de l'Eucharistie.

420 l'éoit de calliste.

xat oioveI îtcvQouvt^ç. "H8ï] 8s TiXrjpwOsîarjç ttjç toîj 0eou XesTOupyîaç (xtj |j.£Ta(jydvrcç ù)V [xûarat; 0£|aiç, aùv otatDyyî "/.ai ôoupp.o> 7ipr)V£Î; ItÙ yrjç piTrrouai açàç, 'AvTt- Ttpôa'orcoç os osoay.puu.Evo: ô Itz'.t/.okoi; 7:poaopaaa>v, ôptottoç Ijct to5 èôzoouç t:(jit£'. abv oXoXuYr; xoù -b îià'v Trjç 'ExxXr]o-;a<; -XrjOoç ôaxpûcov lu.:;Î7;Xa-ai. Tb iisrà touto oé, 7rpGTo; ô Imaxoro; s?avteTaTx*. /.al to;jç zeijjlévouç àvîaTr]ar jcei ?( roo^y.sv hiùp T)[xaptr)xdTfov u.STatjuXouu.Évmv îùçaa-vo;, (JjïOJziuT^t.

Telle est donc, au rapport de Sozomène, la pratique commune des Églises d'Occident, et notamment de celle de Rome. M. Koch s'est appuyé sur ce passage pour nier l'existence d'une missa paenitentium en Occident. Au contraire, Mgr Duchesne y trouve décrite très clairement une missa paenitentium. Sur ce point, je n'oserais prendre parti. Car si le dernier mot, à-c~£[j-zi, indique un renvoi, les mots rJ^pw- ()t(Gr,q tyjç ioj 0ssj XsiToupYia? indiqueraient que ce renvoi se produit tout à la fin du service divin, et donc qu'il s'agit du renvoi commun de toute l'assemblée, sans distinction de communiants et de pénitents. D'ailleurs, on voit que les pécheurs en question se sont abstenus de communier avec les autres fidèles : [rr, [j.zxy.5yhv-eq wv [xûa-aiç 6É[j.iç. On pourrait se demander si Sozomène, qui n'est pas, tant s'en faut, un auteur sûr, même pour les choses d'Orient, a bien compris ce qu'on lui rapportait touchant les usages d'Occident, et s'il n'a pas plus ou moins mêlé deux catégories de pécheurs : les relaps, qui, selon la décrétale de Sirice, assistaient à tout le service sans communier, et les pénitents proprement dits, qui étaient au ban de l'Église et qu'on expulsait avant la fin de la liturgie. Une chose demeure certaine, c'est le caractère concret de la description. L'ëx.§Y}Xoç totcoç, désigné comme la place des pénitents, n'est pas un lieu métaphorique : c'est incontestablement un lieu réservé, soit à la porte de l'église, soit ailleurs; il évoque très naturellement le souvenir du limen ecclesiae de Tertullien {.

1. La conclusion de M?1' Batifi-ol sauvegarde au moins ce point, BLE., p. 12 : « La plupart des pénitents, dispensés de la publicité de la pénitence, demeuraient dans l'église parmi le reste des fidèles; quant aux pénitents qui n'étaient pas dispensés de la publicité, ils étaient, comme Fabiola, dans l'atrium : ni les uns ni les autres n'avaient à être congédiés après l'homélie. » J'hésiterais néanmoins à faire mienne cette solution quant à tous ses détails.

LIMBN ECCLE9IAE. 421

La pratique dune missa paenitentium3 ou l'exclusion de certaines personnes, durant une partie de l'office divin, est encore impliquée dans les textes suivants du vic siècle, souvent déjà cités dans cette controverse :

Concile d'Agde, ">ui;, can. 60, Mansi,VIII, 334D-345Â : Lapsis, i. e. qui in catholica fide baptizati sunt, si praevaricatione damnabili post in haeresim transierint, grandem redeundi diilicultatem sanxit antiquilas. Quibus nos, annorum multitudine breviala, paenilentiam bienn ii conditione infra scriptae observationis imponimus, ut praescriplo biennio tertio sine rclaxatione ieiunent et ecclesiam studeant frequentare. In paenitentium loco standi et orandi humilitatem ita noverint observandam, ut etiain ipsi, cum catechumeniegredi commonentur. abseednnt. Hoc si observare voluerint, constituto tempore admittendis ad altarium observatio relaxetur. Quod si ardua vel dura forte putaverint, statuta praeteritorum canonum implere debebunt.

Reproduit identiquement par le concile d'Epaone, 517, canon 20. Mansi, VIII, 562 DE.

Concile de Lyon, 517, can. 6, Maassen, p. 34, adoucissement de peine accordé à des personnes coupables d'inceste : Domni quoque gloriosissimi régis sententia secuti id temperamenti praestitemus ut Stephano praedicto vel Palladiae usque ad orationem plebis, quae post evangelia legitur, orandi in locis sanctis spatium praestarimus.

Concile de Valence (Espagne) 524, canon 1, Mansi, VIII, 620 CD : Anno xv Theodorici régis sub die n non. decembr., in nomine DNTC. Valentiae in concilio congregati, cum de ecclesiastica régula tracta remus, antiquos canones relegentes, inter cetera haec censuimus observandum : ut sacrosancta evangelia ante munerum illationem vel missam catechumenorum in ordine lectionum post Apostolum legantur : quatenus salutaria praecepta DNIC vel sermonem sacerdotis non solum fidèles sed etiam catechumeni ac paenitentes et omnes qui ex diverso sunt, audire licitum habeant. Sic enim pontificum praedicatione audita, nonnullos ad fidem attractos evidenter scimus.

Concile de Lérida (524?), can. 4, Mansi, VIII, 613 : De bis qui se incesta pollutione commaculant, placuit ut quousque in ipso detestando et illicito carnis contubernio persévérant, usque ad missam tantum catechumenorum in ecclesia admittantur...

APPENDICE III l'élément privé dans l'ancienne pénitence ecclésiastique.

Dans la mêlée d'opinions, parfois confuse, déchaînée il y a quinze ans par l'énorme et puérile compilation de Ch. Lea sur la confession auriculaire1, un thème souvent repris et développé avec assurance fut le caractère exclusivement public de la pénitence primitive. Lea s'était exprimé là-dessus sans ambages2; l'assertion reparut, avec divers tempéraments, chez plusieurs des critiques amenés à discuter son livre. Et certes, on s'explique aisément qu'une formule aussi simple ait pu séduire quelques esprits par son élégance et se faire accepter comme la synthèse exacte de la tradition patriotique. D'autant que des pages bien connues de Tertullien, d'Origène, de saint Cyprien, sans compter de nombreuses homélies du ive et du ve siècles, visent directement et exclusivement la pénitence publique et solennelle : amener le pécheur à embrasser de bonne grâce cet état officiel d'humiliation qui, en le maintenant au ban de la société chrétienne, préparait une réhabilitation éclatante, tel était le but ostensiblement poursuivi par les pasteurs des âmes, dans leurs exhortations. D'où la tentation facile, pour le lecteur moderne, de réduire à ce point toute l'économie de la pénitence au temps des Pères.

Mais la pensée de Lea renferme d'autres parties plus surprenantes. Sous l'empire de ce dogmatisme inconscient qui lui fait constamment plier et tordre au gré de préjugés protestants les documents du catholicisme, il s'est inscrit en

1. H. C. Lea, A history of auricular confession and indulgences in the latin Church, Philadelphie, 1896, 3 in-8.

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