‹ L'édit de CallisteChapitre 51 sur 252 · Heb.. vi, 4-6. Ci-dessus, p. 28 sqq · texte numérisé non relu

Heb.. vi, 4-6. Ci-dessus, p. 28 sqq

2. Bacmeister dit très bien, Die Ethik des Pastor Hermae, p. 53 : « Fur die bussenden Sùnder gilt das was einst fur die Neubekehrten in und mit der Taufe galt : die Reinheit bis ans Lebensende. »

son horizon n'est pas borné à l'hypothèse d'une pénitence unique et à date fixe, à l'occasion d'une sorte de jubilé. Constamment préoccupé de prévenir la possibilité de nouvelles chutes, il adapte les avis aux besoins d'une classe particulière d'auditeurs; il a fallu l'insistance d'Hermas pour lui faire découvrir la perspective d'une seconde pénitence : 'Er.û -A Tcovxa èÊaxptêâÇfi, /.y), toutô <yoi ByjaoWw. Le Pasteur se gardera bien de désavouer les prudents catéchistes qui n'ont pas tout dît, mais il expliquera leurs réticences volontaires.

Ce langage doit paraître d'autant moins surprenant qu'on peut l'éclairer par un grand nombre de faits parallèles. C'est un procédé familier aux Pères que de présenter, dans leurs œuvres pastorales, le baptême comme ce qu'il est en effet, un adieu définitif en droit — sinon toujours en fait — au péché, laissant dans l'ombre le recours à la miséricorde divine, que ces mêmes Pères, en d'autres occasions, nous montrent toujours ouvert au pécheur. Nous pourrions apporter comme exemples, non seulement saint Justin, presque contemporain d'Hermas, mais encore Tertullien, — le Tertullien du De paenitentia, — Origène, d'autres Pères encore, remarquables par leur énergie à combattre le rigorisme novatien et à élargir les voies du salut : saint Ambroise, saint Pacien, saint Jean Chrysostome, saint Augustin, et en général les auteurs de catéchèses1. Les missionnaires ne parlent pas

1. C'était déjà le mot d'ordre de la IIa démentis, 8, 6 : Trjp^aaTe r*jv aapxa àyv7jv xoù t*)V aopayîoa àaziXov, "va ttjv atcôvtov Çw7jv ar.o\&oiû[izv . — Saint Justin redit aux Juifs qu'ils n'ont qu'un moyen de salut : croire en Jésus-Christ, recevoir le baptême et dès lors vivre sans péché : Dial., 44, PC, VI, 572 A : "E<JTt 8' où-/. &Xkn rj aûxr), Yva toutov tov Xptarbv Imyvôvzsç xaî ÀouaatAEVOi tÔ ùtùç àsÉaew; a;j.apri«v 8ià 'Haafou -/rjpu^Oèv Xoyrpdv, àvauiapTrJTw; Xoitzov ^ar]T£. Cependant saint Justin n'entend pas dire qu'il n'y a plus d'espoir pour qui tombe après le baptême : voir ibid., c. 47 et 141. — Tertullien, De baptismo, 15 : « Semel ergo lavaerum inimus, semel delicta diluuntur. quia ea iterari non oportet. » Id. , De paenitentia, 5 : « Hoc enim dico : paenitentiam quae per Dei gratiam ostensa et indicta nobis in gratiam nos Domino revocat, semel cognitam atque susceptam nunquam posthac iteratione delicti resignari oportere. » — Origène va plus loin, quand il pose en thèse générale que l'homme trouve avantage à être trompé quant à la rigueur de la loi, si cette erreur l'induit à l'observer plus exactement. In Ierem., Hom. xix, 4, PC, XIII. 508 CD : Etel uveç oi 8;à touto «oxoOvteç àyvsfav

autrement quand, dans la chaire chrétienne, ils insistent sur l'impossibilité morale de se relever après certaines chutes plus lourdes, et font appel, par exemple, à la parabole évangélique du démon rentrant avec sept autres démons pires dans l'homme d'où il a été chassé (Le, ix, 24 sqq.), pour engager les nouveaux convertis à ne plus commettre aucun péché, car ils ne seraient pas assurés de pouvoir se convertir encore. Les maîtres cités par Hermas poursuivaient le même but et parles mêmes moyens ; on ne voit pas qu'ils aient refusé la pénitence à ceux qui la demandaient '.

Pour mieux entendre Hermas, nous avons consulté Clément d'Alexandrie, et assurément nous en avions le droit, car Clément nomme Hermas et le commente ex-professo. Nous

/.où T7JV /.aÔapo'xrjxa, xal aXXoi oï otà xoûxo àaxouat xtjv [J.0 voyait av, iitù Jipoa:oo'/.r^av àrcôXXusGai tbv a-jvouaiâaavxa yapuxcôç, àmXXuaÔai xôv otyau^aavxa... MaxapuâxEpov («JM ïjV xb xaQapeuEiv xal [i.r\ Siyaunv (jlï) r]-axr|aevï|V, xal ôpâv 8x: [jlïT£/£'. [tèv awxrjptaç xivbç xal f) Biya^oç, où pïv xoaaûxv)ç tj.axapio'xr)xo<; 8<nrjç y, y.a0xp£Û3a3a. Eî OÈ p] oûvaxai xouxo, (îlXxiov xb rjTtaxîjaOat... rioXXà ô' av xal àXXa EupsOsiT] xaxà à-âx7)v àcp' f,aôjv y£v6p\eva, xal wosXoîivxa tj^Ïç. — Saint Ambroise, De paenitentia, II. 10, 95, PZ., XVI, 520 A : « Merito reprehenduntur qui saepius agendam paenitentiam putant; quia luxuriantur in Christo. Nam si vere agerenl paenitentiam, iterandam postea non putarent; quia sicut unum baptisma, ita una paenitentia. » — Saint Pacien, Ep., i. 5, Ad Sympronianum, PL., XIII. 1055 : « De paenitentia vero. Deus praestet ut nullis fîdelibus necessaria sit; nemo post sacri fontis auxilium foveam mortis incurrat; nec tarda solamina ingerere sacerdotes aut docere cogantur, ne peecandi iter aperiant, dum peccanti remediis blandiuntur. Sed nos hanc indulgentiam Dei nostri niiseris non beatis, non ante peccatum sed post peccata detegimus: nec sanis medicinam, sed maie habentibus nuntiamus, » — Saint Jean Chrysostome, sur Hebr.. xn, 17, Hom.. xxxi, 2, PC, LXIII. 215 : Tôt; jAÈv yào u.TjSé7î(u Jteaouaiv ourto o'.xÀÉyîxa;, ~.m d66w auyxpoxwv auxoûç. xaî EpTjoiv Sxi oùx latt j:£i6vxa -apa;j.u(Ka<; xj/siV xou oè rteaouaiv, oiaxE ar) etç àn6yv(uoiv Ipteaeïv, xàvavxÊa jtapaivsî. — Saint Augustin. Serin., ccclii, 3. 8. /JZ., XXXIX, 1558 : « Hoc genus paenitentiae nemo sibi proponat, ad hoc genus nemo se praeparet. Tamen, si forte contigerit, nemo desperet. » — Saint Pacien, saint Chrysostome et saint Augustin parlent exactement comme le Pasteur d'Hermas.

1. Encore moins verra-t-on rien de tel dans un autre passage où il

question d'hommes qui « s'opposent à la pénitence », Sim., vin.

6. 5. Car le contexte montre clairement qu'il ne s'agit pas de docteurs

ristes, mais tout au contraire de pécheurs scandaleux, artisans de

perversion, qui s'opposent à la conversion des âmes : G-oxpixal xai

StoV/àç riva; eîffçlpoVTêç xat Èxarpétpov f eç tous ooûXojç xou 0£ou, aâXtaxa 0£ xoj: J)(xapTr)x6xaç, y.r, iz\ir.it |A£Tavoetv aùxoJ:...

serions presque tenté de consulter aussi Tertuliien, qui, dans son traité De paenitentia, s'inspire manifestement d'Hermas. On retrouve là, sur la question des deux pénitences, l'une antérieure et l'autre postérieure au baptême, des développements exactement parallèles à ceux du Pasteur1. Il est vrai que Tertuliien, dans ce traité, ne nomme pas Hermas; et le parallélisme que nous signalons ne peut être invoqué légitimement que si J'on suppose le sens des paroles d'Hermas préalablement fixé par une exégèse directe. Laissons donc provisoirement de côté le De paenitentia; des relations de Tertuliien avec Hermas, ne retenons que le jugement par lui porté sur le Pasteur. Ce jugement est double. Dans son traité Deoratione, qui appartient à sa période catholique, il s'exprime sur le Pasteur avec beaucoup de respect, en des termes qui pourraient même convenir aux Écritures canoniques-. Devenu montaniste, il marque, au contraire, sa réprobation avec une extrême violence3 : le Pasteur n'est plus que le manuel des adultères. Que prouve ce changement d'attitude? Que le Pasteur était en bon renom auprès de tous les catholiques? Ce serait beaucoup dire. Mais il prouve sûrement qu'Hermas était considéré par tous, catholiques et montanistes, comme un auteur plutôt indulgent. Dès lors, n'y a-t-il pas lieu de se défier a priori de l'exégèse moderne qui en fait un auteur sévère? Ce jugement des générations les plus voisines d'Hermas est à nos yeux la confirmation éclatante de toutes les considérations intrinsèques et extrinsèques par lesquelles cette exégèse moderne nous a paru condamnée4.

1. Il y a lieu de rapprocher surtout Hermas, Mand., iv, 3 et Tertullien, Paen., 7. Nous le feroos ci-dessous, ch. V, p. 169.

2. Tertullien, De oratione, 16 : « Hermas ille, cuius Scriptura fere Pastor inscribitur... » — (allusion à Vis., v, 1).

3. Tertullien, De pudicitia, 10 : « Scriptura Pastoris, quae sola moechos amat. » — Ibid., 20 : « Illo apocrypho Pastore moechorum. »

4. Nous renvoyons en appendice un rapprochement instructif entre Hermas et saint Epiphane.

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