Tome I, ch. m
l'élément privé i».\\s l'ancienne pénitence. /i2.'i
faux contre le caractère sacramentel de la pénitence primitive : s'il faut l'en croire, le sacrement ne serait qu'un produit tardif de l'ambition sacerdotale. A l'encontre d'une prétention aussi antihistorique, M. l'abbé Boudinhon s'est élevé justement. Voici comme s'exprime réminent- canoniste 1 :
Abstraction faite des œuvres satisfactoires, auxquelles on a toujours attaché une certaine efficacité pour remettre les péchés, il n'existait pas, dans l'antiquité, d'autre rite pénitentiel que la pénitence solennelle; sur ce premier point, je suis d'accord avec M. Lea. D'autre part, cette pénitence publique avait pour but et pour effet de remettre les péchés, elle était sacramentelle; sur ce second point, je me sépare de M. Lea.
Nous ne pouvons que souscrire à la dernière de ces propositions; mais la première, admise sans difficulté par M. Boudinhon, n'est pourtant pas exempte d'inconvénients; et il faut convenir qu'elle appelle beaucoup d'explications, sinon de restrictions, si l'on veut maintenir intégralement, dès cette époque primitive, l'exercice essentiel du pouvoir des clefs, et satisfaire aux exigences des textes. En effet, on s'accorde à reconnaître que les fautes expiées régulièrement par la pénitence publique étaient des fautes graves entre les plus graves, c'est-à-dire principalement, sinon uniquement, les trois espèces idolâtrie, homicide, impudkité. D'autre part, bien des fautes échappent à ces catégories, qui n'étaient pourtant pas négligeables; comment admettre que l'Église ait fermé les yeux, pendant des siècles, sur tout ce qui n'était pas faute extérieure et caractérisée, d'idolâtrie, d'homicide ou d'impudicité? Pour sortir de cette impasse, on a quelquefois imaginé, à côté de la pénitence publique et solennelle, une autre pénitence, privée celle-là, à laquelle auraient ressorti toutes les fautes non astreintes à la pénitence publique, et qui aurait fonctionné, parallèlement à celle-ci, dans le secret. M. Boudinhon, dès la page suivante de son étude, rencontre cette conception et la combat sans merci 2.
1. A. Boui)iNHON, Sur l'histoire de la pénitence, à propos d'un livre récent, IUILR., t. II, p. 330, 1897.