Voir notre appendice II, Limen Ecclesiae
LA TROISIÈME VISION' d'hERMAS. 63
autres n'étaient actuellement des pierres de la tour bâtie sur les eaux; mais les uns et les autres s'estimaient heureux de
On a donné de ce même passage diverses interprétations. Selon M. Preoschen, dans son /landuvrterbuc/t zu den Schriften des N.T., Giessen, 1910, s. v. sxEiaxIGififx'., il s'agirait d'une sorte de rédemption posthume, délivrant ces âmes des peines de l'enfer (der Hôlle). C'est ainsi que cet auteur entend le transfert lx ré3v paadwov. Selon d'autres, comme Rothe, Anfànge der christlichen Kirche, p. 624, il s'agirait, d'une délivrance du purgatoire. On trouve encore quelque chose de semblable chez M. Kirsopp Lare, The Shepherd of Hermas and Christian life in Rome in the second Century, dans Harward theological Rêviez, t. IV. p. 30, 1911. Ces solutions ne paraissent pas acceptables, car il résulte du texte et de nombreux passages parallèles que les épreuves en question sont endurées sur terre. D'ailleurs c'est avant la consommation que ces âmes sont enchâssées au lieu inférieur qui leur est destiné. Hekele, Patruni apostolicorum opéra3, p. 741, Tubingue, 1847, explique ; « i. e. beatitudinem quandam consequentur post mortem, sed inferiorem et adumbratam ». Zahn, Der Hirt des Hermas. p. 208 : « Die wahre Meinung ist die, dass auch (ienjenigen vvelche von der Besserung jetzt noch fera sind und welche sich auch bei Vollendung des Thurm noch nicht gebessert haben, ein Mass untergeordneter Seligkeit erreichbar bleibt, wenn sïh dann noch sich besinnen. » Gebhardt-Harnack, Patrum apostolicorum opéra, p. 46, Leipzig, 1877 : « i. e. non possunt paenitentia in terris peracta eiusdem (in caelis) beatitudinis fieri participes, qua ii gaudebunt qui nunquam in magna peccata sunt delapsi vel qui dextro tempore (antequam turris exstructa est) paenitentiam egerunt ». C'est h peu près la pensée de Fuxk, qui ajoute, Patrum apostolicorum opéra, t. I, p. 366. Tubingue, 1878 : « Auctor, ut recte adnotavit Harnack, imagines verae Ecclesiae terrestris et Ecclesiae caelestis triumphantishic commiscuit ». R. P. Stufler, ZSKT., t. XXXI (1907), p. 465 : « Es scheint die Ansicht ausgesprochen zu sein, dass jene die nach der festgesetzten Gnadenfrist sûndigen, und dann noch Busse tun wollen, nicht ins herrliche Reich Christi Aufnahme finden, sondera nach Abbussung ihrer Strafen einer minderen Seligkeit teilhaft werden, die von jener der Auserwahlten wesentlich verschieden ist. » L'idée commune à ces auteurs est celle d'une béatitude spécifiquement différente de la béatitude des vrais élus de Dieu, et réservée à cette catégorie d'àmes. Il faut pourtant tenir compte de ce qae, comme il a été dit plus haut, elles parviennent au salut. C'est pourquoi M. Rauschex écrit, p. 142 : o Les pierres inutilisables sont les infidèles, les hésitants, les riches et les enfants du monde; ils peuvent être sauvés sans entrer dans la tour, mais recevront un emploi plus modeste. D'où il est clair — ce qui a échappé à Stufler — qu'en dehors de la tour le salut et la béatitude sont encore possibles, • i que les privilégiés seuls entrent dans la tour. » Il y a une part de vérité dans ce jugement; mais nous ne saurions admettre que « seuls les privilégiés entrent dans la tour » : il résulte, au contraire, de
pouvoir, de loin, aspirer vers elle; et s'ils n'y entraient pas vivants, Dieu avait sans doute égard à leurs bons désirs et à leur pénitence. Telle nous parait l'interprétation la plus naturelle des paroles par lesquelles Hermas témoigne que les catéchumènes réellement pénitents sont sur le chemin du salut. « Si le remords ne leur monte pas au cœur, dit le Pasteur, ils sont perdus », où uwÇovTai. C'est donc que, le remords leur montant au cœur, ils se sauvent. Mais, provisoirement, leur place est marquée près des substructions de la tour, dans un lieu d'attente et d'humilité.
L'objet propre de la IIIe vision, c'est le triage des pierres pour la tour, c'est-à-dire le recrutement des catéchumènes pour le baptême. Est-ce à dire que la sanctification des chrétiens soit étrangère aux enseignements présents de l'Église? Non. certes. Dès la première vision, l'Église se montrait préoccupée des fautes des chrétiens [ ; elle y revient dans celle-ci, pour engager Hermas et bien d'autres à s'amender 2; même dans la
tout l'euseignement du Pasteur, que l'insertion dans cette tour qu'est l'Eglise, est la voie normale de la vie et du salut. Si quelques-in,> sont sauvés sans passer par là, c'est par un privilège iout exceptionnel, qui d'ailleurs ne les conduit qu'à un moindre degré de gloire. La tour bâtie sur les eaux figure le peuple marqué du sceau de baptême, elle répond exactement à la conception d'ABEiu:iis — pèlerin a Rome au 11e siècle :
A.aôv o" eï8ov ixeî Xaiinpàv («ppayetSav s'yovTa.
Quelques-uns, faute de s'être suffisamment hâtés, ne parviendront jamais au don baptismal : néanmoins Dieu, en sa miséricorde, aura égard à la sincérité de leur pénitence tardive, et leur fera place quelque part dans les substructions de la tour, comme à ceux que la vme parabole nous montre admis dans les murs extérieurs [Sim., vm, 6, 6). — Ainsi peut-on essayer de rendre compte des détails du texte. Une interprétation qui ne chercherait pas à mettre la destinée future de ces âmes en relations avec leur condition présente, ne serait pas complète. Il semble bien qu'Hermas ait voulu marquer la différence essentielle entre la gloire des baptisés et la destinée inférieure des âmes qui, n'ayant jamais dépassé la condition inférieure des catéchumènes, seront sauvées par une sorte de baptême de désir. Elles se sauveront, mais, faute d'avoir passé par l'Eglise de la terre, elles ne régneront au ciel que dans un rang inférieur.