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LA HUITIÈME ET LA NEUVIÈME PARABOLES

Les dix paraboles du Pasteur, qui forment la troisième et plus considérable partie du livre d'Hermas, sont particulièrement riches en traits descriptifs concernant l'économie de la pénitence chrétienne. Il s'agit cette fois principalement de la pénitence des baptisés. Nous esquisserons rapidement la VIIIe et la IX0 paraboles.

La VIIIe montre la Providence divine à l'œuvre dans la conduite de toutes les âmes. Hermas voit un grand saule couvrant des plaines et des montagnes et abritant tous ceux qui ont été appelés du nom du Seigneur. Un ange glorieux, armé d'une faucille, en'coupe des rameaux et en remet un à chacun de ceux qui sont réunis sous l'arbre. Malgré le retranchement de tant de rameaux, l'arbre demeure aussi vigoureux et aussi touffu. Puis l'ange se fait rendre les rameaux et les inspecte : il y en a de plus ou moins secs, de plus ou moins verts, quelques-uns sont rongés parles insectes, d'autres couverts de feuilles et même de fruits. L'ange couronne ceux dont les rameaux avaient des feuilles et des fruits, et les envoie à la tour, vêtus de blanc et marqués du sceau baptismal. Quant aux autres, il les confie au Pasteur, qui recueille les rameaux par catégories, les plante en terre et les arrose abondamment, au point qu'ils disparaissent sous l'eau. Après quoi il dit à Hermas : dans quelques jours, nous reviendrons les voir, j'espère que la plupart auront reverdi. Hermas se fait expliquer le mystère de cet arbre. C'est la loi de Dieu, annoncée par toute la terre. L'ange est le glorieux Michel, intendant du peuple de Dieu. Ceux-là seuls ont été introduits dans la tour qui avaient gardé cette loi ; les autres sont confiés au Pasteur, ange delà pénitence. Quant aux fruits qu'ont poussés certains rameaux, ils figurent les souffrances endurées pour Dieu. Quelques jours après, le Pasteur revient, accompagné d'Hermas, et réitère l'appel. Chacun arrache son rameau et l'apporte : comme la première fois, il s'en trouve

de rongés, qui n'ont pu revivre, il s'en trouve qui ont plus ou moins reverdi, il s'en trouve enfin qui ont poussé des feuilles et même des fruits. Le Pasteur explique à Hermas comment Dieu a donné sa grâce à ceux qui étaient capables d'un vrai repentir. Hermas insiste pour connaître en détail le symbolisme des rameaux, afin d'en faire part à ceux qui, ayant cru et reçu le sceau (baptismal), et puis l'ayant brisé au lieu de le garder intact, pourront encore ouvrir les yeux sur leurs fautes et recevoir le sceau que leur rendra le Pasteur1, envoyé par Dieu en sa miséricorde pour renouveler leurs esprits. Cette image du sceau restauré par le Pasteur est très suggestive : peu de paroles, cbez Hermas, font mieux saisir le rôle dévolu au ministre delà pénitence. Le Pasteur se rend au désir d'Hermas; il lui explique comment tous ceux qui ont fait une sincère pénitence sont devenus bons et ont mérité d'être admis soit dans les murs extérieurs, soit même à l'intérieur de la tour2. Il lui explique en outre le symbolisme de chaque catégorie de rameaux. Hermas ajoute3 :

Ayant achevé l'explication de tous les rameaux, il me dit : Va, et dis à tous de se convertir, et ils vivront pour Dieu : car le Seigneur, touché de pitié, m'a envoyé pour donner à tous la pénitence, encore que quelques-uns s'en soient rendus indignes par leurs œuvres; mais le Seigneur magnanime veut que l'appel fait par son Fils ne soit pas frustré. — - Je lui dis : Seigneur, j'espère qu'à me voir tous feront pénitence : j'ai confiance que chacun, reconnaissant ses œuvres et frappé de la crainte de Dieu, fera pénitence. — 3 II me répond : Tous ceux qui se repentiront de tout leur cœur et se purifieront des vices que j'ai dits et n'ajouteront pas à leurs péchés, recevront du Seigneur la guérison de leurs péchés passés, à condition de ne pas hésiter à garder ces commandements, et ils vivront pour Dieu. Mais tous ceux, dit-il, qui ajouteront à leurs péchés et marcheront dans les passions du siècle présent, se condamneront à mort. '* Pour toi, marche dans mes commandements, et tu vivras pour Dieu ; et tous ceux qui marcheront

1. Sim., vm, 6, 3 : "Iva à>coû<ravTsç oi JuartôaavTeç xa\ eÎXtjçotej T7]v «jcppa- Y'.ox xaî teGacucoteç autïjv /.ai ur) Tr)py)aavT£; 'jytJj, èjciyvovtêç Ta lauxcov spya fAcTxvo7Ja(oat, Xa66vT£ç 6jio aoïj açpayîoa... — Dans sa pénétrante étude sur Sphragis, p. 138 (Paderborn, 1911), M. F. J. Dolger fait remarquer la souplesse de cette métaphore du sceau : elle évoque ici l'image d'une cire ou d'une argile repétrie pour recevoir une nouvelle empreinte. On peut comparer IIa démentis, 8, 1-3.

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