‹ L'édit de CallisteChapitre 230 sur 252 · BouDOTtiON, îbid., p · texte numérisé non relu

BouDOTtiON, îbid., p

Une simple réflexion suffît à démontrer que l'existence simultanée de la pénitence publique avec ce qu'on veut appeler pénitence secrète est absolument impossible. La pénitence solennelle aurait immédiatement cessé d'exister. Les Pères, nous l'avons déjà dit, nous ont laissé bien des sermons où il est question de pénitence; ils poursuivent les pécheurs de leurs exhortations; ils font valoir, pour les engager à se convertir, les arguments que développent de nos jours les prédicateurs ; tout le monde a présents à l'esprit certains textes caractéristiques de saint Augustin et de saint Césaire d'Arles. Il existe, d'après eux, divers moyens pour obtenir le pardon des fautes quotidiennes et des péchés moins graves ; quant aux péchés compris dans les trois catégories bien connues, idolâtrie, homicide, fornication, il n'y a qu'un seul moyen : la pénitence; et c'est bien de la pénitence solennelle que les Pères entendent parler. Mais si, à côté de cette pénitence si dure, il avait existé un moyen incomparablement plus facile d'obtenir la rémission de ces péchés, comment les Pères n'en auraient-ils pas parlé? Comment surtout auraient-ils pu présenter à leur auditoire la pénitence publique comme l'unique moyen de salut, alors qu'il en existait, par hypothèse, un autre moins laborieux? Et que penser de cette duplicité singulière, pour ne rien dire de plus, dont les Pères auraient fait preuve dans de tels discours? Se figure-t-on saint Augustin ou saint Césaire, après des sermons de ce genre, expliquant aux fidèles, en secret, que les discours étaient incomplets; qu'en dehors de ce moyen de rémission des péchés, il en existait un autre, dont la discipline du secret ne leur avait pas permis de parler? Et alors ils auraient reçu individuellement les pécheurs, auraient accueilli leurs aveux, leur auraient imposé comme satisfaction, non point l'exclusion plus ou moins longue des réunions ecclésiastiques et l'acceptation d'un état de pénitence qui ne devait finir qu'avec leur vie, mais bien quelques prières et quelques jeûnes, sans que leur position vis-à-vis de l'Eglise en fût aucunement modifiée; puis ils auraient terminé cette séance de confessionnal par une absolution dont nous ne connaissons ni les termes ni les conditions. En vérité, une telle conduite de la part des anciens évêques serait en contradiction flagrante avec leurs paroles; de plus, il faudrait supposer une impossible conspiration de tous les écrivains des premiers siècles, pour que leurs écrits ne nous aient transmis aucun renseignement sur cette pénitence secrète. Mais alors, qui aurait voulu recourir à la pénitence publique? Personne évidemment, et celle-ci n'aurait pu se maintenir, je ne dis pas pendant des siècles, mais un seul instant. Et remarquez que la même conclusion s'imposerait aussi pour la pénitence tarifée...

Ce raisonnement est très juste. Mais l'idée qu'il veut détruire trouvera- t-elle beaucoup de défenseurs? Je l'ignore. Quoi qu'il en soit, je m'en désintéresse complètement. L'idée d'une telle option laissée au pécheur entre deux procédures, l'une publique et infamante, l'autre bénigne et secrète, peut paraî-

l'élément privé dans l'ancienne PÉNITENCE. 'i'2'>

tre simplement absurde. Kn tous cas, elle est étrangère au grand courant de la tradition patristique. Par contre, les Pères nous ouvrent une autre voie, dont il ne faut pas nous détourner, si nous prétendons intégrer, dans sa pleine réalité historique, l'institution pénitentielle. Institution unique, sans doute, mais non pas réductible au cadre abstrait de la pénitence publique. Cela, les Pères l'indiquent d'un trait discret et sur, suffisant à nous guider. La pénitence publique est d'ordinaire au premier plan de leurs peintures, comme l'élément le plus voyant et le plus dramatique; mais cet élément lui-même en postule un autre; pour en dénier l'existence chez les Pères, il faudrait ignorer volontairement une très grande partie de leurs œuvres. Le R. P. Harent l'a dit naguère avec beaucoup de justesse : « Il n'y a pas dualité de pénitence, mais en quelque sorte unité1. » En d'autres termes, l'unique institution pénitentielle renferme, outre la pénitence publique, dont les traits se détachent en haut relief, certains éléments d'un caractère privé. Écoutons encore le même théologien2.

Quand on conçoit la pénitence comme la concevaient les Pères, sous la forme idéale et parfaite de la pénitence solennelle, où la vertu rémissive du sacrement s'exerçait tout entière, d'instinct on rapporte tout à ce premier concept; la pénitence secrète n'apparaît pas comme une institution spéciale, comme une seconde espèce de pénitence, opposée à la première, mais comme un diminutif, un abrégé, un dérivé de la première. Il n'y a pas dualité de pénitence, mais en quelque sorte unité. Et de fait, on pouvait composer de toutes pièces la pénitence secrète ou privée, en ne prenant que des éléments détachés de l.i pénitence publique...

Les derniers mots de cette citation valent un programme. De fait, en colligeant, dans les descriptions classiques de la pénitence publique, certains traits particuliers, l'auteur a composé l'image très suggestive d'une autre pénitence, non pas rivale, mais succédanée de celle-là'. C'était ouvrir un profond sillon. Pas plus que le R. P. Harent, nous n'avons l'intention de le pousser jusqu'au bout. Cependant, au lecteur

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