‹ L'édit de CallisteChapitre 33 sur 252 · Vis., m · texte numérisé non relu

Vis., m

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anges de Dieu qui furent créés les premiers, à qui le Seigneur a confié toute sa création pour l'accroître, l'édifier et la gouverner : par eux que sera accomplie la construction de la tour. — 8Ë1 le> autres qui apportent les pierres, qui sont-ils? — Eux aussi sont des anges saints de Dieu; mais ces six leur sont supérieurs. Donc la construction de la tour s'achèvera, et tous ensemble se réjouironl autour d'elle et. glorifieront Dieu à cause de l'achèvement de celle construction. — 3Je lui demandai : Madame, je voudrais savoir la destinée des pierres et leur vertu. — Elle me répondit : Ce n'est pus que tu sois de tous le plus digne que cela te soit découvert : d'autres avant toi, qui valent mieux que toi, mériteraient que ces visions leur fussent révélées; mais afin que le nom de Dieu soit glorifié, elles te furent et te seront révélées, à cause des hésitants qui se demandent en leurs cœurs si cela est ou n'est pas. Dis-leur que tout cela est vrai. et rien en dehors de la vérité, mais que tout est fort, solide et fondé.

5. Écoute donc ce qui concerne les pierres entrant dans la construction. Les pierres carrées, blanches, dont les attaches s'emboîtent bien entre elles, sont les apôtres, les évêques, les docteurs et les diacres qui ont marché selon la sainteté de Dieu, qui ont exercé i'épiscopat, le doctorat et le diaconat, de manière sainte et vénérable, au profit des élus de Dieu; les uns sont morts, d'autres vivants : ils ont constamment maintenu entre eux l'harmonie, la paix, la subordination : c'est pourquoi leurs attaches s'emboîtent bien dans la construction de la tour. — 2 Et les pierres tirées de l'abîme et appliquées à la construction, et dont les attaches s'emboîtent bien avec les autres pierres déjà entrées dans la construction, que sont-elles? — Ce sont ceux qui ont soutFert pour le nom du Seigneur. — 3Et les autres pierres apportées de la terre ferme, je veux savoir ce qu'elles sont. Madame. — Elle répondit : Les pierres entrées dans la construction sans subir de taille, sont ceux que le Seigneur a approuvés, parce qu'ils marchèrent dans sa droiture et accomplirent ses commandements.— ^Et celles qui sont amenées et mises dans la construction. que sont-elles? — Ce sont des néophytes fidèles : des anges leur enseignent à bien faire, parce qu'il ne s'est pas trouvé en eux de vice. — 3Et les pierres écartées et îejetées, que sont-elles? — Ce sont les pécheurs disposés a faire pénitence : pour cette raison, ils ont été rejetés non loin en dehors de la tour, parce qu'ils seront aptes à la construction, s'ils font pénitence. Ceux donc qui se proposent de faire pénitence, s'ils font pénitence effectivement, seront fermes dans la loi, à condition de se repentir maintenant, pendant la construction de la tour; mais une fois la construction achevée, il n'y a plus de plaie pour eux, ils resteront au rebut, avea celle seule consolation d'être près de ia tour. v

6. El celles qui sont fracassées et rejetées loin de la tour, tu veux les connaître? Ce sont les iils d'iniquité. Ils ont cru hypocritement, et sans chasser de leur cœur fou! vice : aussi n'y a-i-il point de salui pour eux, parce que leurs vices les rendent inaptes à la construction. Voilà pourquoi ils ont été brisés et rejetés au loin, pour avoir provoqué la colère du Seigneur. -Et les autres pierres que tu as vues en grand nombre, gisant et n'entrant pas dans la construction, ce sont

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les hommes envahis par la corruption, qui ont connu la vérité, mais n'ont pas su s'y lixer et s'attacher aux saints: ce qui les rend inutiles. — 3Et celles qui ont des crevasses, que sont-elles? — Ce sont ceux qui nourrissent en leurs cœurs du ressentiment les uns contre les autres, ei n'ont point la paix entre eux. Ils n'ont que le masque de la paix, mais quand ils se séparent les uns des autres, leurs vices demeurent dans leurs cœurs : ce sont les crevasses que présentent ces pierres. — 'Quant aux pierres mutilées, ce sont ceux qui ont cru et qui ont en eux majeure partie de justice, mais quelques parties d'iniquité : voilà pourquoi ils sont mutilés et incomplets. — 5 Et les pierres blanches et rondes, qui ne s'adaptent pas à la construction, qu«sont-elles, Madame? — Elle me répond : Jusqu'à quand seras-tu stupide et inintelligent, et demanderas-tu tout sans rien comprendre? Ce sont ceux qui ont la foi, mais ont en outre la richesse de ce monde : vienne la persécution, leur richesse et leurs affaires seront cause qu'ils renieront leur Seigneur. — 6 Je lui réponds : Madame, quand seront-ils bons pour la construction? — Après, dit-elle, que leur aura été retranchée la richesse qui les entraîne, alors ils pourront être utilisés par !>ieu. De même, en effet, que la pierre ronde, à moins d'être dégrossie et de perdre une partie d'elle-même, ne peut pas devenir carrée, ainsi les riches de ce monde, à moins de se voir retrancher leur richesse, ne peuvent être utilisés par le Seigneur. 7Juges-en par ton propre exemple : quand tu étais riche, tu n'étais bon à rien; mais maintenant tu es utilisable et apte à la vie. Devenez utilisables pour Dieu : toimême, mets à profit la leçon de ces pierres.

7. Et les autres pierres que tu as vues jetées loin de la tour, tombant sur la route, et de la route roulant dans les terrains impraticables : ce sont ceux qui ont cru, mais à qui leurs hésitations font quitter la vraie voie : croyant pouvoir trouver une voie meilleure, ils errent et peinent en cheminant dans les terrains impraticables. 2Et celles qui tombent dans le feu et brûlent, sont ceux qui se sont éloignés définitivement du Dieu vivant : le remords a cessé de leur monter au cœur, à cause de leurs passions impures et des crimes qu'ils ont commis. 3Et les autres qui tombent près des eaux et ne peuvent rouler jusqu'à l'eau, veux-tu savoir qui elles sont? Ce sont ceux qui ayant entendu la parole et désirant être baptisés au nom du Seigneur, venant ensuite à se souvenir de la sainteté de la vérité, se ravisent et suivent leurs passions coupables. — 4Elle avait achevé l'explication de la tour. B J'eus l'impudence de lui demander encore : Toutes ces pierres mises au rebut et non enchâssées dans la construction de la four, ont-elles encore chance de faire pénitence et de trouver place dans cette tour? — 6 Ceux-là,, me dit-elle, ont chance de faire pénitence, mais ils ne peuvent entrer dans cette tour : ils entreront à une autre place, bien inférieure, et cela après avoir subi des épreuves et accompli les jours [d'expiation] de leurs péchés. Ils seront transférés, pour avoir participé à la parole de justice. Il leur sera donné d'être transférés de leurs épreuves, à condition que le remords de leurs œuvres mauvaises leur monte au cœur. Mais si le remords ne leur monte pas au cœur, ils sont perdus, à cause de la dureté de leur cœur.

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Le sens général de cette allégorie est d'autant moins douteux que l'Église, parlant à Hermas, a pris soin de le déclarer en propres termes : '0 r.Jp-;o; êv pXéweiç oixoSopwiîjxevGv, r;w £ttAi y] 'ExxXYjarta. Donc, cette tour est l'Église *, et les eaux sur lesquelles elle est fondée sont les eaux du baptême. Les pierres qui entrent dans la construction sont les fidèles, inégalement propres à cet usage et, en conséquence, soumis à diverses épreuves. La description mêle les traits qui conviennent à l'Eglise du ciel avec ceux qui conviennent à l'Église de la terre, puisqu'elle associe les morts aux vivants 2.

Les traits les plus mystérieux se lisent Vis., III, 5, 5 et 7, 6. Il est question là de pierres mises provisoirement au rebut, et nous apprenons que ces pierres figurent des pécheurs. Parmi ces pécheurs, les uns peuvent encore, s'ils se hâtent de faire pénitence tandis que la tour s'élève, entrer dans la construction; les autres ne le peuvent déjà plus, parce qu'ils ont laissé passer le temps favorable; néanmoins ils ne sont pas tellement rejetés qu'ils ne demeurent près de la tour, bien qu'en un lieu très inférieur. A s'en tenir à la donnée fonda-

1. Vis., m, 3, 3. — Je ne comprends pas comment M. Rauschen a pu écrire, L'Eucharistie et la Pénitence durant les six premiers siècles de l'Eglise, trad. fi\. p. 140 : « Stuller pense que la tour désigne l'Eglise. Est-ce vrai? La tour, me semble-t-il, est une image sous laquelle il faut comprendre le salut de chacun. Témoin le passage Vis., m, 5, 5. Ce n'est donc pas l'Eglise dont il s'agit, mais bien le royaume de Dieu, le salut. » —Ce donc est admirable! Mais quoi qu'il en semble à M. Rausche'n, nous ne pouvons pas oublier la parole formelle d'Hermas. Assurément l'appartenance à la tour est proposée ici i omme la condition du salut; mais il ne s'ensuit pas que la tour soil le salut personnel. Il ressort au contraire de toute l'allégorie que, si la tour est composée d'un grand nombre de pierres, c'est parce que L'Eglise est composée d'un grand nombre de fidèles. Nous sommes en présence d'une construction symbolique, d'un vaste ensemble. D'ailleurs, cette construction symbolique appartient— au moins partiellement — à la vie présente : elle y appartient par son fondement placé sur les eaux, elle y appartient encore par les pierres qui y entrent et dont l'exact ajustement marque l'harmonie qui règne dès ici-bas entre les membres de l'Eglise, en leurs diverses fonctions. Voir Vis. m 5, 1.

Si Hermas insiste tant sur la nécessité de se hâter, c'est qu'il croit à I imminence de la fin du monde : il faut entrer dans l'Eglise, tandis que la tour se bâtit encore. Vis., m. 8, 9; 9, 5.

'-■ y is., m, 5. 1 ; Oi [ièv xExot|j.T)(jiévot, ot SI Iti ovteç.

mentale, d'après laquelle cette tour représente l'Eglise, il parait naturel de demander aux institutions de la pénitence ecclésiastique la clef de ce symbolisme. Il y a donc des pécheurs qui peuvent, à condition de faire pénitence sans retard, être accueillis dans la tour qui se bâtit, c'est-à-dire dans l'Église de la terre, et prendre rang dans l'assemblée des fidèles. Il y en a d'autres qui ne le peuvent plus, parce qu'ils ont laissé échapper l'instant favorable. Toutefois, leur sort n'est pas totalement désespéré, puisqu'ils demeurent près de la tour, bien qu'en un lieu très inférieur. Quel est ce lieu très inférieur?

On l'a cherché en ce monde et hors de ce monde. Il n'est pas impossible de le découvrir, en s'aidant des autres passages du Pasteur qui reprennent la même idée et qui l'expliquent. La légitimité d'un tel procédé ne saurait être contestée raisonnablement : car s'il existe des raisons sérieuses de croire que le Pasteur ne fut pas écrit d'un seul jet et qu'un temps notable a pu s'écouler entre la composition de telles et telles parties1, il n'existe aucune raison plausible de révoquer en doute l'unité d'auteur 2, ni l'unité de la pensée qui porte le développement. Nous sommes tout à fait en droit d'appliquer à l'œuvre d'Hermas les procédés d'exégèse applicables à toute œuvre littéraire une et cohérente; aussi longtemps du moins que nous ne nous heurtons pas à des impossibilités manifestes.

Or, il existe d'autres passages dont le parallélisme avec celui qui nous occupe est très remarquable, et qui peuvent servira l'éclaircir.

Remarquons d'abord que le Pasteur parlait un peu plus haut3 d'autres pierres qui n'ont pas été jetées bien loin de la tour et peuvent encore y entrer, moyennant pénitence : provisoirement, elles sont là tout près, au pied de la tour : {Aovov zï toUto k'70'jsiv. -y.py. tô r.jpyui x.etaôat. Si ce n'est pas là identiquement la conception du ~c-o: IXânrwv, c'est du moins

1. Voir Harnack, Chronologie der Altchristlichen Litteratnr, t. I. p. 257 sqq.

2. Voir Link, Die Einheit des Pastor Hermae, Marburg, 1888; Baumgaertner. Die Einltcit des Hermas Buchs, Freiburg i. B., 1889.

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